mercredi, 17 octobre 2018 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Opinion

Les velléités africaines après l’offense de Donald Trump

Au commencement était une insulte…




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Depuis sa prise de pouvoir, le 20 Janvier 2017, le plus vieux et plus riche président américain ne peut passer une semaine sans défrayer la chronique. Il demeure très actifs sur Twitter bien que chacune de ses publications puisse susciter la polémique. D’ailleurs, le Washington Post, a publié une méticuleuse base de donnée listant les 2001 mensonges, contrevérités et les approximations proférés en 2017 par ce locataire de la Maison Blanche ; soit environ 40 mensonges par semaine. Cette année, il a proféré 18 contrevérités en un seul jour, le 08 janvier dernier. Après ce constat, l’on s’interrogeait à savoir s’il battra son record cette année. Mais l’attente ne fut point longue car trois jours plus tard, le 11 janvier 2018, lors d’une réunion à la Maison Blanche sur l’immigration, il va de nouveau servir la polémique dans une déclaration qui fera un tollé mondial. En effet, au cours de cette réunion à huis clos, les sénateurs américains lui suggéraient de restaurer la protection touchant aux immigrants venus de pays comme Haïti, le Salvador et l’Afrique. Et à Trump de s’étonner :
"Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici[aux Etats Unis] ?"

Il préfère de loin les immigrants norvégiens « blancs » à ceux d’ascendance africaine. Cette phrase, « raciste » sera récupérée par le Washington Post, puis relayée par tous les médias internationaux. Par la suite, il a assuré n’avoir pas utilisé l’expression « shithole countries » (pays à trou de merde !) mais plutôt une « formulation rude » : « le langage que j’ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés ». Mais le coup était déjà tiré, sa remarque va susciter une vague d’indignation internationale et un véritable tollé sur les réseaux sociaux ainsi qu’auprès des institutions africaines.

Qui a choquée et énervée tout le monde….
Après l’annonce, certains ont pensé qu’il souffrait de démence au point où près de 70 professionnels de la santé ont demandé un examen pour évaluer son état de santé mentale. Ce qu’il refusa bien évidemment, en déclarant dans un Tweet (toujours), que ses deux plus grands atouts étaient sa stabilité mentale et son intelligence, il se considère comme un « génie confiant » (very stable genius). Rassurons-nous ! Trump est très loin d’être fou et sait clairement ce qu’il fait. N’oublions pas qu’il est un businessman accompli, auteur d’un best-seller et à la tête d’un empire d’environ 4 mds USD. Rusé, il a pu déjouer tous les pronostics et à battre Hilary Clinton. Un malade mental souffrant de démence n’y serait pas parvenu.

Jack Lang, ancien ministre de la culture française et président de l’Institut des Mondes Arabes, va le qualifier de « président de merde » puis lancé le célèbre hashtag #TrumpPresidentDeMerde. Pour lui, Trump est un « xénophobe et un raciste maladif utilisant un discours "indigne de l’Amérique, grand pays de liberté, de grandes aventures d’émancipation".

Des propos « hautement irresponsables, répréhensibles et racistes » selon le ministère des affaires étrangères du Botswana. Ils ont même convoqué l’ambassadeur américain pour lui faire part de leur « mécontentement » mais aussi pour « clarifier si le Botswana est aussi inclus comme un « pays de merde ». Une clarification, que nous trouvons inutile voire même drôle puisque le Botswana se retrouve bien dans le continent africain. A moins que l’ambassadeur américain, avec un discours diplomatique, leur en ai démontré le contraire.

Le gouvernement haïtien a dénoncé des propos « odieux et abjects » qui, s’ils étaient avérés, seraient à tous égards « inacceptables car ils reflèteraient une vision simpliste et raciste ». Rupert Colville, porte-parole du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés déplore des propos « choquants et honteux ». Joe Biden, ancien vice-président démocrate a lui aussi donné de la voix : « Ce n’est comme cela qu’un président devrait parler et se comporter. Mais surtout, ce n’est pas comme cela qu’un président devrait penser. Nous valons mieux que cela ».

Les 54 ambassadeurs africains à l’ONU vont condamner les propos de Donald Trump dans une lettre au langage très fort où ils exigent « rétractation et excuses ». Une « réparation morale » que Trump est loin de nous accorder, trop fier, confiant et arrogant pour cela. L’Union Africaine par le biais de sa porte-parole, Ebba Kalondo annonce que « cette déclaration dépasse tous les comportements et attitudes acceptables » puis la qualifie de « blessante ». C’est vrai, car la vérité blesse mais le sang ne coule pas, a-t-on coutume de dire.

