mercredi, 20 septembre 2017 •

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Le bilan citoyen de la gouvernance du Président TALON : entre la rupture et le nouveau départ, où en sommes-nous un an après ?




Le bilan citoyen de la gouvernance du Président TALON : entre la rupture et le nouveau départ, où en sommes-nous un an après ?

Dr. Ir Simon-Narcisse TOMETY, Institutionnaliste lifad2001@yahoo.fr

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AVERTISSEMENT

L’ABDC étant une association à caractère scientifique œuvrant pour la bonne gouvernance et le développement humain par la recherche, l’information, l’éducation et le plaidoyer, il nous a semblé utile de mettre l’accent dans la présente communication sur la dimension pédagogique du bilan citoyen avant d’apporter des éléments d’analyse et d’explication sur un tel exercice de gouvernance participative et de prévention des conflits portant sur les douze premiers mois du président Patrice TALON.

Prolégomènes
Méditons et prenons possession de notre esprit républicain

La devise du Bénin est désincarnée par le système partisan, le système électoral, le système administratif, le système économique et le système social et cultuel. Il faut réformer et humaniser tous ces systèmes au nom des valeurs morales et éthiques. Une gouvernance participative s’impose car toute réalité sociale est multidimensionnelle et complexe.
• « Les princes dans tous les conseils doivent avoir pour première vue d’examiner ce qui peut leur donner ou leur ôter l’applaudissement du public. » Louis XIV, Instruction au dauphin
• « Que la conscience politique nous donne de l’ambition c’est bien. Qu’elle fasse de nous des arrivistes, c’est grave. » Henri LOPES
• « J’ai eu un mari qui a dirigé ce pays pendant six ans. Il a fait ce qu’il pouvait et il a laissé les privés travailler. Maintenant, j’apprends que ces privés ont des ambitions de briguer la magistrature suprême. C’est leur droit le plus absolu. Mais que restera-t-il comme opérateurs privés ? C’est une erreur grave ». Rosine SOGLO
• « Les meilleurs des Béninois ont, en effet, tendance à se tourner vers la politique, où il n’y a pas de place pour tout le monde. Alors, ils se déchirent pour occuper les postes. Quand ils consacreront leurs talents et leur énergie à des activités productrices, l’ancien Dahomey sortira de la pauvreté où l’on fait tomber trente ans d’incurie, et il y fera bon vivre. » Jacques FOCCART
• « La citoyenneté est un moyen de sortir l’individu de la servitude de la pauvreté, de l’ignorance et des frustrations à la base de la violence dans le monde. Elle est la relation de dignité à soi-même et à la communauté, c’est la vie harmonieuse à la maison, au quartier, au village, à l’école ou à l’université, dans l’entreprise et l’administration, sur la route, dans les marchés, dans les espaces de jeux et de distractions, dans les lieux de cultes, dans son pays comme à l’étranger. Elle est un état d’esprit et un comportement traduisant la façon d’être, la façon de faire, la façon de faire savoir et la façon de gérer son temps, ses ressources et ses relations. Elle est une démarche prudente considérant que tout n’est pas permis et fonde le comportement sur le sens critique, l’ordre, la discipline et la coopération. » Simon-

Narcisse TOMETY

Entre humilité et technocratie perchée

Si vous pouvez rendre désirable la politique au peuple souverain sans la corruption alors vous pouvez rendre facilement désirable le développement c’est-à dire la quête du bien-être par les plus pauvres et d’un comportement décent voire vertueux au niveau des agents de l’Etat, qu’ils soient élus ou nommés, civils ou militaires.
Si le rôle d’un président de la république est celui d’être le président du bien commun et le garant de l’intérêt général en veillant à ce que le bien-être collectif soit la finalité de l’action publique, c’est qu’un tel président doit se comporter avec un souci constant de justice sociale, de morale et d’éthique afin qu’aucun territoire et aucun groupe social ne soient marginalisés ou cultivent le sentiment de désaffection envers la république. L’égalité des chances est le fondement de la république pour ainsi dire.
Et pour ancrer le fonctionnement de la république dans la devise nationale « Fraternité – Justice – Travail », le président de la république est chef de l’Etat et à ce titre, il dispose d’un pouvoir systémique d’ordonnancement et de régulation ou d’un ensemble de moyens politiques, institutionnels, budgétaires, humains, technologiques et de sécurisation du territoire pour faire prévaloir la puissance publique et l’Etat de droit afin de rendre le pouvoir d’Etat et les pouvoirs locaux crédibles, efficients et générateurs d’impacts sur la vie quotidienne des populations et l’image du pays dans le monde.
Enfin, le président de la république est aussi un chef de gouvernement et cette troisième dimension de l’autorité de l’Etat lui confère un rôle de gouvernance publique multidimensionnelle et de grand serviteur de la nation ou de constructeur de la cité à travers la mise en œuvre de politiques publiques pertinentes et efficientes dans différents secteurs de la vie économique et sociale. L’enjeu est de rendre le développement efficace par le changement de mentalité et de comportement, tout en œuvrant pour un aménagement du territoire favorable au développement humain durable dans chaque localité. En somme, l’exemplarité visible, la justice sociale et la justice territoriale sont les trois angles par lesquels le peuple doit se rendre compte de la qualité de la gouvernance du bien commun et faire l’apprentissage du respect des textes de la république.
Plusieurs moralités sont à prendre en compte pour une gouvernance de qualité supérieure au service de la paix et du développement. De ce point de vue, la bonne gouvernance promeut les valeurs de la république et la qualité des ressources humaines, et ne s’accommode d’aucun système de clientélisme, de népotisme, de l’ingénierie de la triche, de la corruption notamment de la corruption interinstitutionnelle, de persécution des libertés démocratiques, du droit à la parole et au débat sur les politiques publiques.
Ces moralités recommandent que l’habitant soient éduqué à connaître ses droits et de devoirs pour jouir de son statut de citoyen afin de participer activement comme bâtisseur à l’œuvre de construction de la cité. Les gouvernements doivent pour cela éviter d’adopter des discours, des postures et des pratiques les projetant dans la conscience collective de leurs compatriotes comme des messies. L’approche messianique n’est pas celle de la coproduction du développement avec le peuple mais celle d’un rapport entre un dominant-exploiteur et un peuple qui n’a pas conscience de son humiliation et de son exploitation par la classe dirigeante. La fonction première d’un président de la république n’est donc pas celle d’un bâtisseur du territoire physique mais d’un bâtisseur d’une conscience citoyenne garante de l’intérêt général et de la solidarité nationale. La cité évoluerait de rupture malveillante en rupture malveillante si un régime n’excelle que dans le bâti physique du territoire sans le bâti spirituel, moral et éthique en chacun des Béninois. C’est là que se joue le vrai héritage d’un peuple c’est-à-dire le devenir de la nation et la stabilité de l’Etat.
Ceci dit, on ne gouverne pas un peuple seulement avec ceux qui sont dans un gouvernement mais aussi avec ceux du péri gouvernemental qui sont des forces organisées de critiques et de propositions de la sphère politique, du milieu scientifique, de la société civile et du secteur privé.
En Afrique, quand on est aspirant pour les hautes fonctions électives de l’Etat, on est humble et à l’écoute du peuple dans sa diversité géographique, culturelle et socioprofessionnelle. Et quand on arrive au pouvoir, on a plus le temps d’écouter le peuple, d’aller à sa rencontre pour l’éduquer et de continuer de faire l’effort de renouvellement de la confiance ou du pacte social avec ce peuple. Nos dirigeants trouvent que l’approche participative est une perte de temps, il faut écouter les hommes du cercle, les démarcheurs politiques ou ethniques et les experts. Cette méthode technocratique et centralisatrice qui finit par créer des distances psychologiques et une désaffection entre un peuple et ses dirigeants.
L’histoire des rebellions et des radicalisations part souvent de cette rupture de lien de proximité entre le peuple et ses dirigeants, les gouvernants ne se rendant que trop tard des frustrations collectives accumulées en voie de déflagration et de radicalisation. Les services de renseignements étant souvent dans un jeu de mouchardage, de corruption, de recherche de promotion personnelle ou du sensationnel pour plaire au chef, le pays finit ainsi par exceller dans une gouvernance de mensonge et de manipulation qui ne sait plus entendre et discriminer à temps les colères du peuple, une gouvernance qui adore fabriquer des boucs émissaires pour justifier son incapacité à anticiper sur les crises.
Il faut alors éviter de faire du narcissisme institutionnel dans la gouvernance publique et adopter en toute circonstance une attitude positive d’un chef de collectivité familiale qui sait rester ferme tout adoptant une attitude d’ouverture pour régler les problèmes de sa cité même dans les plus rudes contradictions.
Entre lutte d’intérêt personnel et esprit d’équipe
« C’est par les limites que se donne un chef qu’on reconnaît la qualité de sa moralité, de sa détermination et de sa gouvernance, donc de son leadership. » S.N. Tomety
Avec 27 années de processus d’apprentissage de la démocratie, l’immoralité prend de l’ampleur au Bénin et la valeur « travail » est méprisée au nom d’un certain hédonisme du gain facile mal acquis ; le pays s’illustre comme un Etat voyou et une société de méfiance généralisée avec une jeunesse de plus en plus manipulée et fataliste face à l’ampleur de la misère et de la désespérance.
L’esprit d’équipe et de solidarité est en régression dangereuse, chacun se bat pour sa réussite personnelle sur fond d’égoïsme structurel et de compétition peu transparente. La passion pour l’opacité dans la chaîne décisionnelle de l’Etat est prépondérante, la loi du silence absolu est exigée pour les chercheurs et quêteurs de promotion dans l’Administration et le monde des affaires ; les relations interpersonnelles sont au rythme des chuchotements ou commérages, les attitudes hypocrites déterminent le champ d’action tant dans la sphère publique que la vie civile. Nos dirigeants sont entrain de produire une société d’hypocrites et ce sera leur principal héritage pour l’histoire contemporaine de ce pays.
L’insémination de la peur et des menaces à peine voilées à travers des réseaux sociaux et certains organes de presse sous ordre est un mode de gestion des contradictions fortement utilisé. Les services de renseignement font entendre plus ce qui peut plaire au chef qu’au peuple souverain et ce qui peut faire avancer la société dans la résolution des problèmes d’intérêt commun. Et chacun à son niveau manipule la puissance publique et le peuple. La vérité dite est prise pour une conjuration et une offense à l’autorité.
Nos dirigeants cherchent les moyens pour transformer ce pays en une cité des Etres soumis et silencieux. Ainsi, l’état passé et actuel de la gouvernance publique au Bénin soulève de nombreuses interrogations sur l’amour des dirigeants pour la patrie, la volonté politique réelle au sommet de l’Etat de promouvoir une gouvernance démocratique, transparente et saine.

