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FIL D'ACTUALITÉ

Mémoire du chaudron 37




Debout à l’entrée de ce hall surchauffé, je voyais cette foule extasiée, déchaînée, vibrer à l’unisson avec le jeune artiste GG Lapino. Et quand Yayi se mit debout, balançant les deux mains levées à gauche et à droite, ce fut le délire. J’essayai surtout de capter le message de la chanson. Un appel sans ambages à voter Yayi qui serait la troisième issue entre deux belligérants qu’on imaginait aisément être Bruno Amoussou et Adrien Houngbedji. "Yayi Boni mi na zé" ce qui signifie "c’est Yayi le choix à faire ". Le refrain a l’avantage d’être court, concis et agréablement mis en mélodie, tous les ingrédients d’une excellente arme de communication politique. Lorsqu’il finit sa deuxième prestation, le public, insatiable, en réclama une troisième malgré l’effort de l’animateur pour passer à autre chose. Yayi mit fin à ce tiraillement passionné en autorisant d’un signe de main une nouvelle reprise de la chanson et en se mettant debout. Puis ce fut à nouveau l’effervescence dans la salle. La mélodie finit par s’incruster définitivement dans mon esprit. Mais je voulais, avant tout, savoir comment ce jeune homme s’était retrouvé là. J’avais vu la liste de passage des artistes prévus pour animer la cérémonie et je savais qu’il ne s’y retrouvait pas. Je voulais désormais tout savoir. D’où sortait-il ? Quel était le parcours de cette chanson avant et après notre rencontre à Bar Tito ?

Théodore Gaspard Gougounon à l’État civil, ce jeune artiste au teint clair, au physique efféminé et aux cordes vocales mélancoliques, était un produit des quartiers chauds de Godomey. En ce début d’année 2006, il avait déjà troqué tondeuses, ciseaux et peignes qu’il manipulait pourtant avec art dans son atelier de coiffure, pour le micro depuis quelques mois. Il avait déjà quelques chansons sulfureuses qui se jouaient en boucle dans certaines discothèques de Godomey et de Calavi. J’avais souvent entendu ce fameux titre "Dawe fon" qui enthousiasmait si souvent jeunes gens fiers de leur virilité et femmes frustrées, mais je n’avais jamais cherché en savoir plus sur l’auteur. Il affinera plus tard son art dans l’exploitation des thématiques bien en bas de la ceinture. C’est donc ce jeune coiffeur des zones chaudes de Godomey, au début d’une prometteuse carrière musicale qui eu l’initiative en 2005, alors qu’il ne connaissait personne dans le dispositif Yayi, de la chanson " Yayi Boni". La suite fut un chemin de combattant pour lui. Toutes ses tentatives pour approcher le président de la Boad dont le nom circulait déjà dans les milieux politiques furent vaines et se soldèrent par une grande frustration pour lui. Un de ses amis finit par lui parler d’un "gars de Yayi" résident à Togoudo et qu’on pouvait voir certains jours, traverser Godomey sur sa vieille moto Yamaha lourdement chargée de sacs de provendes pour ses élevages : Paulin Dossa. GG Lapino lui fit aussitôt écouter sa composition dont il laissa une copie. Paulin Dossa promit le faire écouter par Yayi, mais les contretemps s’enchaînèrent. Il sollicita le concours du gardien de Yayi à Cadjehoun, sans grand succès. Finalement, avec l’aide du garde du corps, il décida d’en parler au vieux chauffeur Tankpinou. Cette solution dans les milieux des réseaux de pouvoir rate rarement sa cible. Il est en effet plus avantageux d’avoir l’amitié et le soutien du chauffeur ou du domestique d’un Président de la République que de se tuer à rechercher le regard bienveillant de ses conseillers qui, malgré les titres, sont à certains moments aussi loin du " chef " que vous même. La proximité efficace et agissante avec un président de la république n’a souvent rien à voir avec un titre officiel. C’est que ce personnel est présent dans les grands moments de réceptivité du président. Je parle de ces moment où un homme, fut-il le plus puissant de la terre, fait attention au moindre avis, à la moindre réflexion qui se fait autour de lui. Ceux qui eurent cette sagesse des choses, battirent des carrières enviables. Une fois donc le CD de GG Lapino dans les mains de Tankpinou, le tour était joué. Pendant que Yayi regagnait Lomé après après un week-end à Cotonou, le chauffeur qui savait mieux que quiconque à quel moment du trajet son attention se portait sur le moindre détail autour de lui, lança le morceau dans le lecteur de CD de la voiture en diminuant paradoxalement le volume. On fait en effet plus attention à ce qui se chuchote qu’à ce qui se vocifère. Au bout d’un moment, Yayi demanda qu’on montât le volume. Ce que fit avec satisfaction le chauffeur. La mayonnaise venait de prendre. Il le fit rejouer deux à trois fois avant l’arrivée à destination puis demanda qui en était l’auteur. De fil en aiguille, le jeune artiste reçu la promesse ferme d’une rencontre avec le candidat potentiel à son passage suivant à Cotonou. Mais la tenue de cette promesse, à nouveau, se fit attendre en vain. Paulin Dossa décida alors d’envoyer GG Lapino à Bar Tito où, apprit-il, quelque chose se faisait pour les artistes. Je ne reviendrai pas sur cette rencontre que j’eus avec cet artiste au front ceint de banderole blanche et dont les contours des yeux me paraissaient soulignés à l’antimoine. Il me fit un effet antipathique et son refus de laisser une copie de son CD comme le faisait tout le monde n’arrangea rien. Il repartit comme il était venu, son CD en main. Je n’avais pas une idée glorieuse de tous ces jeunes artistes qui se transformaient parfois de façon outrancière le physique. L’art, selon moi, suffisait amplement pour plaider pour ou contre l’artiste. Et puis de toutes les façons, l’artiste que Yayi voulait voir dans son écurie de campagne, croyais-je, c’était Zenab Habib. Mais les quelques apparitions que fit son manager au physique de catcheur à Bar Tito, ne furent pas concluantes. Luc Dansou montait les enchères et les exigences tant et si haut, que nous décidâmes de le laisser à l’intérêt que, nous disait-il, l’état-major major de Adrien Houngbedji manisfestait pour son artiste. J’en fis d’ailleurs un compte rendu désespéré à Yayi qui, à ma grande surprise ne se démonta nullement. Il voulait avoir Zenab avec lui. " je gère moi-même ", m’avait-il dit finalement, plein d’assurance. Il ne l’aura finalement pas.

