mercredi, 16 octobre 2019 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Mugabe, Hong-Kong, et l’exception béninoise




(Par Roger Gbégnonvi)

​On ne mettra jamais en cause l’héroïcité de Robert Mugabe au temps de la Rhodésie. Il libéra le Zimbabwe et son peuple. Et il s’en proclama, sans le dire, le propriétaire. A l’instar de Félix Houphouët-Boigny, père de l’indépendance ivoirienne et, sans le dire, propriétaire du pays et des Ivoiriens jusqu’à sa mort, comme il convient. Car il sied à tout bon autocrate nègre de s’agripper au pouvoir jusqu’à s’y effondrer - mort. Bravo ! Hélas pour lui, Mugabe n’arriva pas jusqu’à ce bravo sur le gâteau. S’étant aperçus que le propriétaire allait offrir le Zimbabwe et ses habitants en héritage aux Mugabe, ses vieux compagnons le prièrent, avec force respect, de lâcher prise. De mauvais gré, il lâcha prise et s’en alla mourir à Hong-Kong.
​ Car en Afrique, Chef ou membre de l’Exécutif, vous allez mourir partout ailleurs, sauf en Afrique. Car, propriétaire et acolyte du propriétaire, vous avez accaparé tant d’or et de diamant qu’aucun des hôpitaux que vous avez créés n’est digne d’abriter les microbes de votre corps repu et fatigué. Mais votre cadavre revient s’ensevelir en terre africaine sinistrée par vos soins. Car Américains, Asiatiques, Européens, n’ont que faire du Nègre vivant. Alors le Nègre cadavre ? Beuh ! Qui honorerait Senghor cadavre à Verson (France), Sékou Touré à Cleveland, Bongo à Barcelone ? Personne ! D’où nécessité de ramener à la maison les cadavres des propriétaires des nations africaines. Ils ont beau l’avoir appauvrie à leur profit et au profit des pays où ils s’en vont mourir, l’Afrique reste utile pour accueillir la dépouille des autocrates qui l’ont jugée indigne de leur corps repu et fatigué. Elle accueille leur dépouille sur fond de youyous hurlés par la foule efflanquée, mais forcée de saluer l’autocrate cadavre décrété - cerise sur le gâteau - héros national, non pour avoir tout illuminé mais pour avoir tout accaparé. Seuls échappent à ce sacre final ceux dont la fin de règne a été précipitée et brutale : Idi Amin Dada, Samuel Doe, Mobutu, Omar el Béchir, etc. Mais il est des cadavres exilés puis ramenés pour des sacres de rattrapage : N’Kruma, défunté à Bucarest, Bokassa, sinistre faucon. Un jour le tour de Mobutu, féroce léopard ?
​Revenons à Mugabe qui fut tantôt faucon, tantôt léopard (les Zimbabwéens n’ont pas vu la différence) pour garder la main sur le Zimbabwe sinistré par ses soins. S’il s’avère qu’il était auprès de sa fille partie à Hong-Kong pour ses études supérieures, cela confirmera ce que pensent ‘‘les Chinois cultivés’’, savoir que, lorsque vous avez été autocrate nègre à des sommets himalayens, vous ne créez aucun établissement d’enseignement supérieur digne du génie de vos filles et garçons, que vous envoyez s’éclater dans les universités de France et de Navarre, à Oxford et à Harvard. Les lycées de banlieue et de puces, que vous avez créés et appelez universités, et où vos enfants n’étudieront jamais, rejoignent ainsi les hôpitaux-mouroirs que vous avez créés, et où vos enfants et vous ne vous ferez jamais soigner.
​Revenons à la mort des autocrates nègres, sujet préoccupant à cause de Mugabe défunté à Hong-Kong et non à Harare. Revenons-y pour faire observer une exception : sauf celui que la mort a surpris à Dakar où il passait des vacances en famille, les anciens présidents du Dahomey-Bénin (tous anciens pour que vive l’alternance) ont choisi de mourir chez soi. Curieux. Mais les Béninois n’en sont pas à une exception près. Ils seraient capables, nonobstant titres et grades ronflants, de considérer que l’honneur ultime consiste à mourir chez soi. A 80 ans et affaibli, Mgr Lucien Monsi Agboka, évêque émérite d’Abomey, se vit proposer d’aller se faire soigner hors du Bénin. Du fond de son lit, il répondit avec un grand calme : « Quoi donc ! Je ne mourrai jamais ? Laissez-moi mourir ici ! » Et il mourut « ici ».
​Audaces et exceptions béninoises. Et les dirigeants béninois disent qu’il y a bonheur à « Vivre entre ses parents le reste de son âge » et à mourir entre leurs mains. En Afrique !

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