La république et les hésitations démocratiques

Les Béninois ont été dans un enthousiasme hyper corrompu avec la dernière élection présidentielle de mars 2016, et malgré cette pourriture démocratique, le peuple voulait tourner la page d’un long règne de l’inefficacité du développement fait de mélanges des genres, de mensonges d’Etat, de gaspillage des deniers publics, de nombreux scandales non élucidés, de tripatouillages des statistiques officielles, de magouilles et d’aggravation de la pauvreté sur fond de neutralisation de tous les corps de contrôle de l’Etat y compris le contrôle parlementaire.
On ne le dira jamais assez, la vie politique et socioéconomique dans un Etat en voie de démocratisation institutionnelle passe inévitablement par la promotion de la culture du dialogue, de la tolérance, du compromis, de l’Etat de droit, de la transparence et de la redevabilité mutuelle et surtout, de l’exemplarité des dirigeants à divers niveaux. On est dirigeant d’abord pour éduquer un peuple et le servir selon les textes et les valeurs de la république et non pour faire le contraire.
Dans les sociétés où tout le fonctionnement de l’Etat est comme une vie de couvent, l’accès à l’information pour la participation citoyenne au processus de développement prend l’allure un défi majeur, et l’opacité est prise pour une norme de qualité. Quand les structures gouvernementales privent les citoyens d’un accès équitable à l’information ne relevant pas du secret d’Etat ou du secret-défense, le seul recours c’est d’user soit de la corruption soit des réseaux d’influence pour y accéder.
Comment peut-on proclamer la volonté de promouvoir un secteur sans partager les informations stratégiques entre toutes les parties concernées. En effet, les corrompus ne sont pas différents des terroristes en ce sens qu’ils font abondamment usage de la corruption comme une arme silencieuse de destruction massive, un moyen d’intimidation et de peur pour rançonner les usagers, prédater les deniers publics et faire des milliers de déscolarisés, de gens affamés et de personnes mourant de maladies facilement guérissables.
Du fait d’être la première cause de la non-qualité, des surfacturations, des éléphants blancs, du chômage massif des jeunes, de l’inefficacité du contrôle parlementaire, du mépris pour les décisions de la Cour constitutionnelle, du refus du débat contradictoire et du consensus, le Bénin fait l’expérience d’une gouvernance tantôt brouillonne et tantôt stressante avec les mêmes effets néfastes sur la qualité de la gouvernance, la crédibilité des dirigeants et la confiance des citoyens en l’avenir.
De régime en régime et de génération en génération, la corruption et le mensonge se généralisent et s’enracinent dans la conscience collective, dans l’appareil d’Etat et les procédures publiques comme une échelle de l’ascension sociale ; la célébration de la corruption et l’adulation du mensonge sont devenues au Bénin des valeurs morales et éthiques admises et largement en vogue tant dans la culture institutionnelle que dans la vie quotidienne du peuple.
Le Bénin est sur le chemin de l’errance politique et d’une gouvernance de mauvaise qualité à conséquence périlleuse pour les générations futures dans la mesure où le système d’endettement du pays n’engendre pas souvent des réalisations de bonne qualité et durable pour une continuité durable de l’offre de services aux citoyens. Le gaspillage des deniers publics est patent, le scrupule est en berne, l’école est en panne, l’ingénierie de la triche détermine le jeu électoral, les examens scolaires à résultats tronqués et les concours frauduleux d’entrée dans la fonction publique forgent une conscience d’Etat voyou, aucun plateau technique des hôpitaux n’est aux normes de qualité comme mesure sociale de base.
La société civile est entrain de perdre son âme d’éveilleur des consciences, son arme d’indépendance et de combattivité contre l’arbitraire et le gaspillage ; de nombreux acteurs de cette société civile sont récupérés et devenus des appendices des pouvoirs publics ou carrément des acteurs politiques et vite, les motifs de leurs combats citoyens d’hier sont devenus les pratiques décadentes dont ils sont eux-mêmes aujourd’hui eux-mêmes les promoteurs sur fond de communautarisme et de clientélisme déguisés.
Les intellectuels patriotes sont humiliés ; ils sont dans les viseurs de ceux qui ont une conception mercantile et népotiste du pouvoir d’Etat. Le militarisme avec un mode opératoire dégradant en violation des dispositions de l’article 8 de la constitution du 11 décembre 1990 est devenu une stratégie d’obtention de la soumission, de l’obéissance et du silence forcés. En somme, « faire peur pour faire taire » est devenu un principe d’autorité qui caractérise le système de gouvernance actuel au Bénin. La contradiction et la contestation sont très mal vécues par les dirigeants. Cette rupture si tant souhaitée relève désormais d’un souvenir lointain d’une lutte collective sans impact réel, les hommes prônent un changement peu perceptible dans leurs méthodes et actes. Le pays est pris en otage par une technocratie d’affaire qui s’efforce de museler et d’humilier les intellectuels. Cette technocratie doute de la capacité réactive des Béninois et commence par se rendre compte qu’ « Ici, c’est le Bénin », terre des mânes de nos ancêtres et de l’esprit rayonnant de Monseigneur Isidore de Souza comme ne cesse de le rappeler au souvenir de ses compatriotes, le professeur Albert TEVOEDJRE, rapporteur général de la conférence des forces vives de la nation de février 1990. La constitution béninoise est scellée dans un spiritualisme positif supérieur et il faut apprendre à la lire intelligemment pour s’en rendre compte. Sans dialogue constructif et sans consensus, sa révision sera difficile.
De la parole donnée au sens de responsabilité républicaine

