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FIL D'ACTUALITÉ

Incinérés, comme un Phoenix qui renaît de ses cendres...




Quand Jérôme Tossavi , qui avait été finaliste en 2019 et en 2020 du Prix RFI Théâtre, reçoit le Grand Prix littéraire du Bénin, son Excellence, Monsieur l’Ambassadeur de France, lui fait la commande d’une pièce de théâtre qui porterait sur la restitution des œuvres du trésor d’Abomey par la France.
C’est ainsi que la genèse de la pièce Incinérés commence...

Un véritable défi, s’il en est ! Il s’agissait d’offrir un spectacle sur des personnages inanimés, sur des objets. Mais bien sûr, quand on est poète, faire parler des œuvres d’art, ce n’est pas un problème. Pour donner vie à des objets afin qu’ils deviennent sujets, il suffisait de leur donner la parole. Et c’est ainsi que vraisemblablement la pièce a dû s’écrire sur le papier.

Mais après ? Pour qu’une pièce de théâtre trouve son public, n’en déplaise à Musset, on ne va pas se contenter de la lire dans un fauteuil...
Et c’est là qu’intervient Alougbine Dine. Alougbine Dine qui, avec ses quelques 30 acteurs et autres partenaires de la Régie, va se révéler un véritable magicien.
Et c’est bien le résultat de la rencontre extraordinairement complice entre ces deux artistes que sont l’auteur et le metteur en scène à laquelle nous avons assisté à l’IFB, l’Institut Français du Bénin, ces vendredi 25 et 26 février 2022, pour le plus grand bonheur des spectateurs.
Moi, j’y étais le samedi et la salle était comble !
En voyant cette pièce, j’ai pensé à Antonin Artaud. Toutes les formes d’expression artistiques sont mises en œuvre. Ça danse, ça chante, ça crie, ça tremble, ça se cache et ça triomphe !!! Le spectateur en a la tête qui tourne ! D’ailleurs sa tête tourne au sens propre comme au sens figuré ! Parce que le spectacle n’a pas lieu que sur scène ! Non, il est aussi au milieu du public, sur l’estrade derrière la foule où se trouve l’orchestre, dans les gradins, les allées latérales. Il y a du feu, de l’eau, de la musique et des chants. Une symphonie de tous les arts. Et le spectateur jubile ! Il s’étonne, il a peur, il sursaute mais surtout il rit ! Il rit de toute cette profusion artistique qui triomphe avec tellement de bonheur !!!
Pour vous donner une petite idée de ce que nous avons vu ce soir-là, il faudrait écrire des pages et des pages. Mais je vais essayer quand même de vous résumer un aperçu de cette pièce.
D’abord, en ombre chinoise dans un cercle qui se déplace lentement, on voit un paquebot qui sillonne les mers et les océans. A la fin de la traversée, le capitaine, volubile, s’entretient avec un collectionneur d’art. Il semble bien le connaître, on a l’impression qu’ils font souvent affaire ces deux là.
Le capitaine n’en peut plus, il s’éponge le front à grosses gouttes, il est tellement content de retrouver son comparse qu’il le serre dans ses bras à l’étouffer !!! Parce que voilà : il ne dort plus ! Il est encombré d’un lourd fardeau qui l’empêche de dormir depuis des nuits et des nuits.
Tandis que les deux hommes conciliabulent sur le pont du navire, on voit apparaître des coulisses une armée qui sort précipitamment des cales. Tout de noir vêtus, dans des justes au corps qui les recouvrent des pieds à la tête, tous ces personnages portent des masques blancs qui rappellent la Commedia dell Arte, des masques qui libèrent leur bouche. De fait, ils se consultent, s’agitent, s’apostrophent, se font violemment prendre à partie par certains d’entre eux qui veulent plus que les autres faire entendre leur voix.
Ils parlent une langue étrangère pour la yovo que je suis. Mais je comprends bien que la révolte commence à gronder dans les entrailles du paquebot qui les a emportés loin de leur rivage et de leur pays.

