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FIL D'ACTUALITÉ

Croyance en milieu Yoruba

Ni Adam, ni Eve à la création de l’univers




Judicael ZOHOUN

La création de la terre dans la tradition d’Ile-Ife

Selon les yoruba d’Ile-Ife, au commencement n’existaient ni les hommes, ni la terre, ni tout ce qui la peuple. Il n’y avait que l’eau et le ciel. Tout était fluide, c’était le chaos. L’eau, la grande eau, c’est-à-dire la mer, avait son ‘’propriétaire’’, Olokun (Olo = propriétaire, responsable, Okun = mer). Le ciel avait également le sien, Olorun (Olo ou Olu = propriétaire, Orun = ciel). Ainsi étaient réglées les choses jusqu’au jour où Olodumare (Être Suprême) décida de créer de la terre ferme sur l’espace occupé par les eaux. Il fit part de ses intentions à son fils aîné Oricala ou Obatala. Il lui demanda alors d’aller en bas créer la terre.
Pour la réalisation de ce projet, il lui remit avant son départ un sac, le ‘’sac de la création’’ contenant une coquille d’escargot à l’intérieur de laquelle il y avait une matière noirâtre. Dans le sac il y avait aussi une poule ou un pigeon à cinq doigts. Il lui dit : « Descends et fabrique de la terre sur Okun ». Obatala se mit alors en route, appuyé sur sa canne d’étain, (opa osoro) ou canne des cérémonies. Sûr des privilèges que lui confère son droit d’aînesse et du pouvoir qui venait de lui être octroyé, il négligea d’accomplir, contrairement à ses autres frères, certaines obligations et de suivre certaines règles de conduite qui fondent leur communauté.

Le mythe rapporte qu’il refusa, avant d’entreprendre son voyage pour aller créer la terre, de faire certains sacrifices et offrandes à Ecu, Elegba, qui, entre autres fonctions, a celle de garder la porte entre l’‘’au-delà’’ et le monde.
Ecu ne tarda pas à lui faire payer son arrogance. A peine franchi le seuil de l’au-delà, qu’il lui fit éprouver, une soif intense. Oricala fut ainsi amené à étancher sa soif avec le liquide qui avait jailli d’un palmier à huile dont il avait percé l’écorce à l’aide de sa canne. Ce liquide était du vin de palme. Il avait tellement soif qu’il en but exagérément. Il sombra dans un état d’ivresse qui lui fit oublier, sur l’heure, la mission qu’il avait à accomplir.

Le mythe relate par la suite que les autres fils d’Olodumare, les autres Orica peuplant le ‘’ciel’’, prirent le miroir qui permet de voir au-delà des frontières de leur espace. Ils aperçurent alors Grand Orica, Obatala, totalement endormi. Ils se rendirent compte qu’il ne pourrait plus, à cette allure, réaliser ce dont Olodumare l’avait chargé.
Odudua, frère cadet d’Oricala et en même temps son plus grand rival, entreprit alors de descendre jusqu’à lui et parvint à lui subtiliser le sac de la création. Il retourna alors auprès d’Olodumare, le lui montra, lui rapportant dans quel état était tombé Oricala. Comme il l’espérait, Olodumare lui demanda d’aller réaliser à la place d’Oricala, l’œuvre de la création. Odudua descendit donc, sur l’ordre d’Olodumre. Mais avant son départ, il prit soin, contrairement à Obatala, de faire les sacrifices et offrandes à Ecu. Cette disposition préalable lui permit d’atteindre son objectif. Il sorti du sac la coquille contenant la matière noirâtre (la terre meuble), la déposa sur la surface des eaux. A l’endroit précis où il répandit la terre, il posa la poule à cinq doigts, qui se mit aussitôt à l’éparpiller dans toutes les directions. La terre ferme fut ainsi créée. Le monde fut créé.