Le 06 avril 2016 dans son discours d’investiture, le président Patrice Talon a pris un engagement solennel devant le peuple souverain à Porto-Novo de ce que sera son style de gouvernance et son attachement à la vertu en ces termes : « je ferai de mon mandat unique, une exigence morale en exerçant le pouvoir d’Etat avec dignité et simplicité. »
Peut-on effectivement parler de dignité et de simplicité dans la gestion de l’Etat sans le respect des libertés civiques, sans une culture de bilan citoyen, sans la reddition de comptes et sans l’appropriation par les citoyens du processus de développement de leurs pays ou de leurs localités ? Il s’agit là d’un questionnement crucial dont la réponse est donnée à l’alinéa 2 de l’article 2 de la Constitution du 11 décembre 1990 qui érige en principe, la participation citoyenne en ces termes : « le Gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple. »
Notre tristesse est profonde quand nous entendons de la part de hauts cadres la question détestable suivante : « où se trouve le peuple dont ils parlent ces gens là ? ». Pour nous, si le peuple béninois n’existait pas, le Bénin n’aurait pas un président de la république élu et un parlement élu qui représentent ce peuple.
La marche de l’espèce humaine vers le bien-être est inconcevable sans une gouvernance inclusive et participative. Sur ce point, certaines sociétés traditionnelles africaines ont de l’avance sur nos pratiques institutionnelles modernes. « Dans la tradition en général et au Mandé en particulier, rendre compte est une obligation ; c’est le fondement de la confiance et l’assurance du fonctionnement « démocratique » des institutions traditionnelles. Le point d’honneur du chef, l’élu à la tête du pays, est de rendre compte à son peuple ; et le peuple aussi lui rend compte. L’un des principes lié à l’exercice de la responsabilité, du pouvoir et de toute mission confiée est la redevabilité. Le chef est redevable au peuple tout comme le peuple l’est au chef. L’article 129 de la charte du Mandé. »
La démocratie a existé en Afrique avant la traite négrière et la pénétration coloniale et elle reposait effectivement sur le principe de la redevabilité mutuelle comme l’histoire nous l’enseignent à travers les royaumes du Mandé en Afrique de l’Ouest avec Kankan Moussa, et des Bamoun au Cameroun en Afrique centrale où le roi est soumis tous les deux ans et jusqu’ici à la cérémonie rituelle « Kù Mutngu », qui consiste à juger publiquement la gouvernance du roi. Nos républiques doivent-elles faire moins que ces royautés plusieurs siècles après ?
Sous la révolution du 26 octobre 1972, les élections locales n’avaient besoin ni de listes électorales ni de budget particulier pour que les choix des aspirants aux pouvoirs locaux se déroulent de façon transparente et démocratique en soumettant chaque candidat à une évaluation de parcours, de comportement et de moralité. On n’élisait ni des inconnus ni des projetés, encore moins des personnes qui venaient au pouvoir pour se venger. Si vous traînez des salissures qui affectent la fierté locale, vous êtes dénoncés, hués avec le rejet sans complaisance de votre candidature. Ceux qui sont élus par ce mécanisme populaire vertueux sont des gens honnêtes, intègres, serviteurs de la communauté et qui ont un sens élevé de la responsabilité collective et du don de soi. Une fois la communauté choisit, elle confère aux intéressés une légitimité à la fois politique, social, managérial et même spirituel.
Dans ce mécanisme de démocratie à la base reposant sur une réelle animation de la vie dans les quartiers et les villages, la corruption électorale n’est pas acceptée car aucun mot d’ordre ne peut empêcher de dénoncer et d’écarter un aspirant délinquant à la conquête du pouvoir local. Aujourd’hui avec la jeune démocratie hyper corrompue et malgré un excellent maillage territorial des radios de proximité, l’animation de la vie locale se limite aux funérailles et célébrations joyeuses. Les acteurs politiques n’ont aucune offre d’éducation à la citoyenneté et les mouvements partisans sont devenus des entreprises unipersonnelles animées par certaines personnes dont les moralités soulèvent de sérieuses questions d’éthique et de morale.
La légitimité sociale est usurpée par des démarcheurs politiciens, des clubs électoraux et des puissances d’argent pour imposer des leaders locaux et nationaux par le biais d’une corruption électorale de plus en plus sauvage et ravageuse des consciences citoyennes et de la qualité de la gouvernance. Tel on est élu, tel on gouverne et une fois les aspirants sont parvenus au pouvoir par le mécanisme du terrorisme financier, leur tentation première est de récupérer quatre fois, cinq fois et même plus leurs mises électorales. A Cotonou et Abomey-Calavi, certains aspirants ont dû débourser entre cinq et sept millions de FCFA pour devenir chef de village ou de quartier. D’autres dépenses jusqu’à cinquante millions de FCFA pour briguer le fauteuil de maire. S’agissant des députés, la fourchette est très large et se situe entre plusieurs dizaines de millions à cent millions de FCFA et même plus si l’ambition est de briguer des responsabilités au sein de l’hémicycle. Pour la fonction présidentielle, c’est là que le peuple est particulièrement éduqué à l’immoralité organique dans toutes ses dimensions, et la dernière élection présidentielle de mars 2016 a été plus qu’un corps à corps des hyper fortunés et chacun est venu démontrer sa capacité à corrompre le peuple et à acheter la couronne présidentielle, laquelle couronne a perdu de sa valeur symbolique et de sa substance spirituelle dans la mesure où le peuple sait comment on devient président de la république plus facilement par la puissance de l’argent que par la qualité de sa moralité. D’après les chiffres qui circulent, les candidats ont dépensé eux-mêmes près de deux cents milliards de francs CFA pour corrompre en plus des dépenses publiques avoisinant une cinquantaine de milliards. Dans un pays qui produit chaque année 150 000 jeunes diplômés sans emplois et où le tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté avec des hôpitaux qui ont tout d’un mouroir, est-ce normal de dépenser tant d’argent pour coproduire un président de la république qui a son tour va mettre aussi en place une machine de la mal gouvernance pour récupérer ses mises de corruption électorale à travers toutes sortes de réseaux visibles et non visibles à grande capacité de nuisance ?
Il ne fait aucun doute que notre système démocratique et électoral déviant est à la base de l’aggravation de la pauvreté et des éléphants blancs dans le pays. C’est pourquoi, nos élus nationaux sont fortement attachés à leur immunité comme seul moyen de leur protection dans la mesure où la négation l’impunité les enverrait presque tous en prison. Beaucoup accusent un déficit de culture de compassion et passent leur temps à tromper le peuple avec une affection faussement humaine alors que par derrière, ils traînent des casseroles et de choses trop puantes voire sadiques. Le Bénin connaît donc une crise profonde et systémique des valeurs renvoyant à un manque de leadership dans la sphère politique et de gouvernance publique. Le voyeurisme d’Etat est devenu la valeur la mieux partagée entre les acteurs politiques et il en est de même concernant de nombreux cadres administratifs et techniques dont ils assurent la promotion à travers les nominations clientélistes et fantaisistes d’où une propension à la gestion de couvent faite de mensonges et de faux témoignages.
D’ailleurs, dans les villages béninois, tout menteur est assimilé à un politicien et nos dirigeants d’hier comme ceux d’aujourd’hui ne font rien pour démontrer au peuple et surtout à la jeunesse que la politique est vertueuse, qu’on peut diriger la république sans voler le bien commun, sans mentir et sans régler de comptes.
Le Bénin est depuis 1991 dans un parcours démocratique de perversion des valeurs et le poids de l’argent est prépondérant dans toutes les relations entre les institutions et entre les individus. On comprend aisément pourquoi les politiciens béninois détestent la dépolitisation de l’administration et l’indépendance de la justice car en perdant leurs pouvoirs d’influence sur l’administration en général et particulièrement sur le système judiciaire de la république, ils ne pourront plus continuer avec leurs méthodes de prédation des valeurs humaines et du bien commun en toute impunité. Ce sera la fin d’un système vicieux et humainement dégradant et l’amorce d’un ordre social et institutionnel nouveau plus vertueux, plus solidaire, moins corrompu et plus coopératif échappant aux trafics d’influence dans les nominations, l’exécution des dépenses publiques et les poursuites judiciaires.
N’est-ce pas là les domaines dans lesquels les signaux forts de la rupture devraient être donnés avant d’amorcer le nouveau départ et les chantiers de réalisations physiques ? Le volume de milliards de FCFA mobilisé c’est important, les réalisations physiques c’est très important, la prise de nombreux textes d’ordonnancement juridique c’est indispensable pour la gouvernance mais tout cet effort est insuffisant pour changer l’homme, corriger les mentalités négatives et les comportements indécents.
Pour amorcer le développement au sens du bien-être, a-t-on un répertoire assaini des ressources humaines qualifiées dans chaque secteur ? Est-ce qu’on fait l’effort de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut avec la confiance qu’il faut pour bien manager ? A-t-on neutralisé les différents réseaux visibles et non visibles qui troublent l’organisation et le fonctionnement des institutions ? A-t-on mis en place un programme national d’éducation à la citoyenneté pour que le peuple vive dans les langues maternelles le discours sur le changement prôné par les dirigeants ? A-t-on expliqué à ce peuple, ce qu’on attend clairement de lui comme sacrifices et les compensations de ces sacrifice à terme ? A-t-on expliqué au peuple son rôle et ses responsabilités dans le processus de conduite de changement à travers les différents chantiers de réformes et de réalisations ? Quelles sont les corrections apportées au système de renseignement pour en faire un outil précieux d’aide à la décision pour anticiper sur les demandes sociales et les crises afin de crédibiliser le pouvoir d’Etat dans chaque contrée et dans chaque secteur du pays ? Quel est le tableau de bord pour appréhender les efforts de rupture avec les mauvaises pratiques dans chaque institution, chaque secteur et chaque collectivité territoriale décentralisée ?
C’est la réponse à toutes ces questions qui justifie sûrement l’importance d’un bilan citoyen au-delà des approches de type BTP ou d’autosatisfaction de type « le gouvernement a fait, le gouvernement a donné, le gouvernement a mobilisé, le gouvernement fera bientôt… ». Le faire est bien mais comment c’est fait et quelle est la pédagogie d’appropriation garante de la qualité, de l’efficience et de la continuité durable du service créé c’est encore préférable. C’est là le vrai défi de notre système de gouvernance qui a encore des pans importants d’opacité et d’exclusion.
I- Clarification conceptuelle
Selon l’ONG ALCRER et Social Watch Bénin (2015 : 16), « la participation citoyenne est une démarche qui consiste en l’implication (ou l’engagement) du citoyen dans le choix, l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques. » De ce point de vue, Jacqueline RUSS (1994 : 244) fait remarquer que « prendre la parole, c’est prendre le pouvoir car la parole détient une puissance d’envoûtement. » C’est dire que la parole jette toujours un sort, un bon ou un mauvais. Plus les espaces de liberté se restreignent plus la parole jette de mauvais sort. Comment alors faire de la parole le moteur d’une dynamique de mobilisation, d’éducation saine, de sursaut patriotique et d’engagement citoyen pour la promotion de l’intérêt général ?
En effet, la république est un système social et politique en quête d’objectivités pour sa gouvernance, sa construction et son essor. C’est pourquoi, l’approche systémique est indispensable comme une illustration de l’utilité pour les scientifiques et tout acteur de développement d’avoir plusieurs angles de questionnement et de la lecture de la réalité perçue ou vécue. Le caractère global et inclusif de cette approche permet de sauter les barrières, de briser le silence des faibles et de forcer l’écoute des forts. Et c’est là tout l’intérêt d’un bilan citoyen.
Le gouvernement a sa vérité et les citoyens dans leurs structurations sociales diverses ont aussi leurs vérités. C’est dans cette rencontre des vérités d’origines diverses qu’un peuple et ses dirigeants peuvent s’engager dans un même combat pour le développement de la cité. Faire du dialogue citoyen une spirale vertueuse dans laquelle chacun a le sentiment de jouir d’un espace de liberté d’expression constructive, c’est une avancée démocratique.
Pour l’institutionnaliste, le mot bilan est un questionnement de tout ce qui est utile à savoir pour tirer à partir de la photographie d’un contexte ou d’une expérience, ce qu’il convient de retenir d’essentiel comme avancées, immobilismes, insuccès ou engagements non tenus afin de prendre des mesures allant dans le bon sens pour le futur.
Une vérité devenue patente au Bénin, c’est que le peuple n’a pas une culture d’élection de ses dirigeants basée sur une évaluation d’un projet de société et de leurs moralités. Le peuple vote pour l’argent de la corruption et les liens d’appartenance. Cependant, il a toujours à cœur un président de la république proche de lui, qui l’écoute et aide à réduire la pauvreté et les inégalités.
1.1 - Que pouvons-nous entendre par bilan citoyen ?
Comment exercer un pouvoir sans évaluer les acquis du pouvoir précédent dont la connaissance est considérée comme une étape décisive de la gouvernance et permettant de disposer d’un référentiel objectif offrant une visibilité claire sur (i) le contenu du discours sur la rupture, (ii) la ligne de démarcation à instaurer en terme de leadership entre le régime du président Yayi et le régime du président Talon et (iii) les Indicateurs Spécifiques de Rupture (ISR) pour appréhender les vraies et les fausses mutations au niveau de chaque dirigeant, de chaque institution et des relations entre les institutions ?
Le bilan citoyen est à la fois une démarche de promotion de l’égalité des chances, l’expression du contrôle citoyen et de la redevabilité mutuelle entre les dirigeants et les citoyens ; il constitue une force de propositions émanant de l’opinion publique d’origines diverses et de multiples sensibilités.
Le bilan citoyen est un acte citoyen relevant des droits et devoirs de chaque citoyen et permettant de stimuler toutes les forces de propositions existant dans un pays ou dans une localité. Pour Arlette YATCHINOVSKY (2005 : 95), « le bilan a été identifié […] comme la réponse adaptée, la réponse qui va permettre à chacun de se réapproprier son devenir professionnel, de bâtir un projet qui prenne en compte les possibilités de l’entreprise, les opportunités qu’elle peut offrir, mais aussi les choix de l’individu et ses souhaits. »
Le bilan citoyen n’est pas moins important que le contrôle parlementaire, le contrôle administratif, le contrôle financier et le contrôle technique car il tient lieu de contrôle social organisé. Son importance part du postulat selon lequel la manière de faire les choses est plus importante que la chose elle-même dans sa nature et son objet.
Le bilan citoyen, une démarche thérapeutique pour avoir une gouvernance saine

