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FIL D'ACTUALITÉ

Emigration clandestine : l’Afrique c’est dur, mais vous n’êtes pas des animaux – Partie 1.




(Par Aliou TALL)

Ceux qui encouragent les jeunes africains sur les voies de l’émigration clandestine, ceux qui leur font croire hypocritement à un monde sans frontières, sont moralement responsables des drames et malheurs qui leur arrivent. Ceux qui les exploitent ou les maltraitent sur ces voies sont des criminels. Ceux qui ferment les yeux sur ces crimes, ou refusent de porter secours aux migrants en danger sont pénalement responsables. J’attire l’attention des jeunes africains sur les terribles souffrances, les graves risques de mauvais traitements, d’être vendus comme esclavages, et de perdre leur vie, qu’ils encourent. Je vous mets en garde sur le fait que, même si vous foulez vivants le sol européen, une dure galère vous y foulera pendant des années.

Vos risques et efforts pour rejoindre l’Europe clandestinement vous permettraient de vous en sortir en Afrique.

Tous les chemins mènent à Rome, et tous les moyens sont bons pour atterrir à Madrid ou Paris. Les uns convaincront leurs mères de vendre leurs bijoux en or, qui constituent leur seul patrimoine. D’autres inciteront leurs mères à réclamer le versement d’un pactole par la tontine du quartier. Certains persuaderont leurs pères à emprunter un crédit bancaire ; ou un crédit d’usurier à taux excessif. D’autres encore vendront le terrain à construire qu’ils ont pu acquérir avec les épargnes de toute une vie. Les plus coriaces auront épargné de petites sommes pendant des années, en travaillant dans l’informel comme vendeur ambulant, commerçant, maçon, tailleur, menuisier, mécanicien automobile, ou ouvrier non qualifié, jusqu’à capitaliser une somme qui leur permettra de payer les services d’un passeur.

Ainsi, en moins de deux mois, rien que depuis les côtes sénégalaises, des centaines de migrants sont partis clandestinement pour rejoindre l’Espagne. Malheureusement, une bonne partie des pirogues qui les transportent finira par chavirer, parfois dans des circonstances suspectes, faisant des centaines de morts et offrant les tableaux macabres de cadavres d’africains alignés sur les plages, comme des animaux marins décimés par un tsunami. Le drame survenu au mois d’octobre 2020 au large des côtes sénégalaises n’est pas extraordinaire. Des tragédies similaires sont fréquentes en Méditerranée centrale, sur les côtes de Lampedusa en Italie, de Lesbos en Grèce, de Tripoli et de Sabratha en Lybie. En attendant que l’Europe mette place des voies d’immigration légale accessibles aux jeunes candidats africains, les sociétés et les gouvernements africains ont l’obligation de sensibiliser leurs populations et de prendre, par eux-mêmes, des mesures efficaces pour dissuader ces migrations clandestines déshumanisantes et meurtrières. Jeunes africains, l’Europe n’est plus l’eldorado que certains immigrés, en vacances dans vos pays ou sur les réseaux sociaux, continuent à vous vendre. C’est un leurre, qui ne mérite pas de risquer vos vies.

On vous considère moins que les animaux africains chouchoutés dans les zoos européens.

En 15 ans des milliers d’africains sont morts pendant leurs périples d’émigration clandestine, pour fuir la misère ou espérer une vie meilleure. La communauté internationale s’est accommodée de ces pertes de vies humaines, qui semblent ne pas avoir de la valeur à ses yeux. Elle doit se dire : ce ne sont que des africains qui meurent en mer, qu’on maltraite au Maroc, en Libye ou en Grèce ; et qu’on refuse de secourir en Méditerranée. Elle fait la stratégie de l’autruche, en refusant de regarder les causes profondes de la misère et de la déchéance humaine qui motivent ces jeunes à mettre leurs vies en péril. Alors qu’elle se mobilise et montre sa fougue lorsque la vie d’un seul Blanc en aventure est en danger. C’est malsain. C’est la preuve que le bacille du mépris de l’être Noir n’a pas disparu. Il s’est cyniquement manifesté avec l’indifférence du monde occidental sur le calvaire enduré, pendant des siècles, par les "Nègres" forcés de quitter l’Afrique pour aller travailler comme esclaves en Europe et en Amérique.

Il réapparait avec l’indifférence notoire de l’Occident sur les drames humains que subissent ces émigrés Noirs, qu’on ne veut plus en Europe. Si, à cause d’une inondation, des animaux africains se noyaient dans leurs zoos, les européens auraient montré une grande compassion et auraient mobilisé leurs forces et leurs moyens techniques pour sauver les lions, girafes, éléphants, rhinocéros et autres animaux africains qui agrémentent leurs visites familiales dans leurs zoos ; qui satisfont la curiosité, l’éveil et l’amusement de leurs enfants. Sous ce regard, la vie des animaux africains compte plus que celle des jeunes africains qui périssent en mer. Dès lors, c’est aux africains de donner de la valeur à leurs vies, en mettant un terme définitif a ces scènes funèbres, mais prévisibles, d’africains naufragés sur les routes d’émigration clandestine.

L’Europe investit des millions d’euros pour vous traquer illégitimement, avec la complicité de vos gouvernements.

Les gouvernements africains qui mettent en gage leur souveraineté territoriale contre une aide financière, en déléguant le contrôle de leurs frontières à des forces étrangères comme la Guardia Civil espagnole ou l’agence européenne de contrôle des frontières (Frontex), font de graves erreurs. Ces transferts « clandestins » de souveraineté ne peuvent apporter que des solutions épidermiques à un problème structurel profond. Ils sèmeront également des germes de frustrations nationalistes et des accusations de néo-impérialisme, comme celles qui décrient la Françafrique. Les millions d’euros investis dans ces opérations, qui n’empêchent pas les jeunes d’emprunter des embarcations pour l’Europe, pourraient servir à leur offrir une formation aux métiers et un accompagnement vers l’activité professionnelle, dans leurs pays. L’Europe pourrait même, par la suite, profiter d’un vivier de compétences généré, pour répondre aux besoins en main-d’œuvre de son économie.

La problématique des migrations clandestines ne sera jamais résolue par une approche policière, qui consiste à traquer les pirogues et canots gonflables bourrés de migrants clandestins au bord du gouffre, à amalgamer lutte contre le terrorisme et migrations illégales. Certains clandestins périront, d’autres seront ramenés chez eux. Mais le cycle pervers de l’émigration illégale recommencera. Malgré l’immixtion illégale des Etats européens dans la gestion des frontières africaines, avec cette méthode, d’autres bateaux de clandestins partiront. Et quand les voies maritimes seront maîtrisées, les clandestins inventeront une nouvelle voie d’émigration clandestine vers l’Europe.

Et,…Rebelote !

Aliou TALL,
Président du RADUCC
Email : raducc@hotmail.fr

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