Ile-Ife, le Centre du Monde

Le mythe poursuit : après que prit forme la terre ferme, que la poule repoussa les eaux, Odudua retourna auprès d’Olodumare pour lui rendre compte de sa mission. Olodumare envoya le caméléon pour aller constater l’état de l’œuvre accomplie. Le caméléon revint et dit : « l’espace créé est grand, vaste. » Olodumare, rassuré, entreprit de peupler le nouvel espace qu’il appela Ife, qui signifie à la fois amour et volonté. Cette première ville était une île (ilaodo ;
ila : faire séparer, Odo : cours d’eau).
Sur cette île, erraient les premiers hommes, qui ne savaient pas ce qu’ils devaient faire. Après un temps assez long, Olodumare quitta son domaine et s’installa au milieu de l’île. Avec lui vinrent les orica, ses fils. Olodumare dit : « Ecu, assieds-toi derrière moi. Ogu, mets-toi à ma droite. Obatala, assieds-toi à ma gauche. Vous, les autres orica, mettez-vous autour de moi’’. Olodumare appela les hommes et leurs ‘’chefs’’ et leur dit : « vous voyez ce qui se passe ici… Maintenant, faites bien attention. La ville s’appellera désormais Ife. La colline sur laquelle je suis assis portera trois palmiers. Mieux que partout ailleurs, les babalawo (père du secret, devins) pourront ici connaître les ‘’odu’’ (signes géomantiques). Seize dieux sont venus avec moi. Ils auront des enfants et ils habiteront autour de vous. Ainsi, Ife sera abondamment peuplée.
Toi, Odudua, tu resteras et règneras à la tête de tout le groupe. Tu seras l’Oni d’Ife (propriétaire d’Ife) et tu enseigneras aux différents Alafin (propriétaire des palais) la volonté des orica. C’est à toi que revient la charge seconde, celle d’organiser la vie socio-politique des hommes. Je te fais Roi. Je me retire des affaires sociales, mais je laisse à tes côtés, pour te prodiguer des conseils et te donner la lumière des connaissances, Orunmila. Consulte-le pour toutes les affaires ».
Olodumare se retira alors dans son ‘’univers’’, laissant la charge à Odudua de diriger les affaires sociales et humaines. Orunmila lui, devra apporter aux hommes les enseignements qu’il leur faut, servant ainsi d’intermédiaire entre le monde invisible des dieux et le monde sensible des hommes.

Pouvoir et secret initiatique

Le mythe ci-dessus explique en lui même la vie socio-politique en milieu Yoruba. La lutte pour le pouvoir. Le conflit entre les aînés et les cadets ainsi que les éléments de gestion des crises sociales y sont contenus
Dans l’esprit du mythe de la création de la terre en milieu Yoruba, on constate que divination (Fâ Orunmila) et le pouvoir sont indissociables. La connaissance du Fâ constitue non seulement un pouvoir mais aussi un élément important et nécessaire du pouvoir politique.
Pour pouvoir gouverner, il faut être en mesure de donner une explication à tout ce qui survient dans la vie de l’homme. Tout pouvoir est précédé d’un minimum de connaissances et d’un savoir fondamental : saisir les lois et principes fondamentaux de l’univers et être en mesure de les manipuler.
Dans cette structuration du pouvoir dans nos sociétés, on comprend alors le rôle des Babalawo ( prêtre Fâ) grand détenteur du savoir à l’instar des conseillers dans les Présidences .

