samedi, 18 novembre 2017 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Le Masque de la Fraternité ou l’Afrique et le syndrome de Caïn




Les Africains ont volontiers les mots « frère » ou « sœur » à la bouche. A les entendre, on pourrait croire qu’ils ont la fraternité en héritage, chevillée au corps et à l’âme, à la base et au firmament de leurs valeurs. La manière dont ils usent des mots « frère » ou « sœur » peut laisser croire qu’ils ont l’panage de la fraternité, et que les autres peuples, sur cette valeur-là, ont des leçons à recevoir d’eux.

Mais la fraternité africaine, dans le monde ouvert et moderne où nous vivons, participe pour une grande part d’un anachronisme anthropologique. Dans le sens où, étrangers et perdus dans un monde où leur autorité et leur activité sont mineures, les Africains trouvent dans la protestation incantatoire de fraternité un lien anthropologique et une compensation éthique qui donnent sens à leur marginalité politique dans le monde moderne. A l’instar des Français qui disent « nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées », les Noirs auraient tendance à dire « Nous n’inventons rien dans ce monde mais nous avons la fraternité. » C’est d’ailleurs ce qui justifie la tendance des Africains de la diaspora — Africains doublement étrangers, s’il en est — à abuser de la protestation de fraternité.

Mais à y regarder de bien près, l’Afrique est loin d’avoir le monopole de la fraternité. La fonctionnalité de la protestation de fraternité chez les Africains masque à peine la propension à la hargne fratricide d’une violence souvent sans limite. Les génocides et les guerres civiles qui jalonnent l’histoire et hantent l’actualité africaines en sont une preuve irréfutable. L’esclavage et la traite négrière pour lesquels les Africains sont prompts à pointer du doigt la responsabilité des Blancs n’ont jamais pu prospérer et durer plusieurs siècles sans un minimum de haine de soi africaine.

Toute l’histoire de la colonisation a été une histoire de trahison et de haine fratricides. La tactique antique de diviser pour régner, systématiquement utilisée par les Blancs, a fait des merveilles en Afrique. Le colonisateur qui a pris le temps de bien étudier l’Afrique géographique et humaine, débarque dans un coin, y repère les groupes en conflits, et parvient très vite à attiser leurs petites haines politique en guerres fratricides. Un frère est monté contre un autre frère, un cousin contre un autre, et le tour est joué. L’exemple du royaume du Danhomè est un paradigme du genre. Le roi Toffa, qui a pourtant été éduqué à la cour d’Abomey a préféré le moment venu s’abriter sous le parapluie politico-militaire français plutôt que d’exécuter le programme d’allégeance politique pour lequel il avait été formé. La devise en la matière est : mieux vaut être dominé par l’étranger que de faire allégeance à son propre frère.

Partout en Afrique, la colonisation a tiré partie de cette devise qui masque la haine de soi africaine. Dans ces conditions, que vaut le discours facile de la fraternité africaine ? Rien qu’un mythe pathétique.

Aujourd’hui encore, comme jadis, des acteurs africains, de par leurs actes et leurs choix, montrent qu’ils sont près à faire feu de tout bois dans leur haine et défiance fratricides. Deux exemples de ces acteurs Africains aveuglés de passion fratricide nourrissent l’actualité.

Actuellement au Nigeria, un illuminé, qui de par son âge n’a rien vécu de la guerre de Biafra et de ses horreurs, prétend reprendre le flambeau maudit de la sécession. Mal lui en a pris avec l’avènement de Buhari au pouvoir en 2015, où cet agitateur à la tête d’un groupuscule de nostalgiques au petit pied, a été jeté en prison pour cause d’activités attentatoires à la sécurité et à l’unité nationale. Certes le fait, la durée et les tractations dilatoires qui entourent son embastillement confinent à l’acharnement politique inutile. Il n’en a pas fallu plus pour que cet illuminé, inconnu jusque-là, se trouve une affinité avec le peuple juif dont il arbore ostensiblement les oripeaux et les signes distinctifs — kipa, châle de prière, bible, etc…


In fine, l’idée est que, les Juifs étant actuellement une communauté puissante et choyée par un Occident hanté par la culpabilité de les avoir opprimés, constitue un bon refuge ; pour les régimes soumis d’Afrique, s’opposer à un groupuscule qui se réclame de la fraternité juive c’est courir le risque de représailles cinglantes. Tel est le raisonnement de ce Kanu. Ainsi, cet illuminé, oublieux des traditions ancestrales de sa communauté, se sent-il plus proche des Juifs que des Africains en raison d’une opposition politique jugée irrésoluble. En tout cas, ce n’est pas un Chinois qui donnerait ce genre de spectacle d’aliénation dans lequel s’illustre le Noir, chef d’œuvre de bêtise qu’il tient pourtant pour une forme subtile d’intelligence.