En Afrique, sur les réseaux sociaux, les réactions sont diverses, certains s’en indignent, certains le prennent avec une pince d’humour ou sont indifférents et d’autres le félicitent pour sa franchise qui échappe aux discours démagogiques et pompeux dont les diplomates sont les maitres de l’art. Enfin, certains dont de nombreuses célébrités d’ascendance africaine ont décidé de poster de belles images de leurs pays comme pour prouver qu’il ne s’agit point de « trou de merde »…

Mais personne n’a pu aller au-delà de l’indignation pour lever le petit doigt car…
le chien aboie et la caravane passe… Oui ! La caravane passe puisque Trump se fout éperdument de tout ce remue-ménage. A l’exception de la décision « soudaine » de reconnaitre et valoriser Martin Luther King Junior, il n’a presque rien fait d’autre et n’a point renié ses propos. Alors, pendant combien de temps allons-nous continuer à aboyer sans pouvoir mordre ! Si vous observez le bref retour sur les réactions africaines et occidentales, elles sont toutes discursives : excuses, rétractations... Aucune mesure ou sanction diplomatique n’a été prise par les « indignés » qu’ils soient en Afrique même ou aux USA. Combien de présidents africains ont rappelé leurs ambassadeurs des USA ? Combien ont osé expulsé les ambassadeurs américains présents dans leur pays et rompre ainsi les relations diplomatiques ? Les communautés haïtiennes et africaines se disent « consternées » par ses propos « insultants » mais combien ont osé renié la nationalité américaine ? Or les actions sont plus éloquentes que les plus beaux discours.
Tout comme la traite contemporaine des Noirs en Lybie, toute cette tempête médiatique, tous ces remous vont se tempérer d’ici une à deux semaines. A l’exception de quelques-unes de journaux ou de publications réactives sur les réseaux sociaux, la situation reviendra à son beau calme. Sinon, où en sont les leaders politiques et les élites intellectuelles africaines après le tollé ayant suivi la « découverte » de l’esclavage en Lybie ? Quelles mesures concrètes ont été prises pour éradiquer ce fléau déshumanisant ? Tout comme de nombreux autres faits historiques, nous couvrirons l’offense et demain, ces mêmes dirigeants africains le retrouveront à Washington DC pour le convaincre d’investir sur le continent. Et c’est ça l’implacable réalité, le mendiant ne peut insulter son bienfaiteur. Un oiseau ne peut couper la branche sur laquelle il est assis.

Face à cette situation, nous avons ceux qui manifestent une indignation totale et ceux qui expriment une banale indifférence face à cette déclaration. Nous nous inscrivons dans cette dernière position. D’une part, le « mal » est déjà commis. Les excuses, si jamais, elles sont présentées ne changeront rien à l’image que ce président a des peuples négro-africains. Son penchant raciste est connu depuis qu’il avait refusé d’accepter des afro-américains dans ses entreprises où aucun noir n’a jamais occupé un poste proéminent.

Rappelons-nous aussi qu’en 2014-2015, lors de la crise sanitaire déclenchée par la reprise du virus Ebola, il faisait état d’une rumeur selon laquelle toute l’Afrique était un foyer d’épidémie. Lorsque Barack Obama avait annoncé un plan de 7 Mds$ visant à fournir l’accès à l’électricité dans les pays d’Afrique subsaharienne. La réponse de Trump ne s’était pas fait attendre : « Chaque centime prélevé sur les 7 milliards de dollars destinés à l’Afrique sera détourné. La corruption y est endémique ». Sans oublier cette fameuse phrase prononcée lors d’un meeting à Indianapolis : « Certains Africains sont des sots paresseux, tout juste bons à manger, faire l’amour et voler. » C’est donc clair qu’il n’aime point les Noirs. C’est un fait, on ne peut rien ne changer.

Alors ne gaspillons point notre énergie à nous indigner mais apprenons à voir la vérité en face et à l’affronter. Arrêtons de nous plonger la tête dans le sable comme l’autruche, pour éviter de voir venir le malheur. Apprenons à faire face à la réalité. La meilleure réponse qu’on puisse donner à Trump au-delà des mots, ce sont des actes concrets, et le plus important, serait de prendre notre destin en main, de cesser de nous regarder et évaluer au prisme de la culture occidentale et de travailler en synergie et collaborativement pour l’édification d’institutions fortes qui pourront accompagner le développement du continent. « Less talking, more action ! »

Auteur : NGNAOUSSI ELONGUE Cedric Christian, CEO de Muna Kalati et Activiste Culturel.

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