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Visite du chef de l’Etat en Norvège

Ce que Patrice Talon a dit aux investisseurs à Oslo




Le chef de l’Etat Patrice Talon, au cours de sa visite officielle à Olso, a rencontré les investisseurs norvégien à qui il a fait part, à travers un exposé sur l’économie verte des opportunité d’investissements en Afrique surtout au Bénin. Il a attiré l’attention des investisseurs norvégiens sur les avantages d’investir au Bénin et les opportunités offertes pour le retour à l’investissement. ( Lire l’exposé)

‹‹ Il ne reste qu’une seule solution pour les pays d’Afrique, c’est l’investissement privé››

’’C’est pour moi un plaisir et un grand honneur de me retrouver parmi vous, en face des investisseurs de cette grande région du monde. Toutes les occasions comme celle-ci sont bonnes pour parler de l’Afrique, pour parler de mon pays le Bénin. Mais la problématique qui nous concerne tous est d’abord la mauvaise connaissance de l’Afrique. Les perceptions qui ne sont pas conformes à la réalité de ce continent. Ce qui évidemment freine la découverte de ce continent, freine les investissements, freine la découverte des opportunités de développement des affaires de ceux qui ont la vocation d’investir pour gagner de l’argent.
Comme l’a dit tout à l’heure le directeur de Norfund, l’Afrique est un immense champ d’opportunités et d’affaires. Mais ce continent paraît si loin. Les pays de ce continent se confondent. Quand on parle de l’Afrique on parle tout comme il s’agit d’un même pays. Mais les pays sont si différents, les risques sont si différents. Quand il y a une épidémie ou une guerre dans un pays qui est à 5000 km d’un autre, la perception de cette épidémie, de cette guerre, concerne également celui qui est à 5000 kilomètres. De sorte que pour investir en Afrique les investisseurs ont beaucoup de réticence. Les risques politiques, les risques de maladie, de corruption, le défaut de transparence sont autant de maux que la plupart des nations ont connus dans l’histoire de l’humanité. Mais ces maux restent dans la mémoire de manière permanente. Ils inhibent les envies d’investissement sur ce continent.
Monsieur le directeur, vous avez tout à l’heure parlé des taux de rendement des investissements en Afrique et vous avez parlé d’une cession d’actifs qui a été opérée en Afrique du Sud avec un rendement de 30%. Ces taux de rendements n’existent plus nulle part au monde. C’est attractif, c’est vrai mais c’est en même temps un handicap pour le développement des pays africains parce que nous savons que l’aide au développement ne peut pas suffire à transformer le continent africain.
En général, l’aide au développement souffre de la mauvaise gouvernance et la corruption a montré que malgré les aides dont les pays d’Afrique ont bénéficié, ces pays se sont peu développés. Aujourd’hui que l’aide au développement se raréfie et que la mauvaise gouvernance a montré les limites de cette aide, il ne reste qu’une seule solution pour les pays d’Afrique, c’est l’investissement privé. Un franc investi par le secteur privé crée plus d’emplois et plus de richesse et de développement que ce même franc investi par les Etats. Sur un franc investi par l’Etat, la moitié ou les trois quarts sont gaspillés en Afrique. Mais l’investissement privé génère plus de résultats. C’est pourquoi, il est aujourd’hui nécessaire et indispensable que l’investissement privé soit reconnu comme le véritable moteur de développement des pays africains.
Moi, je viens du secteur privé et j’ai vu combien l’effort et parfois même peu d’effort et un peu de sérieux suffisent à partir de zéro pour arriver au sommet très rapidement en Afrique. C’est mon expérience personnelle qui m’a motivé à m’engager en politique et montrer qu’on peut changer nos pays très vite. Pour revenir à la mauvaise perception des risques d’investissement en Afrique, je dois vous avouer que les taux de rendement qu’exigent les investisseurs sont malheureusement excessifs parce qu’un rendement qui est en dessous de 12, 15 ou 20% ne paraît pas attractif pour les capitaux investis sur ce continent. Le travers de cette perception est qu’aujourd’hui dans la globalisation, l’Afrique n’est plus compétitive.