Notons bien que le bilan citoyen fait partie des thérapies contre les frustrations collectives qui engendrent des mouvements sociaux, des rébellions ou des radicalisations. Il est un moyen de promotion par excellence de la liberté d’expression, de l’écoute active, de la confiance mutuelle et de la paix.
Sur la base de l’observation du système institutionnel, des méthodes de gouvernance et du mode de vie des populations, le bilan citoyen de la période d’avril 2016 à avril 2017 appelle quelques constats devant prendre pour situation de référence le bilan moral de clôture des deux mandats du Président Boni Yayi. En somme, doit-on continuer avec la vision, les méthodes, les mentalités, les priorités et les pratiques de gouvernance en vigueur sous le régime Yayi ?
Le président Talon et son gouvernement doivent apporter des réponses claires à ces questions, non pas seulement au niveau théorique ou du discours, mais aux niveaux de l’organisation de l’Etat, de la méthode de gouvernance et des ambitions de réalisation pour que les éléments de continuité et ceux relevant de la ligne de démarcation soient saisissables pour les citoyens, l’administration civile, les forces de défense et de sécurité, les forces politiques, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux du pays.
Le Bénin traverse un moment difficile et d’incompréhension sur les plans des méthodes de gouvernance et des conditions de vie des populations. La nécessité de trouver une issue socialement apaisée et politiquement acceptable en évitant un enlisement de notre système démocratique s’impose. A ce titre, tout ce qui relève d’une gouvernance participative doit être considéré comme un facteur de construction de la transparence et de la confiance entre les dirigeants et les populations.
Pour ces douze premiers mois, il ne s’agira pas de rechercher la performance du régime du président Talon à travers les chantiers de BTP mais à travers la manière dont le président et son gouvernement incarnent et démontrent sur les plans de la morale et de l’éthique « la rupture » avec l’ancien ordre de gouvernance du pays pour passer au nouvel ordre dit du « nouveau départ ». Il s’agit de faire prévaloir un nouveau contrat social à travers lequel le peuple se reconnaîtra dans ses dirigeants et aussi pour connaître les sacrifices attendus de lui pour que le quinquennat soit mobilisateur, éducateur et productif pour la résolution des problèmes essentiels du pays, notamment la pauvreté.
C’est pourquoi, il s’agit d’un système de bilan portant pour l’essentiel sur le leadership donc de l’exemplarité des dirigeants pour contaminer les citoyens sur les déterminants suivants :
1. la qualité de la parole donnée ;
2. la capacité d’écoute du président de la république et de chacun des membres du gouvernement ;
3. le regard des populations sur la cohésion de l’équipe gouvernementale et la cohérence des priorités de l’action gouvernementale ;
4. le train de vie de l’Etat et l’effort de transparence dans les décisions et les dépenses publiques ;
5. la mobilisation et l’éducation des populations aux valeurs de la bonne gouvernance et de la citoyenneté active ;
6. les mesures sociales d’urgence pour apaiser les souffrances des couches vulnérables en attendant les grands chantiers pour répondre aux problèmes complexes de développement ;
7. la mise en place des outils de bonne gouvernance et la stratégie de leur utilisation convenable ;
8. les mesures de dépolitisation de l’administration dont les enquêtes de moralité pour rationaliser les nominations ;
9. les actions entreprises pour la transparence des marchés publics et la lutte contre la corruption ;
10. la publication des rapports d’audit et les efforts entrepris pour la poursuite des auteurs et complices de scandales dans la gestion des commandes publiques.
Au cours de ces douze mois écoulés, très peu de signaux d’attachement à la gouvernance participative sont visibles, le gouvernement du Président TALON est plus attaché au centralisme d’Etat, à la technocratie et faisant peu foi à une démarche participative dans la conception et la mise en œuvre des réformes publiques. Un tel choix de méthode de gouvernance peu ouverte pourrait s’expliquer par le mandat unique et un programme d’actions du gouvernement hyper ambitieux qui demandent d’aller très vite, d’agir en permanence sous stress avec tout le risque qu’une telle méthode de travail comporte au niveau de la chaîne de décision et de la chaîne de contrôle : qualité des décisions, qualité des réalisations, manque de temps pour l’apprentissage de l’administration et non appropriation des réalisations par les populations.
Ce qu’il faut ne jamais oublier c’est que le sauveur (Eros) et l’ennemi (Thanatos) du Bénin sont en chaque citoyen, et ce n’est rien d’autre que l’état de notre conscience et de ce que nous en faisons durant les moments de choix décisifs et des comportements que nous privilégions dans chaque acte que nous posons.
Les meilleurs conseils pour l’efficacité de l’action gouvernementale peuvent provenir du cercle du pouvoir central tout comme de la périphérie de ce pouvoir et parfois, loin du pouvoir. Ne voit-on pas mieux la complexité de la réalité en écoutant plusieurs sons de cloches que les sons de sa seule préférence ?
Nous illustrons cette question de la gouvernance inclusive par ce proverbe Mossi qui dit que « les oiseaux ont chacun leur manière de chanter ». Le gouvernement a son langage, les députés ont le leur mais sans libérer la parole au sein du monde intellectuel, de la société civile et plus largement de la population dans sa diversité, le système démocratique béninois court le risque majeur de s’enliser dans des perversions à conséquences graves pour la dignité humaine, la cohésion nationale, la gouvernance publique et la stabilité de l’Etat.
1.2 - De l’héritage du président Yayi Boni : avril 2006-avril 2016

