mercredi, 14 novembre 2018 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Mémoire du chaudron 52




La première réunion de la direction nationale de campagne fut, je pense bien, la dernière digne du nom. La défiance silencieuse des politiques face à l’arrivée par le haut, de Vicencia Boco, offrit à Yayi un schéma confortable qu’il répétera pendant tout son règne : donner le pouvoir pour mieux ne pas le donner.

Beaucoup d’observateurs avaient d’ailleurs senti, face au peu d’empressement du candidat Yayi à mettre en place une vraie direction nationale de campagne, une réticence à fonctionner avec une structure officielle qui pourrait lui prendre, ne serait-ce que pour la durée de la campagne électorale, une partie de son pouvoir décisionnel. Les nombreux appels et relances pour que cette instance faîtière soit installée restèrent longtemps sans suite. Et en optant de façon cavalière pour le parachutage d’une inconnue à la tête du bataillon, il n’ignorait pas qu’il l’affaiblissait. Avec du recul, je crois d’ailleurs que cela a été bien prémédité. Ainsi, il se retrouva, dans la pratique, comme le recours, le vrai pôle de décision. Au moins, personne ne pouvait plus l’accuser de n’avoir pas une direction de campagne.

Mais Vicencia était teigneuse. Elle avait sans doute compris le jeu de Yayi. Elle avait sûrement fini par comprendre qu’elle ne dirigerait rien du tout. Cependant, elle s’accrocha. Une option d’une très grande clairvoyance. Une autre femme, au tempérament de feu comme Marie-Élise Gbèdo, que Yayi a voulu un moment dans ce rôle, aurait protesté et multiplié les menaces de démission. Mais Vicencia se pointait quotidiennement à Bar Tito.

Je la voyais quelques fois traverser le hall au rez-de-chaussée, monter les escaliers et rejoindre son bureau à l’étage. Là, elle s’enfermait, s’occupant à je ne sais quoi. Nos esprits, d’un naturel suspicieux, se mettaient en transe lorsqu’elle s’enfermait avec Serge Mariano, ce jeune homme que nous ne connaissions pas encore beaucoup, mais d’une finesse vestimentaire certaine. Car Vicencia avait du charme et était loin d’être finie physiquement. Trêve de suspicions, nous découvrîmes finalement le bébé que les deux nous fabriquaient derrière la porte de ce bureau : un mouvement politique ! La Coalition des Forces du Changement (CFC).

Je continue de penser que Vicencia a géré ce tournant délicat de son parcours avec intelligence et tact. Face à un dribbleur, elle avait trouvé la meilleure posture de jeu. Se maintenir debout. Patienter. Surtout ne pas le suivre dans ses mouvements. Car à force de valser et de multiplier les dribbles extravagants, il finit par s’embrouiller, se dribbler lui-même et vous remettre la balle entre les pieds, par inadvertance. Ce n’est pas facile, mais c’est la meilleure posture politique.

En vérité, aucune grande décision ne se prenait plus à Bar Tito, depuis que la directrice nationale de campagne y avait été installée. Il fallait aller à Cadjèhoun, parler directement avec Yayi. Et quand la décision avait une incidence financière, il fallait ensuite se retrouver entre les quatre murs du bureau de Lambert Koty, à l’Agetur. Telles des métastases d’un cancer en phase terminale, des centres informels de réunion et de prise de décisions se multiplièrent à travers la ville, mais avec un tandem inévitable : Yayi-Patrice. Le premier, revenu presque bredouille de son dernier voyage de mobilisation de ressources financières dans les pays d’Afrique centrale, s’en était remis poings et pieds liés au second qui avait déjà une idée assez claire des avantages que lui offrait cette position de pouvoir qui se muera rapidement, après la victoire, en une dangereuse, je dirai même mortelle position de dompteur de taureaux.
Car les dix années suivantes verront se produire un spectacle surréaliste d’un taureau fou et d’un torrero trop sûr de lui et imprudent.

Mais dans cette phase de la conquête du pouvoir, notre candidat fit parfois preuve d’un flair si juste et si puissant que je ne saurais me priver de vous en donner une illustration.