Dans le même temps, après s’être judaïsé le chef de ce groupuscule de nostalgiques ibo a voulu une autre corde à son arc. Saisissant l’occasion de la campagne électorale américaine et surtout l’élection de M. Donald Trump, lui et ses amis se sont proclamés partisans du nouveau maître de la Maison Blanche. Là aussi, histoire de faire peur au Président Buhari, qui désormais, selon leur tournure d’esprit foncièrement aliéné, devrait réfléchir par deux fois avant de continuer à opprimer un ami de Donald Trump. Cette vision cosmopolitique déviante et aliénée des rapports internationaux dont les Africains abusent au mépris des identités nationales et de leurs limites est à mettre en parallèle avec la réaction à l’élection du même Donald Trump d’un autre Nigérian, pour le coup réellement célèbre, à savoir le Professeur Wole Soyinka. Le prix Nobel de littérature a, en effet, dans un geste symbolique renoncé à sa carte de séjour et fait ses adieux à l’Amérique en réaction à l’élection de Donald Trump. Dans les deux cas, soit dit en passant, à tort ou à raison, l’Africain se fait plus royaliste que le roi. Tandis que le prix Nobel Wole Soyinka le fait dans une veine humaniste louable, l’activiste ibo nostalgique du Biafra le fait dans la veine fratricide.


Mais dans la veine fratricide, le sieur Kanu n’a pas le monopole de l’opportunisme mesquin et aveugle dont il fait montre. Malik Obama, le demi-frère Kényan de l’ex-président américain s’illustre aussi dans ce registre fratricide rance et pathétique. Ceux qui ont suivi l’actualité politique des Etats-Unis ces derniers mois ont pu entendre parler de ce Monsieur, qui a apporté sa modeste contribution à la campagne de Donald Trump dont il s’est fait l’un des soutiens médiatiques originaux et passionnés. Le frère d’Obama qui soutient la campagne de l’opposant et ennemi politique de son frère, voilà qui sent le roussi d’un règlement der compte familial. De quoi faire parler de Trump et embarrasser le camp adverse.

Trump ayant remporté la victoire comme on sait, et étant devenu président des États-Unis, le sieur Malik ne s’arrête pas en si bon chemin dans sa bagarre fratricide. Il vient de rendre public un document présenté comme l’acte de naissance d’Obama délivré par un hôpital de Mombasa au Kényan, preuve que l’ex-président n’était pas Américain !

Ce geste de Malik Obama envers son demi-frère, Barrack Obama, n’est pas sans rappeler le proverbe yoruba qui dit que « Ce sont des gens qui vous connaissent qui vous trahissent ».

Pendant sa présidence, Obama a été accusé d’être né à l’étranger, donc pas un vrai Américain. Donald Trump a promu le mouvement qui a fait cette allégation pour remettre en question la légitimité de la présidence d’Obama. Voilà que maintenant, des années plus tard, le propre fère d’Obama, reprend la même propagande. L’acte de naissance qu’il publie censé être celui d’Obama est à en-tête de l’hôpital général de la province de la côte à Mombasa. Il n’en a pas fallu plus pour affirmer que Barrack Obama était né à Mombasa au Kenya, donc un imposteur.
Aux dernières nouvelles, il s’avère que le document est un faux. En 2009, un certain Lucas Smith avait mis en vente le même document falsifié sur eBay, mais il a été supprimé. En outre, Barrack Obama a déjà répondu aux allégations concernant sa naissance en publiant une copie de son certificat de naissance authentique en 2011.

La raison de ce déploiement de haine de Malik à l’endroit de son demi-frère est à chercher du côté d’une frustration par rapport aux attentes investies dans l’avènement d’Obama comme président des États-Unis d’Amérique. Selon les propres dires de l’intéressé, Barrack ne lui aurait pas fourni le soutien financier qu’il espérait, ni aux autres membres de la famille kényane ; de même Malik qui s’était présenté candidat au poste de gouverneur du comté du sud-ouest de Siaya en 2013 n’aurait pas bénéficié de l’aide politique de Barrack à cet effet.

« Je suis très fier de mon frère, mais j’aimerais qu’il fasse un peu plus pour la famille de ce côté-ci. Je veux dire par-là qu’il peut envoyer de l’argent. Moi, je donne de l’argent quand on m’en demande. C’est ça que veut dire former une famille. « Nous ne sommes pas en bons termes même si les gens pensent que nous le sommes », avait déclaré Malik dans une interview au Journal kényan The Post. C’était plusieurs années avant qu’il ne décide à montrer de quel bois fratricide il se chauffe.

L’Afrique n’a pas inventé la haine fratricide ; elle est universelle. Entre autres lieux et temps de l’humanité, on en trouve l’expression dans les récits des origines des peuples de la méditerranée. Caïn a tué son frère cadet Abel. l’Afrique n’en a pas non plus le monopole. Dans l’histoire des nations et des hommes, la haine et la méfiance ont constitué sinon le moteur du moins un ingrédient déterminant. De nous jours, la différence de l’Afrique se situe à deux niveaux. D’une part, la haine fratricide et sa variante la haine de soi contrastent avec le discours africain de la fraternité, comme valeur prisée et spécifique. D’autre part — et ce travers n’a rien de spécifiquement contemporain — en Afrique nous sommes portés à faire appel à l’altérité pour arbitrer les dissensions internes dans une mesure qui hypothèque notre identité et aliène notre fraternité, dans la mesure où elle se soucie peu de sa portée fratricide.
L’Afrique n’a pas inventé la haine fratricide disons-nous mais ce qui choque en Afrique c’est le masque que lui apporte le discours africain de la fraternité.

Adenifuja Bolaji
https://babilown.com/2017/03/11/lafrique-et-le-syndrome-de-cain-le-masque-de-la-fraternite/#more-50651

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