samedi, 23 juin 2018 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Prise en charge des patients

Le fardeau du manque d’agents de santé qualifiés




- Amélioration de la santé des Béninois

- Les autorités très loin des attentes des populations

Pendant que l’Organisation mondiale de la santé recommande 25 agents de santé qualifiés pour 10 000 habitants, le ratio au Bénin est de moins de cinq agents pour 10 000 habitants. Les populations, et particulièrement la mère et l’enfant, en font les frais en mourant pour des maux bien surmontables.

Vadim QUIRIN

Centre de santé de Ségbana, mercredi 22 mars. Ahouwatou, une femme de 22 ans accouche de triplet. Nées prématurées, ces bébés, de sexe féminin sont référées d’urgence à l’hôpital de zone de Kandi, situé à 95 kilomètres de Ségbana où elles peuvent être prises en charge par l’unique pédiatre du département de l’Alibori comptant six communes (Gogounou, Banikoara, Kandi, Ségbana, Karimama et Malanville) et dont le chef-lieu, Kandi, est à plus de 600 kilomètres de Cotonou. Mais, avant même de prendre le départ, confie, presqu’au bord des larmes, leur mère, l’une des petites décède. Et à peine arrivée à Kandi, la deuxième rend également l’âme. Pour maintenir en vie la troisième, dame Ahouwatou, dans l’angoisse, fait la navette Ségbana – Kandi – Ségbana. Déjà 190 kilomètres parcourus deux fois, en payant pour chaque déplacement, 6000 FCFA en aller-retour. Tout cela, sans compter les dépenses en pharmacie et les frais de 37 jours d’hospitalisation supportés par le père des enfants.

En 2014, l’enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS), révèle que chaque année près de 38 bébés pour 1000 naissances vivantes meurent de cette façon le premier mois de leur naissance. Or, le Bénin avait pris l’engagement dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement, de réduire à fin 2015 cette mortalité à 20 pour 1000 naissances vivantes afin d’atteindre d’ici 2030, en ce qui concerne les Objectifs du développement durable, 12 décès pour 1000 naissances vivantes. Malheureusement, pour prendre en charge chacun de ces nouveau-nés et les sauver de la mort, il n’y a que 30 pédiatres du secteur public sur toute l’étendue du territoire national. Encore que ce nombre qu’affichent les livres du ministère de la Santé n’est pas exempt d’ajustement. Le tableau mentionne au 30 avril 2017 deux pédiatres pour l’Alibori pendant qu’au 31 mai 2017, il n’y en a qu’un seul. Qu’à cela ne tienne, apaise le médecin-chirugien Bouraïma Mama Adamou, premier directeur départemental de la santé de l’Alibori (DDS), nommé par le conseil des ministres du 22 février dernier. Il n’y a point péril en la demeure, tente-t-il de nuancer. « Le seul pédiatre n’est peut-être pas suffisant mais ce n’est quand même pas zéro. Et les populations doivent noter qu’il y a des spécialités qui sont là pour les extrêmes urgences », déclare-t-il.

Cette affirmation qui traduit la gravité de la situation s’illustre bien à Karimama, la seule commune sur les 77 du pays à ne pas disposer de la moindre sage-femme. A chaque accouchement, la vie de la femme et celle de l’enfant se trouvent entre les mains d’aides-soignantes réparties dans les quatre maternités de la localité. « Très bientôt, ce constat ne sera plus qu’un souvenir puisqu’une sage-femme prendra service dans la localité », rassure le directeur départemental de la santé. Pourtant et à juste titre, cette annonce n’apaise pas la population. « En 2014, une sage-femme, agent contractuel de l’Etat, y avait été affectée et compte tenu de l’enclavement de la région, elle n’y a même pas séjourné pendant 24 heures » se souvient Moussa, un jeune de Karimama. Même si la situation est très criarde à Karimama, cela ne traduit qu’une anomalie d’envergure nationale. Selon le MICS 2014, au moins deux accouchements sur dix sont effectués par un agent de santé non qualifié. Conséquence : « la proportion des femmes qui meurent en voulant donner la vie, reste très élevée. Près de 347 femmes pour 100 000 naissances vivantes. Soit plus du double des 125 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes que le Bénin s’était engagé en 2000 à atteindre en fin 2015, dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement. Ce fardeau, risque de devenir de plus en plus lourd avec la pénurie aigue globale des ressources humaines en santé », renseigne l’enquête par grappes à indicateurs multiples.