Mythe de la création dans la tradition d’Oyo

 Dans la variante du mythe de la création chez les Oyo, les séquences présentent Oranniyan comme le premier responsable à qui revint la création de la terre.
 « Au commencement de la terre n’existait pas. En haut, était le ciel ; en bas était l’eau et aucun être n’animait le ciel, n’animait l’eau. Or, le Tout-Puissant Olodumare, le Maître et le Père de toutes choses, créa d’abord sept princes couronnés. Il créa ensuite sept sacs dans lesquels il y avait des cauris, des perles, des étoffes et autres richesses. Il créa une poule et vingt et une barres de fer. Il créa aussi une étoffe noire, un paquet volumineux dont on ne voyait pas la nature. Il créa enfin une très longue chaîne de fer à laquelle il attacha les trésors et les sept princes. Puis il laissa tomber le tout du haut du ciel.
A la limite du vide, il n’y avait que de l’eau. Olodumare, du haut de sa demeure divine, lança une noix de palme qui tomba dans l’eau. Aussitôt, un gigantesque palmier s’éleva jusqu’aux princes, leur offrant l’abri vaste et sûr de ses branches.
Les princes s’y réfugièrent et s’y installèrent avec leurs bagages. Ils étaient tous princes couronnés et, par conséquent, voulaient tous commander ; ils résolurent de se séparer. Les noms de ces sept princes étaient : Olowu qui devint roi des Egba, Onicabe qui devint roi de Cabe, Orangun qui devint roi d’Ila, Oni qui devint roi d’Ife, Ajero qui devint roi d’Ijero, Alaketu qui devint roi de Ketu, et le dernier créé, le plus jeune, Oraniyan qui devint roi d’Oyo. Avant de se séparer pour suivre leur destinée, les princes décidèrent de se partager la somme des trésors et des provisions que le Tout-Puissant leur avait donnés. Les six plus âgés prirent les cauris, les perles, les étoffes et tout ce qu’ils jugèrent précieux ou bon à manger. Ils laissèrent au plus jeunele paquet d’étoffe noire, les vingt et une barres de fer et la poule.

 Les six partirent à la découverte dans les branches du palmier. Lorsque Oraniyan fut seul, il eut désir de voir ce qui se trouvait dans le paquet d’étoffe noir. Il l’ouvrit et y vit un tas de matière noirâtre qu’il ne connaissait pas. Il secoua l’étoffe : la matière noire tomba sur l’eau, ne s’y perdit point et
devint un monticule. La poule s’envola pour aller s’y poser. Elle se mit alors
à gratter cette matière noire qui s’éparpilla au loin sous son effort. Et le
monticule s’élargit et prit la place de l’eau. Et voilà comment naquit la
Terre.

Oraniyan se hâta de descendre sur le domaine ainsi produit par la matière noire et il prit possession de la Terre. Les six autres princes descendirent à leur tour du palmier et ils voulurent la prendre à Oraniyan comme ils lui avaient déjà pris dans le palmier sa part de cauris, sa part de perles, sa part d’étoffes et sa part de nourriture. Mais Oraniyan avait des armes. Ses vingt et une barres de fer s’étaient transformées en lances, en javelots, en haches et de la main droite, il brandissait une longue épée. Il leur dit : ‘’Cette Terre est à moi seul. Là-haut, lorsque
vous m’avez volé, vous ne m’avez laissé que cette terre et ce fer. La terre a
grandi, mais le fer aussi a grandi, il me servira pour la défendre. Je vais
vous tuer tous. Les six princes crièrent grâce. Ils rampèrent aux pieds
d’Oraniyan en le suppliant. Ils le prièrent de leur céder une partie de la
terre, pour qu’ils puissent y vivre, qu’ils puissent y demeurer princes.

Oraniyan leur fit grâce de la vie et leur donna de la terre. Il exigea seulement cette condition : ces princes et leurs descendants demeureraient toujours ses inférieurs à lui et à ses descendants ; chaque année, ils devraient venir rendre hommage et payer le tribut dans la ville capitale, afin de montrer et de rappeler qu’ils avaient
reçu par grâce et la vie et leur part de terre. Voilà comment Oraniyan devint
roi d’Oyo et souverain de tous le pays yoruba, c’est-à-dire de toute la terre ».

L’expansion politique

Prélude à la destinée militaire, les 21 barres de fer renvoient à la nécessité de la création de nouvelles entités politiques, disons à la conquête d’autres espaces.