Si on peut déplorer un déficit de culture de capitalisation des acquis et réussites de chaque régime au Bénin, faute de prescription constitutionnelle en la matière, force est de reconnaître que le régime du Président Yayi est plus social et gaspilleur. Le Président Yayi a beaucoup investi dans la microfinance aux plus pauvres, dans la construction d’infrastructures routières, la sécurité alimentaire par la relance de la riziculture, le transfert des ressources aux communes, le recrutement d’enseignants du primaire et du secondaire, le relèvement sensible des rémunérations des enseignants du supérieur…, mais la qualité de la dépense publique dans tous ses domaines a été un facteur limitant de sa gouvernance.
Par la corruption qui sévit entre l’exécutif et le parlement, l’instabilité ou la recomposition des groupes parlementaires était devenue une affaire banale et l’efficacité du développement a été plombée du fait de l’inefficacité du contrôle parlementaire de l’action gouvernementale.
Le régime du président Yayi a été celui qui a mobilisé assez de ressources intérieures et extérieures mais aussi celui qui s’est illustré comme le régime le plus gaspilleur. La Présidence de la République avait des dizaines de conseillers dont nombre d’entre eux étaient payés à ne rien faire, certains sans bureaux et d’autres n’ont jamais eu de contact avec le Chef de l’Etat.
Le Président de la République est très présent et hyper actif dans les médias à tel point que de nombreux béninois ont fini par délaisser la chaîne nationale (ORTB) pour les chaînes privées nationales et étrangères. Même de retour d’une visite à l’étranger, il n’est pas rare que le même jour, il se rende avec une forte équipe dans des champs de coton à 600 ou 700 km de Cotonou. Evidemment, il effectue ses tournées intérieures par voie aérienne même sur les courtes distances de quelques dizaines de kilomètres, et un cortège de grand monde fait d’une queue de véhicules sécuritaires et civils le devance pour son accueil et les visites. Toutes les institutions se sont mises à imiter dans une moindre mesure ce système de visibilité par la systématisation de l’usage abusif de gyrophares et de sirènes assourdissantes jusqu’à rouler à contresens en violation du code de la route sans la moindre gêne.
Le chantage du pouvoir central envers les pouvoirs locaux a atteint un seuil de menaces tel que 87% des maires (67/77), au risque d’être destitués ou d’être poursuivis pour mauvaise gouvernance étaient obligés de faire allégeance au Chef de l’Etat, ce qui a incité de nombreux maires et conseils communaux à asseoir le pouvoir local sur une gouvernance locale de qualité détestable mais pas aussi pire que ce qui se passe au sommet de l’Etat comme scandales.
Les cadres supérieurs, pour nombre d’entre eux, jouaient sur un registre de démagogie active et d’opportunisme d’une bassesse parfois surprenante, au point de mettre en doute leurs capacités intellectuelles et leur sens critique. Ainsi, il fallait pour annoncer tout événement de n’importe quel ministère (séminaires, ateliers, forums, rencontres internationales) produire des affiches géantes affichant la photo du président de la république. C’était là les signes apparents d’une politisation outrancière de l’administration sans compter de nombreux hauts cadres qui s’en vont se prostituer devant certains acteurs politiques peu crédibles pour se faire nommer. La gouvernance publique était sous l’emprise de très nombreux réseaux de trafics d’influences.
Dans l’armée, la gendarmerie, la police, la douane et les eaux et forêts, de nombreux grades gratifiants sont distribués créant de réelles frustrations au sein de tous ces corps.
Des rapports d’audit sont agités pour inquiéter et faire taire les acteurs politiques qui traînent des casseroles mais le contenu de ses rapports ne sont ni publiés et les auteurs non poursuivis. La course à l’immunité parlementaire est devenue une matoiserie bien rodée pour échapper à la justice et jouir d’une impunité parfaite renforcée par la corruption électorale comme un moyen populiste de renouvellement de mandat électif.
Les intellectuels ont été divisés, les maquillages statistiques ont pris de l’ampleur, le mensonge est prégnant au sein du gouvernement passé et dans toute l’administration avec des rapports tronqués. La tricherie dans les concours, les recrutements, les nominations et l’élection de gens à moralité problématique, l’instrumentalisation des populations qui passaient le temps à danser pour glorifier le président pour avoir nommé un fils du terroir. Il fut un temps, les douaniers formaient deux camps, celui des douaniers patriotes (affiliation au régime) et les douaniers non patriotes (ceux qui résistent aux magouilles organisées).
Nous avons eu droit à toutes les perversions politiques avec des partis politiques qui naissent sur incitation du pouvoir par fragmentation des partis existants ou par création de nouveaux mouvements. L’argent public alimentait tout un réseau de voyous assermentés pour fidéliser la clientèle électorale dans tous les secteurs notamment des transports 4 et 2 roues, du port, de la microfinance. Et même, le pays a eu droit à une certaine allégeance tendancieuse des organisations cultuelles et de la chefferie traditionnelle à la personne du chef de l’Etat.
Tous les résultats des examens nationaux étaient tronqués avec de faux taux élevés de réussite. Des primes exorbitantes parfois représentant 200 à 300% du salaire était allouées à certaines catégories dans un secteur avec des discriminations très grandes, et ces primes variaient avec un écart non justifié d’un secteur à un autre suivant l’activisme de chaque plateforme de syndicat.
Si certaines organisations de la société civile notamment celles de la veille citoyenne ont plus ou moins résisté aux risques de récupération politique, de nombreuses organisations n’étaient rien d’autres que des appendices des formations politiques proches du régime y compris de nombreux syndicats qui ont été suscités par des mains invisibles. Ainsi, le régime du président Yayi est porté par 94 formations politiques et plus de 300 mouvements affiliés. Cette démocratie de pourriture a rendu le peuple béninois très astucieux sur le plan politique et a fini par aduler les prédateurs de deniers publics dans la gouvernance publique.
Une hyper fragmentation des mouvements étudiants surtout sur le campus d’Abomey-Calavi avec une sorte de communalisation de ce campus renforcée par un micro-nationalisme à l’allure communautariste ou les étudiants de chaque commune se regroupent en associations de ressortissants, une tendance qui rompt avec la conception universaliste et intégrateur de l’espace universitaire. De nombreux leaders politiques manipulaient certains étudiants à des fins de propagation de la violence pour déstabiliser le régime du président Yayi.
En définitive, la volonté de réformer n’a pas manqué ; le président Yayi s’est attaqué à la sécurisation de la chaîne des dépenses, à la culture (fonds d’aide à la culture), au port, à l’éducation (gratuité des frais de scolarité au primaire et pour les filles au premier cycle des collège…), à la santé (gratuité de la césarienne, fonds d’indigence…), au coton, à la diversification agricole avec de nombreuses usines éléphants blancs. Pour finir, aucune réforme n’a véritablement été un succès éclatant, les réformateurs étant mal choisis et mal accompagnés. Tout de même, le président Yayi restera celui qui aura le plus investi dans le social depuis 1990. En plus, il est demeuré populaire et assez admiré par la population pendant 18 mois avant d’amorcer sa chute de sa popularité à partir de 2008.

