mardi, 18 décembre 2018 •

179 visiteurs en ce moment

FIL D'ACTUALITÉ

Mémoire du chaudron 54




La donne identitaire est le fondement du leadership politique au Bénin. Et cette axiome a encore de beaux siècles devant lui. Mais être né ou être originaire d’un espace géographique n’en fera pas de facto votre fief. Encore faudrait-il que vous ayez fait les investissements humains, physiques et affectionnels nécessaires. Et même là, vous n’auriez pas fait grand-chose si le timing dans lequel vous exposez votre prétention au leadership sur votre communauté et sur votre espace géographique n’était pas le bon.

Les concours de circonstances sont déterminants en la matière et un excellent timing fera d’un cancre un immense leader régional autant qu’une mauvaise orchestration fera d’un brillant prétendant, un piètre politique.

La géopolitique des Collines et du septentrion a toujours été caractérisée par le rassemblement systématique autour d’un grand leader régional qui, fort de cet appui, part toujours triomphalement à la conquête du fauteuil présidentiel, face à une myriade de concurrents tous concentrés dans le Bénin méridional où on peut parfois compter plusieurs prétendants dans une même famille.

Toujours est-il que, mis à part le cas exceptionnel de Nicéphore Soglo qui a été désigné directement dans une salle de conférence en 1991, il sera difficile voire impossible, dans notre modèle démocratique, d’être président de la République sans avoir un socle régional, sans avoir un fief.

Mon approche sur le rôle du fief dans la conquête du pouvoir d’Etat restera cependant ambivalente. Car un mauvais dosage de votre image par rapport à votre appartenance socio-ethnique et géographique pourrait vous exclure définitivement du fauteuil présidentiel. Il me semble que cela ait été le cas de Bruno Amoussou qui, depuis son apparition en gros pagne, large sourire "y a bon banania " et un slogan ethnico-centré très décomplexé "dadjè lo va", est définitivement passé dans la conscience collective comme le leader politique des Adja.

Même si cela lui a permis d’installer une hégémonie politique durable sur le sud-ouest du Bénin, ce fut pratiquement une condamnation définitive à demeurer l’homme d’une région, d’une partie des Béninois, donc sans envergure nationale. Il était pourtant, à un moment donné, l’homme le plus outillé techniquement et politiquement pour diriger le Bénin.

On a beau définir la politique comme l’espace de toutes les possibilités, il y a, en la matière, des sentences sans recours, des condamnations irréversibles.

Tout est donc, à mon avis, une question de dosage dans la manipulation de cette notion, véritable couteau à double tranchant, qu’est le fief. Vous n’irez nulle part sans lui, mais il peut devenir très rapidement un élément limitant pour vous si vous en faites un élément ostentatoire de communication.

Voilà pourquoi le génie politique de Yayi, dans sa phase de conquête du pouvoir en 2006, fut de savoir cloisonner fermement ses discours de sorte que les déclarations régionalistes moralement condamnables qui enthousiasment les foules à Kika par exemple, ne soient jamais entendues à Cadjèhoun. Et vice-versa. Il y a, pour ainsi dire, une exigence de duplicité de discours pour tout homme engagé dans la conquête du pouvoir d’Etat.

Les aspects moraux se gèrent plus tard après la victoire. Et même là...!

Pour le cas spécifique de Yayi en 2006, la notion de fief paraissait une donnée à la fois simple et complexe. Le long règne du général Mathieu Kérékou a eu un effet d’éteignoir, étouffant toutes autres ambitions dans cet immense fief qui partait des Collines au septentrion.

L’espace géopolitique dont héritait son successeur était aplani, dessouché et labouré. Puis le sort s’était occupé du reste. Saka Kina, figure emblématique du Fard-Alafia, qui aurait pu entretenir l’insoumission politique dans l’Alibori, était mort. Je me souviens de toute l’énergie que Yayi déployait pour obtenir son soutien qui, même quand il l’avait prononcé verbalement plusieurs fois à son domicile de Calavi, ne paraissait jamais sincère.

S’il avait survécu aux effets secondaires de cet accident de la route qui le brisa physiquement à la hauteur de Glazoué, il eût été une vraie équation à régler. L’autre Saka, Saka Salé en l’occurrence, n’aurait pu rien refuser à Bruno Amoussou dans le cadre de cette présidentielle si lui-même avait survécu à l’accident de la route qui eut raison de lui.

Une seconde équation qui eût été également difficile à gérer au sein du CAR-Duniya et dans l’espace socioculturel et linguistique bariba.

Le troisième Saka, Saca Lafia, qui essayait de donner du répondant au baobab Mathieu Kérékou, s’était humblement rangé derrière Yayi.

L’effervescent et insaisissable Rachidi Gbadamassi, qui finalement, ne jurait que par la perte de Yayi, après avoir été précurseur du Yayisme à Parakou, était écroué à la prison civile de Natitingou, pour enquête sur l’assassinat scabreux du magistrat Sévérin Coovi.

Le département de l’Atacora n’avait aucun leader en vue.

Pareil pour les Collines, malgré les efforts du vieux Amos Elègbè pour y introduire Idji Kolawolé, en lieu et place de Yayi Boni qu’il traitait en petit comité de "soulard".