La terre, la richesse et le pouvoir

Le développement de ces entités politiques dépend des possibilités économiques. Le signe visuel de cette richesse des royaumes yoruba est la couronne des princes dite Ade ilke, couronne de perles. Il reste cependant que la véritable richesse est la terre.
Oraniyan, devenu propriétaire de la terre, verra venir à lui un nombre de richesses : cauris, perles, étoffes, etc… Cette création de la terre par Oraniyan renvoie aux rapports entre les gens de pouvoir et les gens de la terre, justifiant à des moments donnés l’assimilation des gens de la terre, à l’exercice du pouvoir puisque l’exercice effectif du pouvoir passe pour un réel contrôle de la terre.

En réalité, la lecture de ce mythe situe dans une perspective évolutive du pouvoir yoruba. Elle en révèle la dimension ‘’concrète’’.

Oraniyan marque une rupture dans la conception du pouvoir, il lui donne son caractère guerrier. Bien que le pouvoir publique des yoruba se soit consolidé et développé à partir d’Oyo, il n’en demeure pas moins que cette ville entretient des rapports, frisant même la dépendance vis-à-vis d’Ile-Ife. En effet, Ife revendique la prépondérance sur Oyo. C’est à Ife que l’on conserve jalousement le sable d’Oraniyan que les rois d’Oyo doivent tenir en main le jour de leur intronisation. Et on peut voir encore aujourd’hui à Ile-Ife un grand monolithe, l’Opa d’Oraniyan, son bâton de commandement à la guerre avec une grande dalle de pierre, acaOraniyan, le bouclier d’Oraniyan.

Au nombre des variantes du mythe de la cosmogonie, il faut signaler celle qui a cours dans le monde Idaaca. Les thèmes restent les mêmes, seul un des trois responsables cosmiques est remplacé par une autre figure du panthéon religieux global. Ainsi, à Idaaca, au lieu que ce soit Odudua ou Oraniyan qu’on rende responsable de l’œuvre de la création de la terre, on fait jouer ce rôle par la déesse Nana Bukuu. Ce qui n’est pas sans signification.

A Ile-Ife, Oyo (Nigéria) ou au Bénin

chez les Idaaca, Obatala ou Oricanla et Orunmila (Ifa) sont constamment cités.
La présence de ces deux figures peut s’expliquer pour le premier, par le fait
qu’ayant échoué dans l’entreprise de la création de la terre, Olodumare le
chargea de modeler les corps humains ; ce qui signifie en clair que, la
terre ayant été créée, c’est à Oricanla qu’incombe son peuplement ; pour
le deuxième, par le fait qu’il se présente comme le dispensateur de savoir, de
connaissances.

Les variantes prennent du ses dès qu’il s’agit de reconnaître et de légitimer la dimension socio-politique de la terre. Mais il ne faut pas perdre de vue les évidentes influences qu’impose l’histoire concrète des peuples. L’important ici, est de montrer les termes dans lesquels s’expriment les stratégies d’appropriation de l’espace que ce soit à travers les mythes ou à travers d’autres formes telles que les légendes.

Légende

Aux Mamahun, représentant la population aborigène de Igbo-Idaaca19 vinrent s’ajouter les Ijehun. Les premiers, selon les sources orales, prétendent sortir du flanc de la colline Oke Agbonu à Muja. Quant aux Ijehun, ils se disent d’origine yoruba et plus précisément d’Oyo au Nigéria. Le pays demeure alors sous l’autorité d’un chef, le Chef des Ijehun. Mais ceux-ci seront bientôt supplantés par des vagues Egba, arrivés dans le pays, bien après les Ijehun. Avec les Agba, le pays s’organise
et se structure en royaume avec à sa tête, un Oba, un Roi. La tradition orale
veut qu’un roi Egba, dont on ne garde plus le souvenir, laisse à sa mort, trois
fils de sa première femme et un fils (le plus jeune) de la seconde. A l’aîné de la première femme, il destine le trône. Mais le plus jeune les devins. Les signes d’Ifa qui devraient consacrer l’aîné en confirmant son droit de succession au trône furent truqués. 

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