lundi, 6 juillet 2020 •

226 visiteurs en ce moment


 
 

 
 
 
 
FIL D'ACTUALITÉ

Comment redonner une âme à l’Ecole au Bénin




(Par Roger Gbégnonvi)

​La rentrée des classes s’est faite sans grève installée ni annoncée. Il est vrai qu’avec les nouvelles dispositions, les grévistes professionnels doivent apprendre à répartir dix jours de grève autorisés sur neuf mois d’année scolaire. Mais cette mesure suffira-t-elle à enrayer la chute sans parachute de l’Ecole au Bénin, à redonner une âme à L’Ecole au Bénin ?
​La cause de cette chute est la désaffection des enseignants pour leur métier. Les grèves à l’envi au mépris de l’avenir des apprenants, le chapardage du riz à eux destiné, la violence sur écolières aux charmes innocents, etc., ne sont que l’expression infiniment triste de notre Ecole sans honneur et en perte d’âme. La cause de la désaffection elle-même est la fonctionnarisation outrancière du métier d’enseignant. En 1948, Emmanuel Mounier avait mis le doigt sur la plaie : ‘‘Le Dahomey est le quartier latin de l’Afrique…’’ On convient aujourd’hui qu’il faisait l’éloge de notre aptitude à servir ‘‘la mission civilisatrice’’, à nous en faire, notamment comme enseignants, les bons commis chez nous et en Afrique Occidentale Française. Le fonctionnaire indigène de l’Etat colonial est docile, ne prend pas d’initiative, attend qu’on lui donne les ordres à exécuter, ce qui lui vaut son salaire mensuel avec une régularité de métronome et, de temps en temps, des primes estimables dans une économie où l’inflation est rare et la croissance constante. Il a même expérimenté qu’en feignant et en travaillant le moins possible, son patron blanc ne s’en aperçoit guère et continue de lui payer les mêmes salaires et les mêmes primes. Ô farniente ! Ô douceur d’une paresse bien payée !
​L’indépendance en 1960 hérita de ce fonctionnaire-là. Douze ans ne l’ont pas éloigné de sa conception réductrice du travail. En 1972, le Gouvernement Militaire Révolutionnaire le trouva donc égal à lui-même, ou pire. Habitué à l’ordre des casernes et choqué par ‘’le bordel’’ au sein de son administration, le chef du GMR baptisa ‘‘intellectuels tarés’’ tous les grands et petits commis, prompts à hurler révolution juste pour les postes et les avantages. Malgré leurs diplômes acquis parfois dans les universités de France et de Navarre, les dahoméens devenus béninois seront demeurés consommateurs de tout, créateurs de rien, gens abandonnant à tout moment le travail pour revendiquer primes, avancements, et tutti quanti. Habitué à la dynamique des affaires et ayant souffert, comme ‘‘roi du coton’’, de la léthargie de l’administration béninoise, un successeur du ci-devant chef du GMR était à Paris en 2016 pour plaider qu’on l’aide à sauver le Bénin devenu ‘‘un désert de compétences’’. Car il est logique que le fonctionnaire qui fuit le travail et singe le Quartier-Latin se soit détérioré en ‘‘intellectuel taré’’ pour générer le ‘‘désert de compétences’’. L’échec éclatant de nos réformes scolaires (sauf Grossetête-Dossou-Yovo) parle de la noirceur de la tare et de l’aridité du désert. Aucune réforme scolaire ne portera les fruits escomptés sans un retournement de mentalité de l’enseignant béninois. Donner la science aux générations montantes du Bénin, voilà son métier qui ne s’apparente à aucun autre puisqu’il est le fondement de tous les autres. L’enseignant est toujours sur la brèche, il est le veilleur infatigable. Comment dois-je conduire mon enseignement pour que mes apprenants le comprennent ? Pourquoi ne l’ont-ils pas compris puisque sont mauvaises les notes du contrôle qui s’en est suivi ? Comment vais-je m’y reprendre pour qu’ils le comprennent ? Etc. La noblesse de cette inquiétude de tous les instants n’est commensurable à aucun Salaire.
​Or ‘‘l’ouvrier a droit à son salaire’’. Et l’enseignant béninois a droit au sien. Mais le sien n’est pas destiné à lui permettre d’enrichir la Suisse. Sa fortune, c’est la science qu’il a, qu’il partage, et qui est inépuisable. Sa fortune, c’est le ‘‘supplément d’âme’’ qu’il insuffle à ses apprenants, à l’Ecole au Bénin, pour le progrès de l’homme au Bénin.

