lundi, 10 décembre 2018 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Mémoire du chaudron 76




Sur le chemin de Bantè, en ce lundi, quatorzième jour de la campagne électorale, je repense à cette complexité sociologique que présentait la commune de Savalou. Il fallait savoir ménager la chèvre et le chou. Il fallait pouvoir créer le même enthousiasme chez les Mahis de l’est et les Ifès, assimilés nagots à l’ouest. Et il faut dire ou redire que le grand activisme de Nicaise Fagnon et de André Dassoundo qui, depuis Dassa, lancèrent très tôt leurs tentacules sur la région Ifè, y a beaucoup aidé. Ajoutons à cela la grande maîtrise de ce terrain par l’ancien député Nestor Ezin qui y jouissait d’une image plutôt favorable. Car, même si Yayi pouvait naturellement se sentir maître du terrain à Ottola, Tchetti, Doumé, Djaloukou, Agoua et Léma, il faut noter que les choses n’étaient pas aussi acquises qu’elles pouvaient en donner l’air.

Car, Yayi n’était pas le seul Nagot dans cette compétition. Et l’autre nagot, Idji Kolawolé, sembla d’ailleurs, à un moment donné, y avoir une sérieuse avance sur lui, avec des lieutenants politiques comme Rigobert Koutonin. Adrien Houngbédji s’y rendait également en chasse, avec quelques espérances électorales.
Mais, les Ifès nourrissaient de grandes frustrations dont Yayi sut très vite tirer profit. Ils ne décoléraient pas de n’avoir jamais vu un des leurs à un poste politique de grande visibilité. Ni député ni ministre. Et pour conjurer ce mauvais sort, ils n’avaient qu’un seul choix : accompagner à nouveau un cheval, comme ils le firent régulièrement en votant en bloc compact pour le Général Mathieu Kérékou, même s’ils n’en tirèrent jamais les retombées espérées.

Yayi ne leur fut donc pas prioritairement présenté comme un frère nagot, mais plutôt comme le cheval gagnant recherché. Dès lors, la mobilisation des cadres aux appétits politiques légitimes de cette communauté socioculturelle fut une réalité. Adam Affo Dendé et Grégoire Odah à Ottola, Dominique Dokou à Doumé, Joseph Tébé à Tchetti, Pierre Ohoundjago et Akim Iroukoura à Djaloukou furent quelques-uns des porte-étendards du yayisme dans la communauté ifè. Et dès lors, tout fut bon pour y vendre le candidat Yayi.

Le souvenir d’une visite impromptue de Yayi Boni à sa cousine Batchabi Zoubérath (à ne pas confondre avec sa célèbre nièce Kora Zoubérath) alors que, président de la Banque ouest-africaine de développement, Boad, il était à Doumé pour ses récurrentes visites de chantiers, ce souvenir a priori anodine, fut pourtant utilisée comme une preuve palpable de proximité du candidat avec la zone ifè. Dans une élection présidentielle au suffrage universel direct, ce n’est pas une faiblesse d’être de partout, d’avoir des cousines, des tantes, des oncles, des neveux, des grands parents, des femmes, d’anciennes maîtresses de partout. À l’heure de la mobilisation et de la levée de troupe, chacun de ces détails peut faire la différence.

Le tableau dans la commune de Banté était sensiblement différent. Il fallait certes tenir compte, ici aussi, des lignes de démarcation sociolinguistiques entre les Itcha qui occupent l’arrondissement de Banté, Agoua, Pira, Ilougba, et les Ilozi qui se sont établis dans les arrondissements comme Gouka et Attokolibé. Mais, contrairement à Savalou, les relations entre ces deux sous-groupes socioculturels ne sont pas clivantes.

On ne peut parler du yayisme à Banté en 2006 et un peu avant, sans évoquer le nom de Simplice Atchodé Codjo. Député à l’Assemblée nationale durant la troisième législature, c’est lui qui, à la tête de son parti, le Mouvement pour le développement par la culture, MDC, lança dans la commune, l’appel à suivre le candidat Yayi dont on dit que la grand-mère maternelle serait originaire de Akpassi, dans la commune de Banté. Ce ne fut donc pas difficile de le présenter comme un fils du terroir. Opportunément, on rappellera également que la mère d’un de ses proches lieutenants, Issifou Kogui Ndouro, est de Pira, toujours dans la même commune de Banté.

L’affaire était bien roulée et bien emballée. Simplice Atchodé Codjo fut au cœur de toutes les tractations politiques autour du candidat Yayi dès la seconde moitié de l’année 2005. Je me rappelle l’avoir régulièrement croisé dans les réunions tant formelles qu’informelles qui se tenaient un peu partout dans la ville de Cotonou, un peu comme pour casser l’hégémonie du siège de campagne de Bar Tito.

Je me rappelle surtout ses lunettes qu’il laissait descendre jusque sur le bout de son nez et qui lui donnaient l’air de douter de tout. Son parti politique, le MDC, revendiquait en ces temps-là une zone d’influence qui débordait largement du seul cadre de son ethnie, itcha, qu’il partage avec quelqu’un comme Grégoire Laourou, pour mobiliser dans le territoire des Ilozis et des Ifès. C’était l’homme clé à avoir dans la commune car, malgré la grande aura qui entourait son nom, Grégoire Laourou, puissant ministre des Finances du Général Mathieu Kérékou, ne montrait pas un grand appétit pour la chose politique et faisait même preuve de beaucoup de timidité. Il fut pourtant d’une grande utilité pour les cadres de sa localité pendant son passage au gouvernement où il entraîna dans son sillage son jeune neveu Komi Koutché, à peine sorti de l’université.

Il faut dire que Komi Koutché, originaire de Attokolibé et du sous-groupe linguistique ilozi, fut materné par cet oncle dont il fut l’assistant au ministère de l’Economie et des Finances et qui le mit sur un projet de microcrédit financé par la Banque Africaine de Développement, BAD. Mais, Komi ne pesait pas encore grand-chose dans le Banté d’alors et personne ne se souvient l’avoir vu dans le grand tourbillon yayiste qui embrasait la commune. Et pourtant, Komi avait tenté quelques activismes en faveur de l’avènement de Yayi. Oui, il a participé à des activités de mobilisation sous le mentoring de Nicaise Fanon. Mais, dans ce milieu gérontocrate, le jeune homme avait contre lui son extrême fraîcheur et son manque d’étoffe.

Les voix dissonantes ne manquaient cependant pas dans Banté, littéralement sous l’emprise de la fièvre yayiste. Ce fut le cas de Alexis Babalawo qui, jouant sur la crédibilité que lui offrit sa longue proximité avec le Général Mathieu Kérékou, annonça à qui voulut l’entendre que le vieux lui avait fait la confidence sur le choix de son dauphin qui, selon lui, n’était personne d’autre que Adrien Houngbédji. Son filet attrapa quelques crédules comme Francis Amoussou et d’autres. Mais, l’effet fut totalement marginal sur une population qui sortit en masse pour notre meeting de ce lundi.

À force de multiplier des arrêts imprévus sur la route et sous la pression des populations, notre cortège n’entra dans l’arrondissement de Banté qu’en début d’après-midi. Et pourtant, notre chemin est encore long. Nous avons prévu de passer la nuit à Djougou.

(✋À demain)

*Tibo*

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