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Massacre de Moura au Mali : L’enquête impossible




Du 27 au 31 mars 2022, la population civile de Moura a subi l’un des pires calvaires de l’histoire du Mali. Entre 200 et 400 villageois sont morts, abattus par l’armée régulière et les miliciens russes de Wagner. Un an plus tard, la vérité est encore compliquée à établir.

La version officielle de Bamako pourrait presque faire rire, si le bilan du massacre n’était pas aussi élevé. « Du 23 au 31 mars, 203 combattants des GAT ont été neutralisés à Moura (Djenné) », s’était alors réjoui le général Oumar Diarra de l’État-major général des Armées, félicitant même les FAMA pour « leur disponibilité et leur engagement pour la défense du territoire national, la protection des personnes et de leurs biens et de la lutte contre le terrorisme », et rappelant que « le respect des Droits de l’Homme, de même que le Droit international humanitaire, reste une priorité dans la conduite des opérations ». Bilan officiel donc : 203 djihadistes éliminés, une cinquantaine d’entre eux arrêtés. Circulez, il n’y a rien à voir. Les victimes civiles ? La participation des supplétifs russes de Wagner ? Pas un mot.

La désinformation orchestrée par le junte

Mieux, les articles de presse et les reportages ont fleuri au mois d’avril dans les médias inféodés à la junte militaire arrivée au pouvoir suite au coup d’État de mai 2021. On était alors heureux de lire l’article de Maliweb intitulé Aucun civil n’a été tué par l’armée malienne à Moura, selon des habitants ! : « Des habitants de Moura où ont eu lieu la récente éradication des djihadistes d’Amadou Koufa et alliés terroristes, déclarent que leur village compte plus de 4000 habitants et qu’aucun civil n’a été tué par l’armée malienne. » Ouf ! Les vidéos sont du même acabit, comme ce sujet de VoxAfrica qui relate un reportage sur place destiné à démentir la thèse du massacre, reportage bien encadré par les militaires des FAMA. À écouter le « journaliste » et les « témoignages à l’opposé de la propagande diffusée par les ONG et les médias occidentaux », il ne se serait rien passer de répréhensible à Moura ! « Nous vivions un enfer avec l’administration jihadiste, raconte une première femme, de manière anonyme. Ils nous maltraitaient et nous obligeaient à nous voiler. Ils nous volaient notre nourriture. Depuis l’arrivée des militaires, nous respirons de l’air pur ! »

Évidemment, toutes les versions diffèrent concernant le massacre de Moura, le gouvernement de « transition » d’Assimi Goïta réfutant en permanence tous les autres témoignages ou rapports d’organisations indépendantes comme celui de Human Rights Watch (HRW) qui parle d’exécutions sommaires de 200 à 400 civils. Le seul point commun entre les deux thèses, c’est la mainmise des meurtriers sanguinaires des groupes jihadistes dans la région. Personne ne nie cette réalité. Mais cela ne justifie pas le ratissage systématique des civils dans tout le périmètre.

La parole se libère

Le problème pour la version officielle véhiculée par les autorités et les médias locaux, ce sont donc tous les autres témoignages qui racontent dans le détail les exactions perpétrées par les soldats de l’armée régulière et surtout par les « soldats blancs » de Wagner. Beaucoup racontent la confusion totale régnant à leur arrivée, ces derniers considérant tous les hommes portant la barbe et des pantalons courts comme des jihadistes. « L’un des hélicoptères a déposé des soldats blancs à l’est du village et le second en a déposé à l’ouest, se souvient Assane, qui témoigne lui aussi de manière anonyme. Ils étaient armés jusqu’aux dents, des chargeurs partout. Certains avaient des casques, des sacs, des vêtements camouflés. […] Les soldats nous ont alors demandé de nous lever, puis ont commencé à pointer le doigt vers certains prisonniers en disant : “Lui, c’est un jihadiste”, et le tuaient. Ils observaient les visages, les barbes, les pantalons [ndlr : les jihadistes obligent les hommes à porter des pantalons coupés] et tuaient. Ils ont passé la nuit à prendre des gens parmi nous pour les exécuter. »

Capturé, Assane a cru sa dernière heure arrivée. Il se souvient d’un « blanc avec un bâton qui venait chercher les gens. Il tapait sur la tête des personnes : “Toi là, lève-toi !” jusqu’à ce qu’il ait le nombre voulu. Puis, les amenait derrière une maison en construction, à quelques mètres, où se tenaient un soldat malien et un autre soldat blanc. Ce sont eux qui exécutaient. Ils ne prenaient même pas le temps d’attacher les mains ou de bander les yeux, ils tuaient seulement, certains alors qu’ils marchaient encore. Une balle et c’est tout. »

Les témoignages comme celui-ci, ce ne sont pas dans les médias maliens ou burkinabé qu’on les trouve malheureusement, la presse est totalement muselée par le pouvoir. « Avant de partir, raconte un autre rescapé du massacre, les militaires nous ont sommés de ne pas dire que c’était des civils qui avaient été tués, mais que c’était des terroristes. Ils m’ont dit aussi qu’on aurait dû être tous tués. ‘Vous êtes tous pareils, vous êtes tous des jihadistes’, c’est ce qu’ils m’ont dit. »

Pas d’enquête internationale indépendante
Cela ne surprendra donc personne que les autorités de Bamako aient refusé, d’un revers de la main, une quelconque enquête ; refus soutenu par son indéfectible allié à Moscou. Mis à part le rapport de HRW et celui que la MINUSMA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies) doit remettre incessamment sous peu et qui met « directement en cause les Forces armées maliennes et leurs alliés de Wagner », le massacre ne fera probablement jamais l’objet d’une enquête judiciaire internationale sur place, et restera selon toute vraisemblance impuni.

Qui dit vrai ? Qui ment ? « Des voix se sont élevées pour réclamer des enquêtes internationales et impartiales pour faire toute la lumière sur cette barbarie, avance Hamadou Gadiaga sur le site Lepays.bf. La réponse du gouvernement malien à cette requête de la coalition citoyenne pour le Sahel qui regroupe une cinquantaine d’associations de droits de l’Homme, n’a pas tardé, et c’est un non catégorique au motif que le procureur du tribunal militaire de Mopti a déjà ouvert une enquête sur ces allégations d’exactions contre des civils désarmés, majoritairement issus de la communauté pastorale peule de la commune rurale de Togué Mourari, dont relève Moura. » Un refus appuyé par la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, qui a mis son véto à l’ouverture d’une enquête indépendante. L’alignement de Moscou s’explique facilement, la diplomatie russe voyant d’un mauvais œil ce type d’enquête, les miliciens de Wagner étant responsables de différents massacres en Centrafrique par exemple, à Besson en septembre 2021, ou à Bria en janvier 2022 pour n’en citer que quelques-uns.

Depuis Moura en mars 2022, d’autres exactions au Mali, orchestrées par les FAMA et les paramilitaires de Wagner, ont fait la Une des journaux. Ce tandem – loué par le chef de la junte Assimi Goïta – n’est clairement pas adapté aux enjeux sécuritaires auxquels fait face le Mali. Dans cette triste histoire, les populations civiles ne pourront jamais vraiment faire leur deuil, car les responsables ne seront jamais traduits devant la justice. Entre un droit à l’information bafoué et une justice aphone, le Mali ne prend décidément pas la direction de la démocratie.

Paul Sanou

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