C’était un peu avant l’installation de la direction nationale de campagne. Yayi était parti pour une ultime recherche de soutiens financiers au Congo et au Gabon. Inutile de dire que les choses ne furent pas aussi simples avec le patriarche Omar Bongo qu’on disait soutien traditionnel de Adrien Houngbédji, mais qui, pour le scrutin présidentiel de 2006, exigea de tout candidat béninois parti lui tendre la sébile, une recommandation écrite du général Mathieu Kérékou. La moisson, si moisson il y eut, fut donc forcément maigre. Mais ce n’était pas ce qui chagrinait Yayi lorsque nous nous précipitâmes, ce jour-là, à Cadjéhoun, pour lui souhaiter la bienvenue.

Arrivé dans la petite cour de la résidence, je trouvai Chabi Sika et Ahmed Akobi un peu tendus. Il était environ dix-sept heures. Yayi était directement monté à l’étage pour se rafraîchir. Mais pas que ça. Il avait décidé de prendre la longue route du nord à cette heure de la journée. La décision paraissait insensée pour un candidat très en vue et qui n’avait pour toute sécurité que son seul cousin gendarme que Pierre Osho, alors ministre de la Défense, fit mettre à sa disposition, sur instruction du général Mathieu Kérékou. Il avait donc décidé de prendre la route et de faire un voyage de nuit, contre tout bon sens.

C’est que Yayi, malgré tous les comptes-rendus rassurants, soupçonnait une situation catastrophique dans la conduite des opérations d’inscription sur les listes électorales dans les départements du septentrion. La liste électorale, manuelle à l’époque, pouvait être l’instrument aléatoire de gestion d’une victoire ou d’un échec électoral. Dès que la Commission électorale nationale autonome, CENA, lançait le processus d’inscription des électeurs, tous les candidats sérieux à une élection présidentielle qui se fait au suffrage universel direct où chaque voix compte, jetaient toutes leurs forces dans la bataille pour faire inscrire le maximum d’électeurs dans son aire d’influence politique.

La machine électorale déjà rodée du kaméléon avait brillamment assuré le service jusque-là dans le septentrion, pour les élections présidentielles de 1991, 1996 et 2001. Mais le kaméléon n’étant plus candidat pour les présidentielles de 2006, le défi restait entier pour notre machine électorale.

Et puis, une autre préoccupation angoissante nous taraudait l’esprit : les bases de données électorales du septentrion étaient-elles les bonnes ? Obtiendrons-nous le même nombre d’inscrits sur les listes électorales dans cette partie du pays, maintenant que le général Mathieu Kérékou n’était plus en lice ? Et que faire si les "vrais chiffres", enfin sortaient et faisaient basculer nos calculs ? La sortie des nouveaux chiffres du septentrion serait un grand moment politique. J’en avais discuté quelques fois avec Yayi. Mais nous préférions ne pas penser au pire. Car au cas où Kérékou obtiendrait ses victoires sur la base de listes électorales "provendées" dans le nord, nous pourrions bien passer du rêve à la désillusion si nous n’avions pas le secret de cette provende. Les opérations d’inscription sur les listes électorales, qui se déroulaient partout dans le pays, avaient donc un sens particulier pour nous.

Mais de là à laisser Yayi faire ce voyage de nuit, surtout avec quelques rumeurs alarmantes qui nous parvenaient sur des risques qui planaient désormais sur sa sécurité, le pas ne me paraissait pas non plus raisonnable à faire. J’attendais donc debout, dans la cour, avec Ahmed Akobi et Karimou Chabi Sika, bien décidé à le dissuader. Il pouvait attendre le lendemain. Soudain, un bruit de moteur nous parvint du garage. Ibrahim le gardien, qui prêtait une oreille attentive à nos inquiétudes qu’il partageait sans doute, entra en coup de vent dans la cour, pour donner une alerte tardive. Yayi venait de prendre la route. Il était parti seul pour ce voyage de nuit. Il partait vérifier ses appréhensions.

(✋🏾 À demain)

*Tibo*

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