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UNE COURSE AUX ARMEMENTS PLUS DÉSTABILISANTE QUE JAMAIS




Michel Rogalski
Directeur de la revue Recherches internationales

Le monde a connu des guerres meurtrières, maints conflits et surtout des vagues de dépenses militaires quantitatives et qualitatives qui ont atteint des sommets colossaux.
Le modèle de référence qui s’impose fut celui de la guerre froide entre les deux Grands de l’époque - Union soviétique et États-Unis – dont la rivalité/affrontement se constitua dès 1917 pour se poursuivre après la seconde guerre mondiale sous la forme d’un conflit entre deux camps, l’URSS ayant étendu son influence. Cette guerre froide adossée sur deux grands pays s’est caractérisée par une course aux armements qui paraissait sans fin et atteint son apogée en 1988, date à laquelle elle s’arrêta pour décroitre d’environ 30 % dans les dix années qui suivirent. On appela cette période, les années des « dividendes de la paix ».
Plusieurs remarques s’imposent. Tout d’abord ce n’est pas l’effondrement du bloc soviétique (1991) qui provoque l’arrêt de la course aux armements, celle-ci ayant cessée trois ans auparavant. L’effondrement ne peut être rapportée à l’incapacité à suivre un rythme effréné de dépenses militaires. En réalité dès octobre 1986 Reagan et Gorbatchev se rencontrent à l’occasion du Sommet de Reykjavik et décident, sans l’acter dans un communiqué final, qu’ils arrêtent la course aux armements. La théorie du « linkage » qui prévalait à l’époque signifiait que tant que l’on n’était pas d’accord sur tout on n’était d’accord sur rien même si cela était faux. Compte-tenue de l’inertie des dépenses militaires le plafond fut atteint dès 1988. Chiffre élevé puisqu’il représentait un taux de militarisation d’environ 8 % (Dépenses militaires rapportées au PIB mondial). C’est dans cette période de la guerre froide qu’apparaît et se développe l’armement nucléaire et toute la technologie qui la rend opérationnelle (missiles, sous-marins, bases de lancements, …) et que le nombre d’acteurs nucléaires prolifère.
Il devient alors évident pour les deux Grands qu’ils s’épuisent mutuellement, alors que dans le même temps les « perdants » de la 2ème guerre mondiale qui se sont vus imposer des limites à leurs efforts de réarmement connaissent des « miracles économiques » (Japon, Allemagne de l’Ouest). Les études économiques se multiplient pour indiquer les pertes de compétitivité que subissent les États-Unis et l’URSS. À cela s’ajoute la certitude croissante que tout dollar ou tout rouble investi dans la course aux armements n’augmente plus la sécurité. Le moteur central de la course aux armements, la recherche de la parité, voir une marge d’avance qui se déclinera pour chaque type d’arme – en clair les conditions d’une agression réussie -, commence à questionner d’autant que certaines puissances se prévalent du concept de la dissuasion du faible au fort, de la puissance suffisante et mettent en avant le principe du pouvoir égalisateur de l’atome.
Mais ce qu’il faut retenir c’est que cette course aux armements de la guerre froide fut strictement codifiée et maîtrisée par ses acteurs. C’est par centaine que des traités et accords furent ratifiés permettant de construire une grammaire respectée par les protagonistes. Il s’agissait de brandir toute à la fois la menace mais aussi d’assurer de sa bonne foi. Dans cette perspective plusieurs types d’accords furent conclus.
D’abord s’assurer que l’arme nucléaire ne proliférerait pas. Ce fut le Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP). L’objectif en établissant une distinction entre États dotés et non-dotés était de promettre à ceux qui ne l’étaient pas une aide apportée par l’AIEA pour mettre sur pieds une industrie nucléaire civile en échange d’une renonciation à tout programme militaire. Le fait de ne pas s’inscrire dans l’accord revenait en fait à dévoiler ses intentions. Peu de pays refusèrent : Israël, le Pakistan, l’Inde, l’Afrique du sud qui peu à peu devinrent des puissances militaires nucléaires. Les pressions occidentales obligèrent ce dernier pays à démanteler son arsenal pour qu’il ne tombe pas entre les mains de l’ANC. La Corée du nord d’est retirée de l’accord et l’Iran est soupçonné de vouloir le contourner. Mais globalement cet accord, largement ratifié, a permis de limiter la prolifération nucléaire même si les États dotés n’ont pas respecté leurs engagements à réduire leur arsenal.