Au-delà des matières premières brutes, les produits transformés en Afrique par des fonds privés investis ne rendent pas le coût final compétitif parce que les exigences de rendement sont trop élevées. Nous sommes dans un cercle un peu vicieux. Il faut investir en Afrique, nous sommes dans la globalisation mais l’investissement rend les coûts finaux largement supérieurs à ce qu’on obtient sur le marché européen ou asiatique. C’est l’une des raisons pour lesquelles d’ailleurs aujourd’hui on a du mal à capter la délocalisation parce que l’Asie s’émancipe énormément, la Chine se développe et les investisseurs ont une envie de délocaliser. Mais cette opportunité de délocalisation vers le continent africain, malheureusement, est freinée par les exigences de rendement élevé. Et c’est là que, Madame la ministre des Affaires étrangères, l’aide au développement peut accompagner l’investissement privé étranger en Afrique. Nous avons mis en place des outils qui permettent de freiner la perception excessive des risques.
Avec la Banque mondiale, beaucoup de pays ont mis en place des outils pour freiner les risques. Il faut que ces outils de couverture de risques soient densifiés et soient disponibles pour atténuer l’évaluation des risques d’investissement. Il faut également que l’aide au développement aide à trouver les moyens de faire des financements longs. Personne ne veut investir en Afrique et attendre 15, 20 ans pour amortir son investissement. Ça paraît trop long parce que là également le risque est surévalué. Quand on veut investir dans une centrale électrique et que l’on veut avoir un retour sur 10 ans, vous comprenez combien le taux de revenu du KW peut être élevé. Or il faut de l’énergie à bon marché pour alimenter les industries. Le continent africain est le continent sur lequel l’énergie est la plus chère. Comment faire pour investir dans l’industrie en Afrique et avoir de l’énergie à bon prix pendant que ceux qui investissent dans l’énergie veulent des retours trop rapides et des rendements trop élevés et n’ont pas des financements dans les termes convenables, c’est-à-dire des financements longs ?
Le thème de la conférence de ce matin, l’économie bleue, montre combien ce continent est vierge et disponible et offre des opportunités dans ce domaine.
Nos cours d’eau sont tellement des opportunités d’investissement. Mais là encore, si l’opportunité existe et est visible et que l’environnement et les conditions d’investissement n’accompagnent pas ceux qui veulent investir, les opportunités de l’économie bleue ont beau être là, dans 20, 30, 40 ans, nous serons toujours là, à la même place. Mais beaucoup de pays africains font des efforts nécessaires pour améliorer cet environnement. C’est l’exemple du Bénin que j’ai l’honneur de conduire depuis trois ans et dans lequel nous faisons des réformes extraordinaires pour changer cette perception. J’ai dit au Premier ministre que j’ai rencontré hier que je n’avais aucune demande à la Norvège, que je ne suis venu demander ni de l’aide au développement ni un accompagnement particulier. Je suis venu demander au gouvernement norvégien un peu d’attention, d’observer le Bénin, de constater combien ce pays est en train de changer à l’instar de certains pays d’Afrique. Et une fois que les uns et les autres auraient constaté que ce pays en matière de gouvernance, de transparence, de sérieux, d’ordre, d’assainissement de la justice, de la santé, une fois que cette perception serait nouvelle, je viendrai leur demander ce dont j’ai besoin comme aide. Il est impératif pour nous de nous révéler autrement à nous-mêmes puis de révéler autrement nos pays aux autres. L’Afrique en général mais les pays d’Afrique en particulier offrent différemment des opportunités, des environnements, des conditions de découverte et d’investissement. Les pays du Nord ne connaissent pas beaucoup l’Afrique.
L’Afrique australe et celle de l’Est sont les régions dans lesquelles vous osez un peu plus. Mais les pays d’Afrique de l’Ouest sont des pays magnifiques. Ce sont des pays où il y a une certaine transformation en cours. Le Bénin est un pays de référence en Afrique de l’ouest. C’est la porte d’entrée des pays de la Cedeao qui constitue l’un des plus grands marchés intégrés d’Afrique avec plus de 300 millions de consommateurs. Les opportunités sont immenses. Ceux d’entre vous qui oseront lire un peu plus sur le Bénin, venir au Bénin pour un ou deux jours et prendre le risque d’investir, verront combien il est intéressant d’investir au Bénin pour ne pas dire d’investir en Afrique. Madame la ministre des Affaires étrangères, je voudrais finir mes propos en adressant mes remerciements et les remerciements du gouvernement béninois tout entier pour l’opportunité de venir ici et de m’exprimer devant vous dans l’espoir que dans quelques années, le Bénin sera peut-être le premier partenaire africain de la Norvège.
Merci.

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