samedi, 4 juillet 2020 •

312 visiteurs en ce moment


 
 

 
 
 
 
FIL D'ACTUALITÉ

Tribune

« Au Bénin, la danse contemporaine demande autant d’engagement que d’abnégation »




L’anthropologue Anne Décoret-Ahiha souligne la difficulté de se produire et de se former pour les artistes de ce pays où les institutions favorisent la danse traditionnelle.

Le danseur Arouna Guindo s’entraîne place du Souvenir, à Cotonou, au Bénin.Le danseur Arouna Guindo s’entraîne place du Souvenir, à Cotonou, au Bénin. Anne Décoret-Ahiha

Tribune. Loin des lumières de la saison culturelle « Africa 2020 » qui se prépare activement en France, chorégraphes et danseurs contemporains du Bénin s’emploient avec ténacité et peu de moyens à faire vivre leur art. Car dans ce pays riche de nombreuses formes de danse, être danseur contemporain demande autant d’engagement que d’abnégation. « Tous les jours, c’est un combat », confie la danseuse et chorégraphe Carmélita Siwa, 25 ans : « On n’a pas de salaire, donc on est considéré comme des va-nu-pieds. Mais quand on se produit dans la rue, les gens s’attroupent et nous applaudissent. » Le quotidien laborieux des danseurs, c’est d’ailleurs le thème de la prochaine création de sa compagnie, même si aucune date de représentation n’est prévue.

Le Bénin compte un seul centre chorégraphique : Multicorps, à Cotonou. Ouvert en 2011 par le chorégraphe Marcel Gbeffa, cet espace de création et de formation professionnelle d’initiative privée se maintient grâce aux cours de danse proposés aux enfants, principalement d’expatriés. Menacé de faillite début 2018, il vient de trouver un second souffle en s’associant avec la compagnie Walô, de Rachelle Agbossou, autre figure de la danse contemporaine béninoise. Un type de rapprochement plutôt rare. Car « la vraie difficulté ici est de travailler ensemble », confesse Adrien Guillot, ingénieur culturel à l’origine de cette mutualisation.
Performances en pleine rue
A défaut de studio, c’est place du Souvenir, à une enjambée du centre Multicorps-Walô, que de nombreux danseurs viennent s’exercer. « C’est notre lieu, assure Carmelita Siwa. On a tous travaillé là-bas. On y a laissé des chaussures ! » Forcément, c’est de là qu’est parti le rassemblement chorégraphique « Danser pour la paix », le 6 mai, au lendemain des violences post-électorales. Chorégraphe issu du hip-hop, Arouna Guindo vient chaque soir sur la place pour improviser. Une manière de confronter sa danse à l’espace public et de produire le matériau possible d’une prochaine création. Ses performances se déroulent aussi en pleine rue ou dans la cohue du marché Dantokpa, l’un des plus grands d’Afrique de l’Ouest. Quand la police ne vient pas l’y déloger, il y danse six heures durant !
Difficile de se produire, difficile aussi de se former. Chaque année, Richard Adossou, l’un des pionniers de la danse contemporaine au Bénin, organise la Marche internationale vers la danse (Maida), qui prévoit des stages gratuits pour les danseurs locaux. « L’idée de payer pour se former n’existe pas ici », regrette-t-il. Convaincu de l’importance de la formation pour professionnaliser les danseurs contemporains, celui qui est par ailleurs assistant chorégraphe au Ballet national du Bénin n’hésite pas à compléter de sa poche le budget du festival.

I« Les institutions béninoises favorisent largement la danse traditionnelle, explique Richard Adossou. La danse contemporaine est vue comme une rivale, une concurrente. Alors qu’elle apporte aussi beaucoup aux danseurs traditionnels, par la conscience du corps et du mouvement qu’elle développe. Elle permet de repenser aussi la manière d’interpréter la danse traditionnelle. En fait, elle vient renforcer nos valeurs ancestrales. » I Quelles moqueries et remontrances n’a-t-il pas essuyées lorsque, lui qui s’est formé en Axis Syllabus, une approche analytique du mouvement, il enchaînait les étirements avant un spectacle du Ballet national !
Exil en France ou en Allemagne
Aujourd’hui, les danseurs contemporains au Bénin poursuivent leur activité artistique avec passion, persévérance et un indéniable talent. Combien de temps tiendront-ils avant de céder, comme la génération précédente, à l’exil ? Sans doute découragés par le manque de soutien institutionnel et les obstacles de tous ordres, ils sont déjà plusieurs à avoir quitté le pays pour s’installer en France ou en Allemagne. Comme Koffi Kôkô, figure tutélaire de la danse contemporaine au Bénin, à l’origine de nombreuses vocations. Le centre de formation et de recherche chorégraphique dont il avait lancé le projet au début des années 2000, près de Ouidah, n’a finalement pas vu le jour.