En 2021, la crise sera toujours d’actualité

En effet, un coup d’œil sur le Plan de formation du ministère de la Santé pour la période 2015-2017 et on note qu’en 2014, il n’y avait que 4,55 agents de santé pour 10 000 habitants contre 25 pour 10 000 selon les directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2016, ce ratio donné par Alassane Séïdou, ministre de la Santé, fait allusion à huit agents de santé qualifiés pour 10 000 habitants. Un chiffre qui semble indiquer que l’effectif du personnel de la santé a presque doublé. Sur le terrain, les faits permettent de constater qu’il n’y a pas eu de recrutement proportionnellement à cette taille. En 2014, 1154 agents de santé qualifiés ont été recrutés et courant 2015-2016, le recrutement de 1012 agents a été lancé ; mais le processus a été annulé dès l’avènement du régime du président Patrice Talon. En outre, les départs à la retraite ne sont pas négligeables. Avant 2018, 71 médecins (généralistes comme spécialistes), 105 infirmiers diplômés d’Etat et 84 sages-femmes d’Etat feront valoir leur droit à la retraite, au regard des statistiques contenues dans le Plan de formation 2015 – 2017 du ministère. Un constat que l’on retrouve dans le document de "Stratégie de coopération de l’OMS avec le Bénin 2016-2019" qui mentionne que « cette crise de ressources humaines s’explique par le gel du recrutement des agents de santé depuis les années 80, en dépit d’une timide reprise en 2000, et aussi par les départs à la retraite sans remplacement ».
Les causes, de ce déficit d’agents de santé qualifiés qui s’accentue dans les formations sanitaires du pays, ne sont donc pas à aller chercher loin. Caroline Gallais, membre de l’équipe de Solidarité thérapeutique et initiatives contre le Sida (SOLTHIS), indexe, au terme de sa recherche en janvier 2010 sur "Les ressources humaines en santé dans les pays en développement", « les programmes d’ajustement structurel des institutions financières internationales et le manque de volonté politique (qui) ont limité les dépenses en santé des pays ». Conséquence : le personnel sanitaire qualifié n’est plus recruté au prorata des besoins. Actuellement au Bénin, la Commission technique chargée des réformes dans le secteur de la santé (CTRSS) propose au gouvernement de recruter, d’ici à 2021, 7000 personnels qualifiés. Alors qu’en 2017, on devrait être en train de combler le gap de 7 521 agents qualifiés.
Au moment où tout l’Alibori, avec six communes, ne compte qu’un seul pédiatre, le Littoral avec une seule commune (Cotonou) en dénombre sept. Ceci, en dehors des quatre pédiatres affectés dans les directions du ministère de la Santé ainsi que des onze qui exercent à Cotonou en clientèle privée, selon les chiffres communiqués par le docteur Eliane Hounsa, présidente de l’Association des pédiatres exerçant en clientèle privée.
Aussi, le manque de motivation du personnel entraîne-t-il la fuite des cerveaux et cela prive les populations de personnel qualifié en santé. « Plus de 40% des agents de santé du Bénin travaillent hors des frontières nationales », fait observer Caroline Gallais. Sur ce point, personne ne serait surpris si l’infirmier breveté de Pétchinga, le seul agent qualifié de cet arrondissement de Karimama, lève l’ancre. Depuis 30 mois, il crèche dans un emplacement aménagé au niveau de la salle d’hospitalisation. Le comble, il est également, depuis tout ce temps, sans salaire à l’instar de son collègue du dispensaire de l’arrondissement de Monsey, toujours dans la commune de Karimama. Une situation que ne réfute pas Denis Ouorou Bagnan, médecin-chef de Karimama. Qui reconnaît, par ailleurs, que ces agents doivent se rendre à Cotonou pour suivre leur dossier au niveau des ministères de la Santé, de la Fonction publique et de l’Economie et des finances. Pendant ce temps, les malades doivent prendre leur « douleur en patience ».

Encadré:350 millions de FCFA vendangés

Les 350 millions de FCFA investis par le Bénin dans les émoluments des 35 membres de la Commission nationale technique chargée des réformes politiques et institutionnelles auraient permis la formation qualifiante de plus de 552 agents de santé (personnel médical et paramédicaux) ou assuré à près de 90% la formation diplômante de 50 infirmiers diplômés d’Etat et de 50 sages-femmes d’Etat. Ceci, conformément au coût unitaire des différentes formations contenu dans le Plan de formation 2015-2017 du ministère de la Santé. En outre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait remarquer dans son document, "Ressources humaines pour la santé : stratégie mondiale à l’horizon 2030", que « des progrès radicaux et une utilisation plus efficace des agents de santé existants sont à la fois nécessaires et possibles si l’on réoriente les systèmes de santé vers une approche collaborative axée sur les soins primaires en équipe et si on exploite pleinement le potentiel de l’innovation technologique ». De même, poursuit l’OMS, « pour garantir un déploiement équitable des personnels de santé, il est essentiel de mettre en place des mesures incitatives, financières et autres, ainsi que des mesures réglementaires ou de réorganiser la prestation des services ». Les autorités sanitaires doivent surtout veiller à l’utilisation efficace des ressources disponibles. À l’échelle mondiale, dénonce l’OMS, 20 à 40% des dépenses de santé sont inutiles, en grande partie, à cause du manque d’efficacité des personnels de santé et de faiblesses de la gouvernance et de la supervision. C’est pourquoi, les politiques et les décisions en matière de financement relatives à la formation et au marché du travail dans le domaine de la santé devront correspondre à l’évolution des besoins.

V.Q.

Enquête réalisée dans le cadre du projet « Pour des médias plus professionnels » de la Maison des Médias avec l’appui financier de OSIWA.

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