jeudi, 6 août 2020 •

496 visiteurs en ce moment


 
 

 
 
 
 
FIL D'ACTUALITÉ

Grisaille autour du gris-gris béninois à Paris




(Par Roger Gbégnonvi)

​Biowá Nàglókú, dans son village Sêxwidé, est depuis plus de vingt ans le socle de Guy Sêmêton, installé en France depuis son adolescence dahoméenne. Biowá maîtrise la science des plantes et les sciences occultes. Entre Guy et lui, les rapports se sont trouvés facilités par l’invention du téléphone portable. Guy en a offert un au septuagénaire avec une dotation en CFA pour l’achat des crédits. La plus jeune du modeste harem de sept épouses manipule l’appareil pour son mari, analphabète intégral, au lieu que elle garde des souvenirs de ses trois lointaines années de cours primaire. En plus des appels au téléphone, Guy descend tous les deux ans pour des bains rédempteurs et pour faire provision de bagues, d’amulettes, de cordelettes, de talismans, d’incantations nouvelles, etc. Biowá lui a fait une vie réussie. Grâce à Biowá, il a divorcé trois fois sans se ruiner – ce qui n’est pas rien en France – , et par rayons infra-noirs, il a rendu chaque répudiée indésirable à tout jamais ; à force de boulettes glissées sous la langue avant de leur parler, il est devenu le chouchou des gens de la haute hiérarchie de l’usine de retraitement des ordures ménagères où il est employé ; il est devenu contrôleur-adjoint après avoir sinistré, par incantations suraiguës, trois autres candidats bien meilleurs que lui. Etc. Biowá a fait de Guy un être tonique. Après avoir vanté ses exploits aux Béninois et autres Africains transplantés en France depuis des lustres, il a décidé d’y faire venir son héros pour un mois pendant lequel il concocterait pour les amis nègres de la banlieue parisienne des gris-gris puissants leur permettant de tenir tête à tous les malheurs dans cette France, cartésienne à tout crin, et qui ne comprend rien aux réalités infra-logique.
​Début de l’été 2018. Guy va chercher Biowá pour son premier voyage hors du village natal. Tout se passe bien. Mais au moment de sortir de l’aéroport de Roissy, Biowá se crispe soudain, s’agrippe à Guy et se fige. Guy prend peur. ‘‘Père, vous tremblez ?’’ – ‘‘Regarde donc cette porte ! Personne n’y a touché, et elle s’est ouverte.’’ Habitué à ce manège, Guy tire Biowá vers la sortie : ‘‘C’est comme ça ici, Père, et si nous restons plantés là, elle ne se refermera pas.’’ Derrière eux, le portail de verre se referme. Biowá remue la tête et suspend sa parole. Il la reprend le lendemain au petit déjeuner, conçu béninois, pour atténuer à l’hôte le choc du dépaysement. Et l’hôte dit : ‘‘Fils, tu m’as conduit dans un pays étrange. Les Blancs aussi ont des forces cachées. Retour chez nous, je consulterai l’oracle et je saurai.’’
​En attendant, conduit par Guy, il fait le travail. Pas plus que le smartphone ou l’avion, les cages qui le baladent entre les cases dans les ventres sombres des amoncèlements de pierre et d’acier ne l’émeuvent pas. Mais leurs portes qui s’ouvrent et se referment sans qu’on n’y touche, panique ! Et puis, et puis, oui, ces escaliers dans certains lieux publics, ils marchent, les escaliers marchent, effroi ! Et à chaque fois, peur de s’évanouir, Biowá se colle à Guy. Cahin-caha, il finit le mois, comblé d’euros, que Guy lui convertit en CFA collecté sur les réserves des ‘‘frères’’ des pays CFA. Il ne raccompagne pas Biowá pour le retour, l’épouse lettrée ayant reçu les consignes nécessaires pour accueillir son mari à l’aéroport de Cotonou.
​Une semaine plus tard, Biowá et Guy sont au téléphone. ‘‘Fils, je suis ébranlé. J’ai consulté l’oracle. Rien ! Derrière vos portes et escaliers, il n’aperçoit que grisaille. Tes blancs sont très forts, ils sont mauvais, ils pourraient neutraliser mes gris-gris. Déjà, je me sens moi-même dans une espèce de grisaille. Merci pour ton accueil, mais tu ne m’invites plus là-bas. Je t’attends ici comme avant. Je vais me refaire une santé pour continuer à t’aider.’’
​Lui ‘‘dans une espèce de grisaille’’ ? N’était-ce une simple traduction, on lui ferait procès de tirer grisaille de gris-gris. Sur la base de quels méfaits ? Griserie serait tolérable, si soulerie ne se montrait aussitôt en filigrane. Rien donc de bon à tirer du gris-gris béninois ?

