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FIL D'ACTUALITÉ

Fruits et Légumes

Les ravageurs, une menace pour l’Afrique de l’Ouest




Raphaël Djamessi

- Lecture rapide

- L’UE impose désormais des contrôles stricts sur l’importation des végétaux
- La filière fruits et légumes d’Afrique de l’Ouest pourrait en pâtir, à cause des ravageurs
- Les acteurs de la filière se mobilisent pour apporter une réponse

Les acteurs de la filière fruits et légumes de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) [1] étaient réunis début avril à Lomé, pour évaluer l’impact de la mise en œuvre d’une nouvelle réglementation [2] de l’Union européenne sur les produits végétaux.

Entrée en vigueur depuis le 13 décembre 2016, cette nouvelle réglementation introduit une évaluation de risque pour tous les produits végétaux avant leur entrée dans le marché européen, en vue de protéger l’espace européen contre la propagation des ravageurs ou organismes nuisibles des plantes.

Pour Bruno Schiffers, chercheur au laboratoire de phytopharmacie de l’Université de Liège (Belgique), cette réglementation "plus contraignante que l’ancienne", induit, d’une part, une évaluation de risque sur les végétaux et, de l’autre, sur le ravageur lui-même, en vue d’en déterminer l’aptitude à s’installer ou à se disséminer en Europe au vu de ses propriétés et de son cycle biologique.

L’opération est d’autant plus complexe que ces évaluations de risques doivent être effectuées par les pouvoirs publics dans les pays d’origine, faute de quoi les produits n’auraient pas accès au marché européen.

"Il revient aux producteurs de pousser les autorités à mettre en place la logistique et les ressources humaines nécessaires pour ces évaluations sinon ils risquent tout simplement de perdre l’accès au marché européen qui est quand même leur plus important marché en termes d’exportation", a déclaré Bruno Schiffers à SciDev.Net.

De fait, selon une étude de marché [3] effectuée fin 2016 par le Comité de liaison Europe-Afrique-Caraïbes-Pacifiques (COLEACP), les exportations de l’espace UEMOA vers le marché européen, en pleine croissance [20% des exportations de la zone UEMOA vers le marché européen pour des revenus évalués à 400 millions d’euros (environ 262,382 milliards de F CFA)], risquent de connaître une tendance à la baisse dans les années à venir.

Prolifération des ravageurs

La situation risque de se compliquer pour les pays d’Afrique de l’Ouest, dans la mesure où la sous-région fait face à la prolifération de certains bio-agresseurs comme les mouches à fruits, les mouches blanches et, plus récemment, la chenille tuta absoluta, qui figurent parmi les organismes nuisibles prioritaires définis par le règlement, en raison de l’impact économique de leur attaque.


Nous avons de bonnes raisons de croire que la prolifération des ravageurs pourrait être désastreuse pour la filière fruits et légumes, ainsi que pour l’économie de la sous-région.”
Bruno Schiffers Université de Liège


Présent au Niger et au Nigeria, le tuta absoluta vient d’être signalé au Burkina Faso, selon Bruno Schiffers, qui dit être inquiet de sa propagation dans l’ensemble de la sous-région.

"Vu que les pertes imputables à ces ravageurs peuvent aller jusqu’à 75% des récoltes et qu’ils s’attaquent en priorité à certaines filières à fort potentiel comme la tomate et la pomme de terre, nous avons de bonnes raisons de croire que leur prolifération pourrait être désastreuse pour la filière fruits et légumes, ainsi que pour l’économie de la sous-région", prévient-il.

La lutte contre ces ravageurs ne devrait désormais plus être une prérogative exclusive de chaque Etat, selon Emile Amaral, un producteur d’ananas d’origine béninoise.

"Il faut une implication de l’ensemble des pays de l’UEMOA et de la CEDEAO [la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, NDLR], en vue d’harmoniser nos politiques agricoles, surtout dans la lutte contre ces ravageurs qui ne connaissent pas les frontières de nos Etats", estime-t-il.

"Mais avant tout, poursuit Emile Amaral, il faut que nous, producteurs, trouvions le moyen de nous organiser en réseau pour constituer un groupe de pression sur nos pouvoirs publics".

Déficit de statistiques

Outre les problèmes récurrents de stockage et de transformation des produits de la filière fruits et légumes, les experts du COLEACP ont également identifié, lors de la rencontre de Lomé, l’absence de données statistiques fiables et actuelles comme frein au développement de la filière.

Selon Jeremy Knops, directeur des opérations au COLEACP, ce déficit de données statistiques "fiables et de qualité" s’explique, d’une part par le manque de formation des agents de la statistique dans la collecte des informations agricoles et de l’autre, par le faible investissement des pouvoirs publics dans l’élaboration des statistiques agricoles.

UEMOA Exports 2 Copyright COLEACP - Mars 2017
Marchés de grande exportation des fruits et légumes de l’UEMOA.

Ce déficit de données statistiques constitue, selon l’expert, un obstacle, non seulement pour les partenaires techniques et financiers dans leur choix d’investissement, mais aussi pour les producteurs dans leur démarche pour l’accès aux crédits.

"Les partenaires financiers et institutions bancaires savent aujourd’hui qu’il y a une croissance dans la filière fruits et légumes dans l’espace UEMOA, mais manquent de données fiables pour opérer des investissements objectifs dans les filières porteuses. Il faut donc que les pouvoirs publics investissent plus dans la collecte de données fiables en temps réel, pour orienter les investissements vers les filières à haute potentialité", explique Jeremy Knops.

Au-delà des investisseurs et des producteurs, certains chercheurs estiment également être affectés par ce manque de données statistiques dans leurs activités de recherche.

"Pour le cas du Togo, les dernières données fiables dans la filière mangue, par exemple, datent de 1996. Il nous est donc difficile aujourd’hui de constater objectivement la courbe d’évolution dans la filière ou de déterminer l’impact des mouches fruits sur la production de mangue au Togo", regrette Gomina Mondjonesso, enseignant-chercheur en entomologie appliquée, à l’Université de Lomé.

De façon plus générale, explique le chercheur, "il nous est difficile d’effectuer des études économiques ou macro-économiques susceptibles de permettre de guider le choix des producteurs vers une filière donnée."

Toutefois, rassure Jeremy Knops, les prévisions sur le marché européen indiquent que la demande dans la filière fruits et légumes continuera sa croissance "dans les dix prochaines années au moins", à cause du changement de régime alimentaire en Europe, avec moins de consommation de protéines d’origine animale.

"Le marché du bio devrait être le plus porteur. C’est une option que les producteurs devraient déjà prendre en compte", a-t-il ajouté.

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