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FIL D'ACTUALITÉ

Mimétisme béninois et régression sociale




(Par Roger Gbégnonvi)

​L’imitation est réfléchie et voulue. Elle peut améliorer ou dégrader son modèle. Il en va tout autrement du mimétisme qui renvoie plutôt à l’animal. Mécanique et irréfléchi, il caricature et dégrade le modèle, tire vers le bas, déclenche un rire grimaçant. Pratiqué consciemment ou non par tout un peuple, il entraîne la régression sociale. C’est le cas au Bénin. Il est urgent que les Béninois le sachent pour corriger le tir en vue de l’indispensable remontée. Pour ne prendre que trois exemples, le mimétisme béninois est flagrant et de plus en plus affligeant en matière de procréation, de culte des dieux, et de culte des morts.
​Pour coller à l’idée que « la progéniture est tout bénéfice », on fait des enfants à tire-larigot sans se préoccuper des soins à leur apporter. On refuse de situer dans le temps et dans l’espace l’option pour une progéniture nombreuse. Au village il y a cent ans. Deux à trois cents personnes vivent de la terre cultivée et du gibier traqué. Soignent les maladies ordinaires avec les plantes et les potions que prépare le guérisseur. Meurent avant 60 ans. Hors de ce temps et de ce lieu, nos enfants ne sont pas ‘‘tout bénéfice’’ mais grains semés à soigner pour qu’ils produisent les beaux arbres escomptés. Hors de ce temps et de ce lieu, le sens de l’adage ancestral est inversé. Il faut le savoir et procréer à la mesure de nos moyens.
​Pour coller à l’idée que « les morts ne sont pas morts » et que le trépas leur confère une puissance dont ils peuvent se servir à des fins de nuisance sur les vivants, on s’assure leur faveur par des rites funéraires devenus, au fil du temps, un festin sur plusieurs jours pendant lesquels parents et amis boivent et mangent. L’argent à investir peut imposer de brader dans l’urgence une maison héritée ou un terrain à bâtir. Attendant la fête, le cadavre gît au frais à la morgue. Plaisir des morts ou des vivants ? Culte des morts ou de la mort ?
​Pour coller à l’idée que « est vaudou ce que l’homme déclare vaudou », on crée les dieux pêle-mêle, on en importe du Togo et du Ghana, on s’abonne à deux ou trois Eglises chrétiennes, venues en foule du Nigeria après avoir été fabriquées aux USA. Or, loin de garantir le salut de l’âme, les dieux en vrac illustrent plutôt l’errance inquiète de l’homme.
​Multiplicité est le mot-clé des trois exemples. Non pas qualité mais quantité. Non pas mieux mais plus. Plus d’enfants pour plus de bénéfice, plus de vaudous pour plus de protection, plus à manger et à boire aux obsèques du parent pour plus de gloriole. Sur cet ego assoiffé pullulaient les partis politiques. La course échevelée à la quantité attise l’envie, la jalousie et la haine, les trois piliers hideux, mais solides, de la béninoiserie triomphante.
​On définit la béninoiserie comme l’art béninois et sournois de cultiver et de répandre la méchanceté. La Béninoiserie-méchanceté nourrit au Bénin la régression sociale. Et comme un art comporte toujours du subtil et de l’impondérable, certains Béninois s’appuient sur ce flou pour railler le concept de béninoiserie au motif qu’on n’a pas le droit d’identifier tout un peuple par ses seuls mauvais penchants. Ils ont raison. Mais on voudrait qu’ils démontrent que la balance béninoise penche du côté des bons penchants et non du côté des mauvais. Ceux qui prêtent au concept de la béninoiserie le visage détestable du mimétisme animal suggèrent le long chemin que doit parcourir le Bénin pour « produire de son intimité close la succulence des fruits », comme l’a dit Aimé Césaire, avant de poser à cet élan la condition radicale : « Le matériau humain lui-même est à refondre ». Plus tard, il énonça que : « Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. » Comme en écho au christique « La vérité vous rendra libres. »
​Si le Bénin ouvre les yeux à ses problèmes les plus cruciaux et regarde en face ‘‘la vérité, l’âpre vérité’’, il entamera la remontée, il entamera la fin de la régression sociale.

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12 octobre 2019 par Judicaël ZOHOUN




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