mercredi, 19 septembre 2018 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Mémoire du chaudron 77




Le meeting de Bantè fut intense. En ce lundi, quatrième jour de campagne électorale officielle pour l’élection présidentielle de 2006, la liste des intervenants qui précédèrent la prise de parole du candidat me sembla interminable. Une vue de mon esprit que justifiait, sans doute, le long chemin qui nous restait à parcourir. Quand, finalement, le candidat prit la parole et qu’à ses premiers mots, une immense clameur s’éleva de la foule compacte et bigarrée, je me glissai doucement jusqu’à la voiture que j’occupais.

On finit vite par adopter ce type de réflexe après avoir suivi pendant deux ou trois jours, un candidat dans une tournée électorale de cette envergure. Car, on finit, à force d’écouter les mêmes éléments de langage, par éprouver de la lassitude. J’avais donc déjà la tête ailleurs. Je pensais déjà au meeting suivant, celui de Bassila.

Mais, à la fin du meeting, nous nous dirigeâmes vers une demeure qui, vue son envergure, devrait appartenir à une notabilité du coin. Je sus très vite que nous étions chez Grégoire Laourou. Yayi tenait certainement à l’honorer de cette visite ostentatoire, après le faux bond de la veille où il était prévu que nous passions la nuit à Bantè. Yayi connaissait la vertu de ces gestes dont la vraie cible est bien souvent moins le bénéficiaire visible que le public témoin.

Grégoire Laourou n’était pas le leader politique en vue dans la région de Bantè. Mais, si Yayi jugea utile de le ménager et même de le caresser autant dans le sens du poil, c’est bien parce que son passage au gouvernement du général Mathieu Kérékou en tant que ministre des finances, l’avait recouvert d’un prestige certain au milieu des siens. Mais, aussi et surtout parce qu’il fut bien souvent le financier des descentes régulières que Nicaise Fagnon et d’autres personnes effectuaient dans les collines, pendant qu’il était encore en poste.

Son jeune neveu à peine trentenaire, Komi Koutché, dont il fit son _"attaché de cabinet"_ servait de courroie de transmission de ces _"enveloppes politiques"_ à Nicaise Fagnon et consorts. C’est là d’ailleurs l’origine de la relation entre Nicaise Fagnon et Komi Koutché qui était un passage obligé pour voir Grégoire Laourou. Car, il exerçait déjà beaucoup de pouvoir pour un modeste statut _"d’attaché de cabinet"_.
Et cela allait de soi. Le ministre était son oncle maternel, et au cabinet du ministre, ce népotisme assumé faisait un grand effet.

C’est sous le modeste prisme de cette relation avec Nicaise Fagnon qui faisait déjà de l’activisme politique dans les collines qu’il convient de voir la participation du jeune ressortissant ilozi de Atokolibe, non loin de Gouka, à la mobilisation politique qui porta au pouvoir en 2006, Yayi Boni, cet _"intrus qui connaissait la maison"_. Vouloir en faire une participation héroïque alors que l’essentiel des acteurs de cette page de notre histoire politique est encore vivant, relève d’une audacieuse tentative de réécriture stalinienne de l’histoire.

Juste avant son départ du ministère des finances, Grégoire Laourou redéploya son jeune neveu dans un projet de micro finance, conduit par la Banque Africaine de Développement, BAD. Quant à l’avenir immédiat de Grégoire Laourou, il était sans doute fait d’incertitude, malgré la promesse que lui faisait le candidat Yayi de le proposer à la nomination au poste de président de la BOAD si lui-même gagnait son pari d’être élu président de la République. À son avènement, le tout nouveau président érigea le secteur des micro crédits en un ministère délégué dont il confia le portefeuille à Sakinath Sidi Alpha Orou.

Ce fut donc dans ce ministère que se retrouva naturellement le jeune ancien attaché de cabinet de Grégoire Laourou qui, en ce moment là, faisait un passage à vide. Toujours sous les ailes de Nicaise Fagnon qui devint rapidement très puissant Directeur Général de la Sonapra, Komi Koutché acquis de l’influence dans le ministère et des relations de méfiance s’installèrent entre lui et son ministre qui le soupçonnait de vouloir l’évincer pour occuper son poste. C’est qu’à l’époque, un fameux _"Creuset des jeunes cadres nagots"_, monté par Nicaise Fagnon, exerçait une grande influence sur Yayi et la pauvre Sakinath Sidi Alpha Orou n’avait pas le sommeil tranquille avec son jeune collaborateur Komi Koutché dont elle savait l’allégeance à ce creuset aux élans suprématistes nagots.