La saison culturelle « Africa 2020 » sera-t-elle l’occasion de mettre en lumière une plus large diversité de danses contemporaines d’Afrique, comme celle du Bénin ? Braquera-t-elle ses projecteurs sur les artistes chorégraphiques qui vivent dans ce pays et qui, chaque jour, créent, inventent, tout en menant des projets d’action sociale et d’éducation auprès de la jeunesse ? Leur donnera-t-elle l’opportunité d’exprimer leur point de vue sur le monde, comme le stipule le principe fondateur de cet événement ? De parler, par exemple, de la marchandisation des objets cultuels de danse, très prisés des collectionneurs américains ? Ou des milliers de tonnes de fripes qui débarquent chaque année à Lomé et à Cotonou, comme autant de déchets que l’Europe rejette avec bonne conscience ? Deux thèmes chocs dont Marcel Gbeffa traite dans sa pièce Les Cris du couvent, débutée en 2017 mais qu’il ne parvient à terminer, faute de producteurs.
Anne Décoret-Ahiha, anthropologue de la danse et consultante, est l’auteure des Danses exotiques en France (Centre national de la danse, 2004).
Anne Décoret-Ahiha

www.24haubenin.info ; L'information en temps réel

27 août 2019 par Judicaël ZOHOUN




Transformation du FCFA en ECO, actée par la France : Supplique aux 9 (...)


4 juin 2020 par Judicaël ZOHOUN
Par Philippe HOUNKPATIN, Dr.-Ing. en Génie électrique, à la retraite (...)
Lire la suite

MINNEAPOLIS : SILENCE ON ÉCRASE DU NÈGRE ! (Par Aliou TALL).


29 mai 2020 par Judicaël ZOHOUN
Imaginez-vous plaqué au sol, menotté, le poids et la pression du corps (...)
Lire la suite

Aux Panafricains qui ignorent le Marxisme-Léninisme de Cheikh Anta (...)


17 mai 2020 par Judicaël ZOHOUN
Diagne Fodé Roland L’impérialisme et le néocolonialisme ont réalisé la (...)
Lire la suite

COVID 19 : Quid de l’industrie nationale ?


24 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
Un mal qui répand la terreur, déstabilise l’humanité et fait valser les (...)
Lire la suite

Me Fatiou Ousman demande le report des communales


17 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
Les élections communales et municipales sont fixées au 17 mai 2020. Mais (...)
Lire la suite

Africain en chine : Non à l’apartheid sanitaire (Aliou TALL)


16 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
Nous ne sommes ni vos pangolins, ni vos chauves-souris. La Chine (...)
Lire la suite

Le déni et la psychose


24 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
Depuis l’expansion inattendue et impromptue du virus, identifié sous (...)
Lire la suite

Un Sans-papiers face au Coronavirus (Par Aliou TALL)


22 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
Dans le confinement l’altérité s’altère. Le riche, le pauvre, le Blanc, Le (...)
Lire la suite

Pourquoi ‘‘les gens’’ sont contre la Rupture


14 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​‘‘Les gens’’, c’est d’abord le groupuscule de (...)
Lire la suite

Démocratie et démographie au Bénin


22 février 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Les Béninois fêtent les 30 ans de leur Conférence (...)
Lire la suite

Vœu de nouvel élan panafricain


12 février 2020 par Judicaël ZOHOUN
Moussa Kanté est doctorant géographe-politiste, chercheur à l’école (...)
Lire la suite

La réponse de Victor Topanou à Vincent Foly


19 janvier 2020 par Judicaël ZOHOUN
Le Professeur Victor Topanou a tenu à répondre à Vincent Foly au Terme de (...)
Lire la suite

Sortir de la confusion monétaire en Afrique de l’ouest


28 décembre 2019 par Judicaël ZOHOUN
Edgard Gnansounou, 23 décembre 2019 edgard.gnansounou@gmail.com Au (...)
Lire la suite

Seneweb m’a tuer : en violant ma propriété intellectuelle (Par Aliou (...)


13 décembre 2019 par Judicaël ZOHOUN
J’ai posté sur les réseaux sociaux et des médias en ligne un article (...)
Lire la suite

Ne pas prendre les Béninois pour des benêts


30 novembre 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Voltaire a dit : « Malheur aux détails, la (...)
Lire la suite

Afrique et Prix Nobel de la Paix


26 octobre 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Le Prix Nobel de la Paix 2019 est le Premier (...)
Lire la suite

« C’est un premier pas » (Joël Aïvo)


24 octobre 2019 par La Rédaction
Invité Afrique sur RFI ce jeudi 24 octobre 2019, le constitutionnaliste (...)
Lire la suite

Bénin et Tunisie, Greta Thunberg et Aimé Césaire


5 octobre 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Si le système des choses ne l’emporte pas et (...)
Lire la suite


ÉCOUTER FRISSONS RADIO


Derniers articles



Autres vidéos





Les plus populaires