Ensuite des accords sur des plafonds de type d’armes à ne pas dépasser voire à réduire ou à interdire.
Enfin, proposer des accords qui instaurent la confiance et la bonne foi. C’est la démarche des accords Salt signés en cascade à partir des années soixante-dix. Le dernier accord signé entre les États-Unis et la Russie remonte à 2010. Les traités portèrent tout à la fois sur les missiles à moyenne portée (de 500 à 5500 km) ou sur les missiles intercontinentaux. Mais probablement l’engagement le plus fort symboliquement fut celui sur les ABM-Anti-balistic-missiles qui interdisait de protéger ses grandes villes ainsi offertes à toutes représailles de l’adversaire. C’était la preuve de sa bonne foi. Frapper l’ennemi c’était l’assurance de perdre ses grandes villes, pour autant que l’adversaire n’était pas détruit à l’aide d’une première salve.
C’est pourquoi lorsque Ronald Reagan lance en 1981 l’idée d’un bouclier spatial (plus connu sous le terme de « guerre des étoiles ») qui protégerait le territoire américain on comprend que se profile le concept déstabilisant d’une attaque qui n’aurait plus à craindre la riposte. L’espoir caressé portait également dans la certitude que les Soviétiques engagés en Afghanistan n’auraient pas la capacité de suivre. Fort heureusement sur les 17 premiers tests menés par les Américains, seuls deux aboutirent. Le projet fut donc discrètement abandonné.
Jusqu’alors, le cadre international qui s’était construit s’était polarisé autour de grandes puissances qui avaient su créer un enchevêtrement d’accords maillant la planète et qui pouvaient s’observer de plus en plus grâce au progrès des satellites. Puis depuis une quinzaine d’année une obsession bi-partisanne (Démocrate et Républicaine) s’est répandue aux États-Unis faisant de la Chine le principal adversaire, économique et militaire. Le pivot asiatique était né ainsi que les préoccupations de l’Océan indien.
La course aux armements reprenait, mais cette fois-ci entre trois protagonistes et dans des conditions qui n’étaient plus du tout codifiées. En effet la Chine n’avait souscrit à très peu des accords qui liaient les États-Unis à l’Union soviétique puis à la Russie. Elle avait l’avantage d’avoir les mains libres face à ses concurrents. Et elle ambitionna très vite de devenir non seulement une grande puissance économique et commerciale, mais également militaire et développa très vite ses dépenses dans cette direction sans négliger la dimension nucléaire. En face, les États-Unis avaient le sentiment d’affronter la Chine tout en étant contraints par les accords passés de longue date avec l’Union soviétique.
Deux solutions s’imposaient alors. Soit obliger la Chine à ratifier tous les Traités existants pour établir des règles du jeu égales pour tous. Soit sortir de tous les Traités pour avoir les mains libres. C’est ce second choix que firent les États-Unis en dénonçant ou en ne renouvelant pas certains accords. Aujourd’hui la course aux armements se déroule dans un cadre de plus en plus dérégulé et détricoté qui se traduit par l’écroulement progressif de l’architecture de maîtrise des armements héritée de la guerre froide, alors même que des foyers de tensions se développent, des armes tonnent, qu’un conflit majeur a commencé entre l’Otan et la Russie en territoire ukrainien et qu’Israël pouvant se prévaloir de l’aide occidentale met le Moyen-Orient à feu et à sang. S’ajoute à ce sinistre tableau l’apparition d’armes nouvelles comme les drones et les techniques d’observation de plus en plus fines qui permettent d’envisager des opérations plus osées.
Faut-il le rappeler, aucune guerre nucléaire n’est gagnable. La seule inconnue, c’est qui meurt en premier et qui meurt en second ?

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
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