On savait par les relations très étroites entre le président dudit creuset, Nicaise Fagnon, avec Désiré Kotchoni, l’influent neveu et majordome du président Yayi et qui savait, entre versets bibliques et observations douteuses, brider ou aiguillonner son présidentiel oncle. Tous les éléments de pression étaient réunis et le DG/Sonapra parraina l’ascension de beaucoup de jeunes des collines et du septentrion sous le régime naissant du changement.

Sakinath Sidi Alpha Orou finit par faire place nette. Mais, son poste ne revint pas à Komi Koutché, comme elle le subodorait. Elle fut plutôt remplacée par Reckya Madougou qui, bien qu’étant originaire de Parakou comme sa prédécesseure à ce poste, était surtout la nièce de Nicaise Fagnon.

Entre-temps, à la création du Fonds national de micro finance, FNM, Komi Koutché y fut redéployé, avec une grande partie du personnel de la Direction de la promotion des microcrédits qu’il occupait. C’est d’ailleurs là, dans un bureau presque nu, que je fis ma première rencontre avec ce jeune, habillé avec goût, avec une présence plus affirmée que son directeur général, le jeune Aboubakari que nous appelions affectueusement _"Abou"_ qui était un ami d’enfance à moi dans le chaudron de Parakou. Komi Koutché me fut présenté ce jour-là par mon collègue Angelo Ahouanmagna.

Angelo semblait garder de lui quelques bons souvenirs du temps où il se faisait faciliter l’accès au ministre des finances, Grégoire Laourou, pour solliciter quelques insertions publicitaires dans son magazine. En repartant de là ce jour-là, je confiai à mon collègue la vague intuition que j’avais, que mon ami, le DG Aboubakari ne dirigera pas longtemps le monsieur tiré à quatre épingles qu’il venait de me présenter. La suite des événements me donna bien raison.

Les législatives de 2007 et la confection d’une liste unique pour les Forces Cauris pour un Bénin Émergent dans la neuvième circonscription électorale regroupant les communes de Dassa, Savalou et Bantè fut une grande épreuve. La guerre de leadership entre André Dassoundo et Nicaise Fagnon fut portée à son paroxysme par les enjeux politiques d’influence de la zone. Contre l’avis du lobby de Fagnon, Yayi imposa André Dassoundo comme tête de liste. Grégoire Laourou qui vivait déjà un dépit amoureux avec le nouveau régime, se porta candidat à ces mêmes élections, mais comme tête de liste l’alliance Force Clé. Il fallut une batterie d’arguments dissuasifs pour qu’il consente revenir sur la liste FCBE, mais en deuxième position après André Dassoundo. Il était suivi de Edgard Alia qui, après avoir obtenu le poste clé de ministre de l’intérieur, réussissait par un nouveau tour de chantage politique, à se retrouver sur la puissante liste, comme représentant de l’ère culturelle mahi.

À la demande de son jeune neveu Komi Koutché d’être son suppléant, le refus de Grégoire Laourou fut formel et catégorique. Toutes sortes d’interventions furent vaines. L’oncle ne voulait plus de son neveu sur ses talons. Komi finit par se plier à ce refus, avec quelques promesses dont la matérialisation la plus visible à l’époque, fut son ascension à la tête du FNM. 

Bref, remontons dans notre passé un peu plus lointain. Le meeting de Bantè venait de prendre fin et notre cortège s’impatiente devant le domicile de Grégoire Laourou. Nous gardâmes pour la plupart, nos positions dans nos véhicules, en attendant que le candidat ne redescende. Le soleil déclinait inexorablement à l’horizon. Yayi finit par descendre. Dans un remue-ménage et une bruyante symphonie de bruits de moteur, notre cortège repartit.

À moins que certaines exigences de détail nous obligent encore à parler de Bantè, j’espère qu’une fois pour de bon, nous levons l’ancre pour le territoire des lokpas, des yoms et des gourmantchés. L’équipe de Ahmed Akobi nous attend dans la Donga.

(✋À demain)

*Tibo*

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