www.24haubenin.info ; L'information en temps réel

23 février 2019 par Judicaël ZOHOUN




Pour un Bénin au destin national


25 juillet 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Pour se révéler nation, des peuples dispersés, (...)
Lire la suite

Soixante ans d’indépendance sous le signe du respect


18 juillet 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Il est au Bénin des survivants dahoméens (...)
Lire la suite

George Floyd et nous


20 juin 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Même quand fait rage la guerre et que, de part (...)
Lire la suite

Il nous a été demandé de revoir, revenir sur le...


28 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
Il nous a été demandé de revoir, revenir sur le système d’administration (...)
Lire la suite

Le développement multi qualifié entre discours, applications et quêtes : (...)


25 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
Les théories et discours sur le développement s’enchainent, (...)
Lire la suite

Covid-19 et agroalimentaire au Bénin


25 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​En confinement strict à son domicile, un (...)
Lire la suite

Les migrations, un phénomène de plus en plus dégradant, de moins en moins (...)


21 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
La migration, une donne mondiale considérable et persistante, à (...)
Lire la suite

L’informel dans le Baol ou l’outil de propulsion le plus partagé (...)


19 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
C’est souvent par un parcours de titan déterminé par la conjoncture d’une (...)
Lire la suite

Survol de l’ouvrage interpelant, « l’aventure Ambigüe » de Cheikh Hamidou (...)


18 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
A l’aube africaine, avec comme soubassements des valeurs fondées, (...)
Lire la suite

Mimétisme béninois et régression sociale


12 octobre 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​L’imitation est réfléchie et voulue. Elle peut (...)
Lire la suite

Le récépissé de malheur


24 septembre 2019 par Judicaël ZOHOUN
Ils ont voulu. Ils l’ont obtenu. Mais comment ? Le plus important est (...)
Lire la suite

Mugabe, Hong-Kong, et l’exception béninoise


14 septembre 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​On ne mettra jamais en cause l’héroïcité de (...)
Lire la suite

Pour un Ramadan de Fraternisation des Béninois


11 mai 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Ce qui est dit du Ramadan (30 jours) doit (...)
Lire la suite

L’opposition ou la fabrique du contentieux


1er avril 2019 par Judicaël ZOHOUN
Les tractations, pour la résolution du contentieux électoral, n’ont (...)
Lire la suite

Autopsie du Parlement béninois


23 mars 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​L’opération, on le sait, consiste à disséquer le (...)
Lire la suite

Comme un conte de Noël


29 décembre 2018 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Matthieu, l’unique narrateur de cette épopée, de (...)
Lire la suite

Dona une référence ou une compétence ?


19 novembre 2018 par La Rédaction
L’énergie électrique est déjà disponible au Bénin. Les coupures à longueur (...)
Lire la suite

Patrice Talon, l’oiseau rare


18 novembre 2018 par La Rédaction
Imperturbable. Le chef de l’Etat reste le seul chef d’Etat que le Bénin (...)
Lire la suite


ÉCOUTER FRISSONS RADIO


Derniers articles



Autres vidéos





Les plus populaires