II - Bilan de douze mois sous le Président Talon : entre continuité et rupture

Le peuple béninois est un peuple de compassion qui sait récompenser des victimes d’abus d’autorité et c’est un peuple patiemment rebelle en quête de rupture avec un ordre ancien qui ne lui assure pas l’amélioration de ses conditions de vie. Son système mental est souvent mu par une quête permanente de rupture et de nouveauté, ce qui lui permet en situation de crise d’utiliser son droit de vote pour surprendre la classe politique. Il est fortement politisé mais ne se passionne guère pour les hommes politiques à la tête du pays et depuis 1991, aucun leader politique n’est parvenu à émerger comme président de la république.
Ce qui amène Tomety (2012 : 40) à considérer que « le Bénin est aussi un pays de succession de ruptures. Chaque régime, avec une facilité curieuse et parfois déconcertante, dénigre les héritages des régimes passés au lieu de procéder à leur capitalisation pour savoir pourquoi ont-ils réussi dans tels domaines, et pourquoi ont-ils échoué dans tels autres. Une telle démarche d’évaluation et de capitalisation est indispensable pour créer un modèle d’animation de la vie publique évitant de tomber dans les mêmes erreurs et errements du passé. »
2.1 – Visibilité des lignes de démarcation : mythe ou réalité

La ligne de démarcation entre le régime Yayi et le régime Talon n’est pas encore suffisamment nette pour la simple raison qu’en 2006, le rapport des audits de 1996 à 2006 qui faisaient 8000 pages annoncées est resté un outil de chantage qu’on sort pour calmer les concernés encore actifs dans la sphère politique. Ce rapport est demeuré avec la couronne de l’impunité et du secret d’Etat à ce jour.
Le régime du président Talon qui a qualifié celui du président Yayi de régime d’Etat voyou, à son tour, n’évoque que timidement des résultats des audits de la gouvernance sous le président Yayi. On continue de parler des audits mais l’opinion publique n’a une aucune idée du contenu des résultats et ce que le gouvernement actuel en fera. Est-ce un outil de chantage pour maintenir en respect des acteurs politiques indélicats, notamment les députés concernés par les divers scandales de ces dernières années où il existe une réelle volonté de mettre fin à l’impunité quel qu’en soit le prix politique à payer ? Personne n’a une réponse réelle dans l’opinion publique.
S’il est vrai qu’il y a un resserrement de l’architecture du gouvernement avec une économie annuelle évaluée à une centaine de milliards de FCFA, est-ce que les nouveaux trafics d’influence qui fonctionnent actuellement permettent-ils de rendre performante l’administration avec certaines nominations problématiques ayant tout de nominations de remerciement ou de nature népotiste ? De nombreux cadres de l’administration désapprouvent ces trafics d’influences, beaucoup en parlent mais avec la peur au ventre, le président actuel étant perçu comme une personne ayant un penchant particulièrement fort pour le militarisme pour gérer les tensions sociales même si les tracasseries policières ont nettement baissé.
Le processus de fusion de la gendarmerie et de la police est en cours de préparation et c’est une bonne décision du gouvernement actuel pour rendre le système sécuritaire plus cohérent et efficient.
La mise en place des nouvelles préfectures est une avancée en matière de gouvernance territoriale mais elle ne résout pas encore le problème crucial de la déconcentration administrative et budgétaire. Dans ce domaine, la décentralisation est marginalement traitée par le régime actuel et au nom de la régionalisation du développement, il y a une tendance à l’usurpation ou de substitution de compétences des communes au profit des agences et certains ministères qui s’annoncent. En somme, le Président Yayi est plus décentralisateur que le Président Talon qui est plutôt un adepte du centralisme d’Etat et de la technocratie sous contrôle.
2.2 - Le Président Talon et la coalition de rupture

On se saurait faire un bilan citoyen des douze mois du Président Talon sans dire un mot sur la rupture, un mot phare et fétiche nous invitant et incitant à tourner une décennie de gouvernance publique hasardeuse et calamiteuse faite de clientélisme, de populisme, de célébration de la corruption et du culte de la personnalité, et de la généralisation de la prédation des deniers publics sur fond de prolifération des scandales.
Ceux qui ont prôné la rupture comme thème de conquête du pouvoir d’Etat, une fois le peuple a mordu à l’appât électoral de ce discours porteur ont choisi de ne jamais révéler ce que recouvre la rupture sur les plans philosophique, idéologique, politique, institutionnel et économique.
La rupture qui a été un thème mobilisateur et d’engagement a été vite abandonnée sans que personne n’explique au peuple souverain les motifs pour lesquels le régime ne veut plus entendre parler de rupture et en remplacement, impose à l’opinion un discours axé sur le nouveau départ. Cela signifie comme en 2006 que le peuple sera tourné encore en rond, le temps d’oublier les scandales du siège du parlement, du détournement de l’argent l’eau destinée aux pauvres, de l’affaire dite ICC, de Maria Gletta…
Ceci dit, la rupture est devenue un mot du passé, un mot dérangeant alors qu’on ne saurait parler de changement de mentalités et de comportements sans une certaine rupture. Le mépris post électoral pour ce mot « Rupture » est étonnant et interpelant. On préfère parler de réforme mais peut-on réformer sans la déconstruction et la reconstruction.
La rupture avec les mauvaises pratiques de gouvernance publique pour un nouveau départ axé sur l’efficience de l’action gouvernementale et l’efficacité du développement doit passer impérativement par : (i) la mise en place d’indicateurs spécifiques de rupture (ISR) dans chaque institution, chaque secteur et dans les relations entre les institutions, (ii) la négation de ce qu’aucun nouveau départ ne doit signifier le classement en pertes et profits des nombreux scandales qui ont caractérisé les dix ans du président Yayi Boni avec la culture de l’impunité des chefs. Hélas, la coalition de rupture n’a existé que de nom.
2.3 - Présidentialisation et forte centralisation de la décision publique

Une tendance à re-centraliser les compétences des communes en transférant à des agences et aux ministères certaines actions relevant des compétences communales. Les substitutions opérées comme celles consistant à construire des hangars de marchés n’obéissent pas aux procédures normales de délégation de pouvoirs.
Le mandat unique crée un état émotionnel emporté par des logiques stressantes entre urgence, précipitation et parfois du rétropédalage.
Une technocratie outrancière avec une conception peu ou pas participative et dans une logique d’urgence et d’hyper stress des réformes publiques comme la réforme du secteur agricole en cours depuis huit mois sans qu’aucune plateforme d’organisations paysannes ne soit associée aux travaux. Et pourtant ces plateformes disposent dans leurs staffs des cadres supérieures expérimentées ayant des savoir-faire significatifs et une bonne connaissance de leur secteur pour avoir participé à l’élaboration des politiques agricoles de l’UEMOA et de la CEDEAO par exemple et ont joué un grand rôle dans les négociations internationales concernant les subventions que certains pays industrialisés accordent à leurs producteurs de produits tropicaux affectant la compétitivité par exemple du coton africain.
Une méconnaissance et une tendance structurelle à humilier les intellectuels sans une enquête sur leurs capacités morales et techniques.
Le penchant pour le militarisme et le défaut d’analyse systémique des implications des opérations de casses et de déguerpissement dans la ville de Cotonou ayant fragilisé en un temps record l’économie urbaine aggravant la pauvreté de très nombreux ménages au seuil de survie, lesquels ménages avaient été ruiné une première fois déjà avec l’affaire ICC. Les victimes de ces casses et déguerpissements ont des crédits dans diverses institutions de microfinance qui risquent de subir plusieurs rééchelonnements sans compter les nombreux cas d’impayés qui s’imposeront.
Cette escroquerie financière de portée nationale dite affaire ICC qui a impliqué de nombreuses autorités de l’Etat a fait l’objet d’une promesse démagogique de remboursement lors de l’élection présidentielle de 2011 et même par un candidat de l’élection présidentiel de 2016 qui est dans le gouvernement actuel. Malgré les frustrations généralisées liées à cette sale affaire qui a tout d’un voyeurisme d’Etat, le président Yayi a remporté par un chaos électoral son second mandat. C’est là tout le paradoxe béninois.
Les grèves perlées sont de retour dans de nombreux secteurs d’activités : agriculture, éducation, santé…
Des velléités de museler et de faire basculer le Bénin dans un système de pensée unique dans lequel on se conterait de célébrer le chef de l’Etat est de retour : le vote à 100% du budget de l’Etat le 15 décembre 2016 a jeté un discrédit sur la séparation des pouvoirs et même à faire dire à certains que des relations incestueuses existent entre l’exécutif et le législatif.
Les interventions du chef de l’Etat le vendredi 16 décembre 2016 à l’occasion de la fête de lancement spectaculaire du PAG confirment le lien de forte proximité entre les deux pouvoirs avec des expressions surprenantes, le chef de l’Etat ayant affirmé qu’il est le poulain du président du parlement et qu’il considère chaque député comme un membre du gouvernement. Il y a de quoi douter de l’efficacité du contrôle parlementaire sur la base de tels propos.
Le régime du président Talon n’aime pas communiquer, tout semble relever des secrets d’Etat, il faut aller sur les réseaux sociaux pour découvrir des informations concernant les décisions gouvernementales. Dans la mesure où il y a un peu de tout sur un réseau social, on ne sait pas toujours si les sources des informations et leurs contenus sont fiables ou non. Dès lors, des interventions tendancieuses sont permises pour deviner les intentions et les modes opératoires du régime, ce qui est un handicap sérieux pour la société civile qui a besoin d’informations de qualité afin de préparer des argumentaires pour ses actions de plaidoyer.
Le Bénin est passé d’une approche messianique qui a fragmenté le tissu social et divisé les cadres à une nouvelle approche messianique dans laquelle seule la voix du président compte au principal. Quand il n’est pas là pas de conseil des ministres.
Le Bénin a un bon maillage radiophonique mais le gouvernement ne s’en sert pas pour informer et éduquer les populations dans leurs langues. Donc le système gouvernemental béninois est très perché et pas assez proche des populations.