Quand vint donc ce 15 janvier, grand jour de sa déclaration de candidature, Yayi qui, malgré le caractère brouillon de ses initiatives intempestives, savait garder la suite dans les idées, fit passer par Paulin Dossa, le message d’intégrer GG Lapino dans la liste des artistes prévus pour chanter au cours de la cérémonie. Mais là encore le blocage fut total et hermétique. Le MC de cérémonie qui soupçonnait une manœuvre de l’artiste, refusa de le faire chanter. Il ne restait plus que deux options au jeune Théodore Gaspard Gougounon : rentrer définitivement chez lui avec son CD qui semblait être né avec la poisse, où attendre en spectateur. Sait-on jamais. Et c’est la seconde option qu’il fit. Lorsqu’après le tour de salle, l’hymne national et les slogans, Yayi se fut installé, il demanda aussitôt GG Lapino et exprima sa volonté de le voir chanter là, maintenant, immédiatement. Un peu contrarié, le maître de cérémonie réclama le fameux CD qu’il transmit au DJ. Puis le visage de notre communication bascula. Ce morceau irrésistible ensorcela les électeurs les plus indécis dans le Littoral et l’Atlantique. Ce morceau parla là où nous n’aurions jamais pu prendre la parole. Ce morceau installa durablement Yayi dans le coeur d’une couche d’électeurs souvent inaccessible : les jeunes mais surtout les rebuts de notre société. Lapino était des leurs, et puisqu’il orientait le choix vers Yayi, celui-ci devenait aussitôt un des leurs. Une nouvelle façon de percevoir et de concevoir la communication politique montait en puissance. Simplement par le fait d’une pierre rejetée, qui devenait la principale de l’angle, un coup de génie resté inégalé, un ange venu de l’enfer : GG Lapino... !

( A demain ✋🏾)

*Tibo*

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