Pendant ce temps le capitaine et le marchand ont fini leur transaction, ils boivent le champagne, ils rient, ils sont contents ! L’un et l’autre ont fait une bonne affaire ! Alors, ils veulent déplacer l’immense coffre qui encombre le capitaine. Mais ils ont beau pousser, transpirer, s’arcbouter, rien à faire ! La caisse reste clouée au sol. Le capitaine sort son mouchoir, s’essuie le front. Et c’est au moment où son désespoir atteint son comble qu’une sorte de sorcier, vêtu de plumes colorées, s’éjecte comme un beau diable en crevant la toile de la caisse et en poussant un immense cri de joie ! Il danse, s’échappe dans les allées, virevolte, court en haut de l’estrade où il brandit un sceptre qui me rappelle les récades des rois du Dahomey pour affirmer leur puissance.
Pourtant dans les couloirs de ce qui doit sans doute être un musée, les soldats de l’armée noire exhibent tristement les marionnettes auxquelles ils sont réduits. Porte-paroles de leurs ancêtres, ils ne sont plus qu’objets de bois et de tissus fanés, complètement désarticulés, comme des pendus que l’on aurait condamnés...
Dans tout Paris, pourtant c’est la fête ! En véritables parisiennes, d’élégantes Africaines, défilent avec leurs beaux habits pour afficher la fierté qu’elles éprouvent de figurer dans cette exhibition de l’art primitif. Juchées sur des hauts talons complètement improbables, elles proclament haut et fort qu’elles font partie de ce peuple qui est entré au Musée... Les fêtes durent jusqu’au petit matin et Jacques Dutronc chante : « Il est 5H, Paris s’éveille... »

Les années passent. Victor, le gardien du Musée veille au grain. Il arpente les couloirs, vérifie que tout va bien. Mais, sa tâche au fil du temps, lui semble trop lourde pour ses épaules. Surveiller tous ces trésors, c’est trop pour lui. Il sent bien que des phénomènes étranges se déroulent dans l’ombre, par-dessus sa tête, sous ses pieds, quand il a le dos tourné... Il entend des chuchotements. Il voit des silhouettes courir dans la nuit des couloirs. Victor pleure. Il a peur. Le Directeur du Musée essaie de le rassurer. Touché par la détresse de son employé, il lui accorde une longue période de repos. C’est la seule solution pour échapper à son burn-out galopant. Il le retient in extremis quand le malheureux Victor tente de mettre fin à ses jours en se jetant par la fenêtre du balcon.

Mais c’est à ce moment-là que le Directeur comprend à son tour. Lui aussi a peur. Victor lui a communiqué son symptôme... A genoux, faisant perpétuellement son signe de croix, le pauvre homme se cache derrière les marionnettes. Comme si celles-ci avaient le pouvoir de le protéger... Mais qui doit protéger qui ? Qui doit protéger les trésors ? On se moque de qui ici ? Le Directeur comprend alors que sa dernière heure est venue. Les voix se multiplient, deviennent un cri. Il n’y a plus rien à faire. La Culture a repris ses droits et elle triomphe en retournant dans son pays. « Ce sont nos héros ! Ils sont revenus ! », chante alors la foule en liesse.
Voilà en résumé ce que j’ai vu et ce que j’ai compris de cette extraordinaire création artistique !

Quand à la fin de la soirée, au cours de l’échange entre la troupe et le public, l’un des spectateurs demanda à l’auteur : « Pourquoi ce titre, Incinérés ? », j’ai cru comprendre que les œuvres d’art restituées par la France au Bénin, c’était comme des trésors qui s’étaient éteints en étant arrachés de leur terre natale mais qu’en revenant sur le territoire de leur origine, elles reprenaient vie, comme le Phoenix qui renaît de ses cendres...
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J’étais tellement contente d’avoir assisté à ce spectacle qu’en me levant de mon siège, après la représentation, j’avais l’impression d’être comme une enfant qui aurait vu le Père Noël descendre dans la cheminée ! Un régal, je vous dis !
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Et comment ne pas penser à Antonin Artaud, lui qui prétend que le vrai théâtre se réconcilie avec tous les genres de langage, aussi divers et différents soient-ils.
La parole, au théâtre, n’est pas seulement celle du discours logique et cohérent. Elle peut aussi être l’expression d’un cri. Donner la vie au théâtre, c’est réconcilier le concret avec l’abstrait et adopter alternativement tous les types et les moyens d’expression dont l’homme dispose, « le théâtre qui se sert de tous les langages : gestes, sons, paroles, jeu, cris, se retrouve exactement au point où l’esprit a besoin d’un langage pour produire ses manifestations ».
Il faut dépasser la rationalité pour les onomatopées, les cris, les incantations… C’est ainsi que Artaud, « propose un théâtre où des images physiques, violentes, broient tout et hypnotisent la sensibilité des spectateurs pris dans le tourbillon des forces extérieures », écrivait-il en 1932.

Alougbine Dine, à mon sens, les 25 et 26 février 2022, a mis merveilleusement en pratique, dans sa mise en scène de Incinérés, cet art théâtral selon Antonin Artaud. Chapeau bas, Monsieur !
Rédaction de Marie Bonnemaison, Docteur es Lettres, professeur de Lettres Modernes et de Discours éloquent

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