LECONS APPRISES ET RECOMMANDATIONS

Le bilan citoyen n’est pas moins important que le contrôle parlementaire, le contrôle administratif, le contrôle financier et le contrôle technique car il tient lieu de contrôle social organisé.
Dans un ouvrage d’entretien avec le journaliste Bernard CATTANEO (2002), le Président du Mali Alpha Oumar KONARE livrait ainsi qu’il suit, ce qu’il pense de la démocratie : « Être sous pression, être sous contrôle, rendre compte, c’est aussi ça l’essence d’une démocratie. Une démocratie ne doit pas craindre l’opinion publique et ne doit pas avoir peur du cadre de l’expression populaire, bien au contraire. C’est l’éveil des consciences qui est, si vous le permettez, le fondement de la démocratie. C’est au pouvoir politique de bien gérer cet éveil des consciences et de comprendre le sens des messages livrés par l’opinion publique. Sans l’éveil de l’opinion publique, il n’y a pas d’avancée démocratique. Et sans cette avancée, le pouvoir politique peut dérailler pour laisser la place à la mauvaise gouvernance et à la dictature. » Peut-on parler d’avancée démocratique sans une culture de bilan citoyen ? De notre point de vue, cela est simplement inimaginable et inconcevable.
Un bilan est une trajectoire systémique et une photographie instantanée permettant de se voir tel qu’on est afin de corriger ou consolider ce qui doit l’être. Ce bilan doit être participatif pour être crédible.
En un an, quel est le chemin parcouru par le régime du président Patrice Talon et comment percevons-nous entant que citoyen jouissant de la liberté civile son bilan sur les plans de la rupture et du nouveau départ ?
A-t-il fait mieux et plus par rapport à son prédécesseur, le président Boni Yayi, en termes d’image symbolique du pouvoir d’Etat, de méthode de gouvernance, d’efficience de l’action gouvernementale pour l’amorce d’un processus intelligent, rassembleur et humaniste de changement de mentalité et de comportement du Béninois et de changement physique ou de la valeur paysagère du territoire Béninois ?
Un bilan ce n’est pas pour encenser le chef ou se flatter soi-même. C’est un exercice de vérité pas toujours facile puisqu’il nous renvoie l’image ce que nous valons réellement, ce qui fonde notre volonté d’action ou explique les facteurs de nos inactions.

Dans son projet de société, le candidat Patrice Talon a affiché un cri de ralliement « ENSEMBLE POUR LE NOUVEAU DEPART ». Est-il dans une prédisposition de mobiliser, d’écouter, de décloisonner les Béninois pour qu’on finisse avec ces pratiques de gaspillages des talents et des ressources budgétaires du pays ?
Est-ce qu’on a fini avec les réseaux souterrains de trafics d’influences qui conditionnent les décisions, les nominations et les marchés publics ? Est-ce que la gouvernance sous le régime Talon est moins opaque que sous le régime précédent ?
Est-ce que le président Talon a fait l’effort de fédérer les opérateurs économiques béninois autour de ses ambitions de développement du pays ou a-t-il choisi d’imposer ses choix à tous les courants du pays du fait d’être le premier d’entre nous ?
Le président Talon est-il suffisamment humble pour être ENSEMBLE avec ses compatriotes pour cette aventure dite « POUR LE NOUVEAU DEPART » ?
Dans un pays de succession des ruptures et de déficit de culture de capitalisation et qui s’essaye en matière d’évaluation de politiques publiques, la tendance dominante est de noircir au maximum le tableau de son prédécesseur que de chercher à savoir ce qui a bien marché, moins bien marché et pas du tout marché.
Face à l’échec, personne ne veut prendre sa part des motifs de l’insuccès et cette forme d’hypocrisie des cadres accompagnateurs fait qu’un chef de l’Etat est souvent seul comptable et responsable de l’échec d’où une sorte hypertrophie du poids du président de la république dans la chaîne décisionnelle et sa peur de déléguer formellement des pouvoirs.
Dans cette culture du noircissement et de mépris pour la continuité historique, le projet de société du candidat Talon proclame que « notre pays va mal sur tous les plans ». Et pourtant, de nombreuses personnes ont engrangé honnêtement ou malhonnêtement des fortunes dans ce pays de 2006 à 2016 et il suffit de circuler à Cotonou et Abomey-Calavi pour voir comment certains ont pu se tirer d’affaires malgré les très nombreux scandales dans la gouvernance publique et le mélange des genres.

L’engagement du président Talon dans son projet de société est que « le mandat présidentiel 2016-2021 devra être un mandat de rupture, de transition, de relance économique et de réforme notamment politiques afin d’impulser une nouvelle dynamique dans le pays. »
En comparant les douze premiers mois des présidents Talon et Yayi, force est de souligner que le premier est fasciné par la construction physique du territoire béninois pour renforcer son attractivité économique avec un penchant pour l’amélioration du cadre de vie à pas forcé et le second plus fasciné par la construction de l’Etre béninois par la lutte contre la pauvreté dans les ménages.
Après le temps de l’émerveillement par les espoirs suscités par la fin du régime Yayi que pouvons-nous retenir d’essentiel comme bilan des douze premiers mois du président Talon en guise de conclusion de ce bilan.
Sur le plan politique et institutionnel

1. Le pays est passé d’une gouvernance brouillonne à une gouvernance stressante avec les mêmes risques de prise de décisions de mauvaise qualité voire de rétropédalage ;
2. On est passé d’un système de management des ressources humaines axé sur la clochardisation des cadres et le gaspillage de la qualité des ressources humaines du pays à un système d’humiliation des intellectuels avec une mise en doute de leurs capacités à innover d’où une hyper-présidentialisation de la chaîne décisionnelle de l’Etat, et pour preuve, sans la présence physique du chef de l’Etat pas de conseil des ministres ;
3. Nous sommes passés d’une gouvernance hyper populiste et de culte de la personnalité fait de gaspillage du patrimoine de l’Etat pour organiser des marches et messes de soutien à une gouvernance hyper élitiste faite d’humiliation des cadres, de manque d’attention pour les pauvres et de célébration de la peur par le militarisme comme moyen de restauration de l’autorité de l’Etat sans pour autant infléchir l’allure de la corruption, des trafics de drogues et des trafics d’influences dans les nominations et les marchés publics ;
4. Nous sommes passés d’un pays gouverné par une coalition de 94 partis politiques et plus de 300 mouvements affiliés tous alimentés clandestinement par des fonds publics avec une opposition très active et télécommandée par des opérateurs économiques puissants à un pays de multipartisme à pensée unique où le budget de l’Etat fut voté le 15 décembre 2016 à 100% des députés conférant à chaque député un statut implicite de député-ministre avec des dessous peu transparents ayant été révélé par la corruption de députés pour le vote de recevabilité du projet de constitution dénoncée par la doyenne d’âge du parlement et ayant reçu un très large échos sur les chaînes internationales ;
5. On est passé d’un contexte de coexistence de forces politiques et citoyennes pour la préservation de la démocratie et de la paix à un système d’intolérance de la contradiction où la volonté du chef de l’Etat doit prévaloir en tout, et tout échec au lieu d’être pris comme un effort additionnel à faire est vécu comme une traitrise, une offense à la haute autorité donnant lieu à une sorte de personnalisation outrancière de la fonction gouvernementale : la révision de la constitution est prise comme un défi personnel et un échec personnel alors qu’il s’agit d’un projet collectif qui engage tout le peuple car c’est de sa vie quotidienne et de son devenir qu’il est question et les contributions citoyennes ne devraient pas être banalisées ;
6. Le Bénin est passé d’un pays d’antagonisme structurel fait d’incitation à la méfiance interethnique et de confessionnalisation du pouvoir d’Etat à un pays où l’influence des autorités religieuses est moins expressive dans l’appareil d’Etat même si certains courant religieux manifestent publiquement leur soutien au nouveau régime ;
7. Si le régime précédent a pu, selon les circonstances, s’appuyer sur les radios de proximité pour mobiliser les populations et leur passer des messagers d’importance majeure, ces radios ne jouent aucun rôle significatif dans le système de communication gouvernementale actuel à tel point que les concepts de rupture et de nouveau départ ainsi que leurs modes opératoires ne dépassent guère Cotonou et sa périphérie : malgré ses tares et avatars, le changement sous Yayi a été plus événementiel et mobilisateur que la rupture et le nouveau départ ;

