mercredi, 18 juillet 2018 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Cette passion africaine qui s’ignore




(Par Roger Gbégnonvi)

​Passion au sens de souffrance. Mais si elle s’ignore, si elle n’est pas ressentie comme telle, en est-elle encore une ? Oui, puisque, parfois, à telle occasion, dans telle cité, certains la perçoivent comme telle, et s’en attristent. Elle est souffrance véritable. Souffrance intime.
​La cité. Dans le Bénin méridional. Tous les week-ends, sans exception, on y célèbre, avec faste, les morts nouveaux, on y commémore, avec faste, les morts anciens. La mort et les morts à l’honneur. La bamboula mortuaire sur fond de camions frigorifiques et de glacières, pansus. Sur fond aussi, toujours, de sorcellerie silencieuse. Personne ne sait vraiment définir la sorcellerie, mais tous savent qu’on la sollicite pour se débarrasser de tout adversaire actuel et futur ainsi que pour envoyer hors-vie les imprudents qui voudraient faire bouger l’ordre ancestral, statique et analphabète des choses. La sorcellerie a du bon car elle fournit sans cesse la matière des week-ends festifs de la cité esclavagiste et mariale.
​L’occasion. Octobre 2017. Rentrée scolaire. Un collège de la cité ci-dessus, démuni de tout, réceptionne un module de quatre classes, offert par une ONG européenne, érigé à côté d’un autre module, tout neuf aussi, proclamé ‘‘Don du peuple japonais’’. Les notables, avec ou sans mandat électif, sont là, en rang d’oignons. Tenue d’apparat et sourire de satisfaction accroché au visage, ils apportent de la noblesse à l’accueil du fruit de la mendicité. Il y a 60 ans, le pays remerciait le colonisateur de lui avoir donné écoles et collèges pour que ses enfants étudient. Il y a 57 ans, il remerciait la France de lui avoir donné l’indépendance. Aujourd’hui, la cité Porte Océane remercie une ONG de France d’avoir muni l’un de ses collèges de classes et de meubles pour que ses enfants étudient. S’ensuit la fête habituelle : djellabas brodées, cravates soignées, tam-tam, chants et danse. Ce sont ‘‘gens bon-enfant’’.
​Et ce n’est pas médire que de le dire. Paul Hazoumê, en 1935, dans ‘‘Doguicimi’’, ne médisait point lorsqu’il insistait sur son ‘‘souci de donner l’image exacte de cette peuplade, qui ne constitue qu’une des parties du Dahomey actuel, pour qui la vie, c’est la palabre, la guerre et la fête, et qui fait de la nonchalance et de l’impassibilité la marque de la noblesse’’. Il parlait d’Abomey dont la Porte Océane était le port négrier. Il a dit impassibilité. Rien ne nous troublerait vraiment ? Aimé Césaire, en 1964, le pense : ‘‘Le piège est prêt, le cri de nos persécuteurs nous cerne les talons, et mon peuple danse.’’ Dans ‘‘La tragédie du roi Christophe’’, le poète veut l’élévation des peuples d’Afrique qui se sont abaissés à vendre les leurs dont ses ancêtres. Il veut la fin de ce destin-reptile, il veut que nous en sortions par de l’authentique : ‘‘Oui, je ne hais rien tant que l’imitation servile…S’il faut élever ce peuple à la civilisation, il faut aussi laisser parler le génie national.’’ Il nous prête trop de vertu. Notre génie national n’est jamais que notre malin génie de l’imitation servile. Imitation très servile hier de l’Européen esclavagiste ! Aujourd’hui, sans pudeur et depuis des décennies, les plus révolutionnaires des Béninois tiennent mordicus á une idéologie allemande du XIXème siècle, conçue là-bas pour l’émancipation des ouvriers européens. En son nom, ils ont boycotté La Conférence des Forces vives de la Nation. En son nom, ils réclament maintenant la tenue des Etats généraux ou Assises Nationales. Pour qu’on palabre et palabre encore ! a dit Hazoumê.
​On peut arriver à bout de la maladie la plus grave si l’on sait qu’on la porte en soi et qu’on la soigne. La passion africaine est une maladie peut-être incurable parce que nous l’ignorons, l’entourons constamment d’une ambiance bien africaine dite ambiance bon-enfant. La passion africaine ne tuera pas l’Afrique, mais la maintiendra en crise permanente pour en faire la risée permanente de l’aumône internationale. Nous devons cesser d’ignorer notre souffrance et nous atteler à la création d’un génie national authentique et positif.

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