www.24haubenin.info ; L'information en temps réel

22 septembre 2018 par Judicaël ZOHOUN




George Floyd et nous


20 juin 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Même quand fait rage la guerre et que, de part (...)
Lire la suite

Née bonniche pour mourir bonniche


13 juin 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Han, Pépé ! Moi je vous demande un peu d’aide (...)
Lire la suite

Confinement et Refondation


9 mai 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Entre 1914 et 1918, puis entre 1939 et 1945, on (...)
Lire la suite

Covid-19 et agroalimentaire au Bénin


25 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​En confinement strict à son domicile, un (...)
Lire la suite

Regarder en face le covid-19


11 avril 2020 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Oui, dévisager le covid-19 bien qu’il n’ait pas (...)
Lire la suite

A la poursuite d’un disparu Non, Kourouma : Allah s’est auto-obligé…


24 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
Dans la lancée de ses œuvres : le soleil des indépendances, en attendant (...)
Lire la suite

Survol de l’ouvrage interpelant, « l’aventure Ambigüe » de Cheikh Hamidou (...)


18 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
A l’aube africaine, avec comme soubassements des valeurs fondées, (...)
Lire la suite

Une relecture rétrospective et prospective de la littérature (...)


17 mars 2020 par Judicaël ZOHOUN
La lecture est demeurée un des passe-temps, occupations les plus (...)
Lire la suite

Le matériau humain africain est-il à refondre ?


23 novembre 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​L’on aura reconnu la préconisation d’Aimé Césaire (...)
Lire la suite

Mugabe, Hong-Kong, et l’exception béninoise


14 septembre 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​On ne mettra jamais en cause l’héroïcité de (...)
Lire la suite

A la Lumière des Ecureuils de la Victoire


13 juillet 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Il n’y a jamais de miracle. Et il n’y en eut (...)
Lire la suite

La leçon des Ecureuils au Bénin


11 juillet 2019 par Judicaël ZOHOUN
La joie des Ecureuils, l’euphorie de tout un peuple Les Ecureuils, (...)
Lire la suite

Autopsie du Parlement béninois


23 mars 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​L’opération, on le sait, consiste à disséquer le (...)
Lire la suite

Grisaille autour du gris-gris béninois à Paris


23 février 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Biowá Nàglókú, dans son village Sêxwidé, est depuis (...)
Lire la suite

Légende béninoise du panier de la ménagère


16 février 2019 par Judicaël ZOHOUN
(Par Roger Gbégnonvi) ​Sous couvert dudit panier, il s’agit de la (...)
Lire la suite

Dona une référence ou une compétence ?


19 novembre 2018 par La Rédaction
L’énergie électrique est déjà disponible au Bénin. Les coupures à longueur (...)
Lire la suite

Patrice Talon, l’oiseau rare


18 novembre 2018 par La Rédaction
Imperturbable. Le chef de l’Etat reste le seul chef d’Etat que le Bénin (...)
Lire la suite

A coups de…Talon !


15 novembre 2018 par Judicaël ZOHOUN
Le « Bénin révélé » de Patrice Talon, est un Bénin qui se donne pour (...)
Lire la suite


ÉCOUTER FRISSONS RADIO


Derniers articles



Autres vidéos





Les plus populaires