Sur le plan économique et du train de vie d l’Etat

8. Nous sommes passés d’un pays structurellement sous délestage avec une paralysie d’activités administratives et économiques dans plusieurs secteurs à un pays en voie de résolution durable des coupures intempestives de l’électricité ;
9. De nombreux Béninois ont des questions sur la précipitation qui a caractérisé le retour de la filière coton et du programme de vérification des importations (PVI) dans le patrimoine du chef de l’Etat ou de ses coactionnaires ou héritiers, etc. alors même que les mesures sociales pouvant soulager les souffrances des populations n’ont pas bénéficié de la même urgence de traitement ;
10. On est passé d’une culture effrénée de gaspillage des deniers publics par l’hyper activisme du chef de l’Etat avec des tournées en hélicoptère et des ministres dans les médias, les champs de coton, les chantiers des BTP à une culture de gouvernance trop discrète et silencieuse par la rupture du contact et de la communication avec les populations faisant de la communication gouvernementale, un système intellectuel d’enclosure et des devinettes. Le rôle des élus locaux dans le système gouvernemental pour relayer l’information est marginalisé et tout se fait en ‘’top down’’ (mode directif de haut vers le bas) comme on l’a vu avec la brutalité à l’allure de méchanceté organisée qui a caractérisé les casses et les déguerpissements des espaces publics surtout à Cotonou ;
11. La dynamisation de la production cotonnière est effective et la barre de 400 000 tonnes serait franchie sans aucune subvention de l’Etat semble t-il. C’est à saluer mais des efforts pour ouvrir le marché des intrants et de la commercialisation du coton fibre reste une attente des opérateurs économiques ainsi que la transformation sur place du coton fibre pour habiller et standardiser les uniformes militaires, scolaires, hospitaliers. Au passage, il est important de rappeler qu’en 1996/1997 pour l’an 1 du régime de président Kérékou, la production de coton était de 430 398 tonnes mais le président Soglo reste le plus cotonnier de tous les chefs d’Etat depuis 1991.

Sur le plan social et culturel

12. Le snobisme des dirigeants à travers les retards voulus ou non voulus pour déclencher les sirènes et les gyrophares afin de dégager la circulation pour leur passage ou rouler à contre sens qui était devenu un droit acquis a cessé avec le régime actuel et les populations apprécient assez bien le nouvel ordre exemplaire ;
13. On est passé d’une approche d’inter-communalisation à une approche inter-départementale de la création des établissements d’enseignement supérieur pour une carte universitaire resserrée et plus en phase avec les effectifs d’enseignants qualifiés mobilisables, les normes de qualité des bâtiments et des laboratoires de recherche et d’enseignement ;
14. On est passé d’un laxisme dans l’ouverture et le contrôle de qualité de l’offre éducative des universités privées à la fermeté dans leur mise aux normes avec la fermeture de certaines d’entre elles. Un système d’homologation des formations délivrées par ces universités est amorcé pour rendre éligibles aux concours nationaux les étudiants de l’enseignement supérieur privé répondant aux normes de qualité ;
15. On est passé d’un système de paiement des secours universitaires et des subventions aux établissements scolaires en fin d’année à début d’année et de mensualisation desdits secours ;
16. On est passé d’un pays de triche systémique et systématique avec l’organisation de concours frauduleux et de maquillage des statistiques de résultats à un pays de célébration de l’effort avec la vérité des résultats révélant les niveaux réels des apprenants ;
Sur le plan de la gouvernance territoriale

17. On est passé d’une décentralisation perchée avec des stratégies de maintien des maires sous contrôle des FCBE et un attachement à la personne du chef de l’Etat à une décentralisation banalisée et malmenée avec des abus de pouvoirs de certains préfets et on se demande si les organes territoriaux présidés par chaque préfet fonctionnent à bon escient, notamment (i) la conférence administrative départementale et (ii) le conseil départemental de concertation et de coordination ?
18. En dépit des hésitations à transférer les ressources aux communes sous le régime précédent, la substitution était subtile et flatteuse, actuellement la substitution de compétences et des ressources est prescriptive et les communes subissent sans aucune défense : la décentralisation n’a pas de visibilité dans le PAG et les communes ne sont pas prises en compte dans le dispositif de suivi évaluation, pourtant le Bénin est depuis 1a constitution du 11 décembre 1990 un Etat décentralisé et les communes et les intercommunalités sont les seuls espaces de mise en œuvre du PAG. Il est curieux que le parlement béninois soit silencieux sur cette maltraitance des communes, chacun oubliant qu’il vient d’une commune ;
19. Les libertés démocratiques n’ont connu ni des avancées ni des régressions ; sont relevées des maladresses très graves avec la suspension du droit de réunion sur les campus et des fermetures d’organes de presse privant les citoyens de leurs droits à l’information et surtout à des débats contradictoires pour éclairer l’opinion publique ;
20. L’attention du gouvernement pour les conditions de vie des populations n’est pas expressive : le régime Yayi a été plus actif sur le terrain des conditions des démunis sociaux et du développement local à travers les associations d’autopromotion que le régime actuel qui a une approche beaucoup plus basée sur les grands travaux ;
21. De peur d’affronter la colère des populations et de perdre la clientèle électorale, le nombre de préfectures est resté à six avec les régimes précédents et à moins de 100 jours d’installation, le régime du président Talon a fait preuve d’un courage politique ayant permis d’installer les six autres.
Sur le plan de la coproduction de la sécurité
22. On est passé d’un pays de non maîtrise de l’insécurité par les braquages perlés et le rançonnement sur les voies à un pays à insécurité mieux contrôlée et prévenue avec un effort ordonné de déconcentration budgétaire au profit des unités de sécurité sur le terrain et un recul du rançonnement ainsi qu’une avancée dans les réformes du secteur de la sécurité par la fusion Gendarmerie et Police nationales en cours ;
23. L’affaire cocaïne avec la garde à vue du 28 octobre au 4 novembre 2016 de monsieur Ajavon a failli embraser le pays et à ce jour, le peuple attend toujours la vraie vérité concernant ce dossier : une inimitié s’installe entre le chef de l’Etat (première fortune et premier employeur) et le président du patronat (deuxième fortune et premier contributeur fiscal) et les deux s’engagent dans un bras de fer qui se joue désormais sur le terrain politique, ce qui est un jeu très dangereux pour l’économie nationale et la stabilité du pays ;
24. On est passé d’un système de manque de transparence dans la gestion des primes aux soldats de maintien de la paix ou décédés sur les théâtres d’opération à un effort d’assainissement de la gouvernance dans les forces de défense et de sécurité ;
25. Le régime de Yayi reste celui qui aura le plus permis au Bénin de récupérer une bonne partie de son territoire gérée par le Nigeria et le Togo, aussi celui qui a doté le Bénin d’une politique nationale de gestion des espaces frontaliers et d’un corps de sécurité spéciale avec des moyens conséquents de matérialisation et de sécurisation des lignes frontières ainsi que la mise en place d’actions de développement local et de coopération transfrontalière. Il est à souhaiter que le régime actuel maintienne le cap et fasse plus et mieux.

Les plaies des régimes Yayi deux ans après et de Talon un an après


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