Le seul qui pouvait brouiller la quiétude dans ce vaste territoire politique dont héritait Yayi, en transformant la Donga ou une partie de la Donga en un nid de résistance, c’était Bio Tchané qui, sans être un homme neuf en 2006, aurait pu rendre moins visible le profil de banquier technocrate qui allait si bien à notre candidat.

Mais sans crier gare, cette épine potentielle avait pris le premier vol pour Washington. Que pouvait-on espérer de mieux ?

Mais le contrôle et la gestion d’un territoire politique aussi vaste pendant qu’il ne détenait pas encore les leviers du pouvoir, se révélèrent bientôt éreintants pour le natif de Tchaourou, qui a dû comprendre que le soutien populaire à une candidature n’est rien sans une organisation structurelle opérationnelle.

La mousse pouvait vite s’affaisser si ceux chargés de secouer l’eau savonneuse cessaient leur manège. Et le très faible niveau d’enthousiasme des populations dans le septentrion pour aller s’inscrire sur les listes électorales était bien illustratif à propos.

En effet, Yayi fut ahuri de constater, au bout de ce voyage de nuit inattendu vers le septentrion, que tout était à faire.

À quelques jours de la clôture des inscriptions sur les listes électorales, les départements du nord affichaient des niveaux d’inscription globalement inférieurs à 20 pour cent par rapport aux taux d’inscription pour les élections législatives de 2003.

Dans le même temps, les départements du Bénin méridional affichaient des niveaux d’inscription avoisinant déjà les 70 pour cent. Il y avait assurément péril en la demeure. Ce ne sont ni la taille de votre fief électoral, ni la pléthore de soutiens politiques et de déclarations tonitruantes qui gagnent une élection présidentielle, mais le nombre de bulletins déposés dans l’urne en votre faveur.

Et dans le contexte de ces listes électorales manuelles, une élection présidentielle pouvait bêtement se perdre à ce niveau.

Mais plusieurs éléments immuables de notre sociologie politique expliquaient ce constat inquiétant fait sur le terrain. Nous en parlerons plus amplement demain, si vous le voulez bien.

(✋🏾 À demain)

*Tibo*

www.24haubenin.info ; L'information en temps réel

5 avril 2018 par Dg24h


Ce que l’on cache aux révoltés de France et de Navarre


8 décembre 2018 par Dg24h
(Par Roger Gbégnonvi) ​Leurs dirigeants ne leur disent pas que si (...)
Lire la suite

Trois péchés rédhibitoires de tout Béninois


24 novembre 2018 par Dg24h
(Par Roger Gbégnonvi) ​Munies de leur licence et de leur master, nos (...)
Lire la suite

S’inspirer du très honorable Justin Trudeau pour innover en (...)


29 octobre 2018 par La Rédaction
Le Leader d’opinion Richard Boni Ouorou a rencontré le premier ministre (...)
Lire la suite

Comment l’utilisation des smartphones peut affecter la sante humaine (...)


7 septembre 2018 par Dg24h
Par Dr. Mehenou Amouzou L’Afrique a besoin de technologies pour (...)
Lire la suite

Les ambitions hégémoniques de Patrice Talon sur le Bénin


4 septembre 2018 par La Rédaction
Avec le récent vote de la loi sur le code électorale, Patrice Talon est (...)
Lire la suite

Pourquoi limiter à trois le nombre des partis politiques


1er septembre 2018 par Dg24h
(Par Roger Gbégnonvi) ​L’opinion publique béninoise manifeste une vague (...)
Lire la suite

Assemblée nationale : Immunité déshonorable


26 juillet 2018 par Dg24h
Nos députés affectionnent le qualificatif ‘’honorable’’.Ce prédicat (...)
Lire la suite

La lettre ouverte de Richard Boni Ouorou qui indexe la justice


26 juillet 2018 par La Rédaction
Le politologue Richard Boni Ouorou dans l’une de ses récentes interview, (...)
Lire la suite

Politiciens ‘’WhatsApp’’ et référendum


19 juillet 2018 par Dg24h
Les spécialistes de la question nous avaient pourtant prévenus : le (...)
Lire la suite

MEMOIRE DE CHAUDRON 1 à 100


3 juillet 2018 par Dg24h
L’ancien Conseiller technique à la communication du président Boni Yayi, (...)
Lire la suite

La Révolution en « Rupture »


29 juin 2018 par Dg24h
L’événement mérite d’être souligné, tant il est une première... Après avoir (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 100


27 juin 2018 par Dg24h
À neuf heures ce samedi matin, j’étais au siège de campagne à Bar Tito. (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 97


24 juin 2018 par Dg24h
Mardi, douzième jour de campagne électorale. Une ambiance particulière (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 96


23 juin 2018 par Dg24h
Pour le plus grand malheur de Adrien Houngbédji, Albert Tévoédjrè, (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 95


22 juin 2018 par Dg24h
Il était dix heures environ, ce lundi, onzième jour de campagne (...)
Lire la suite

Cour Constitutionnelle : ‘’djogbé’’ à Joseph


15 juin 2018 par Dg24h
Joseph Djogbénou devient donc le cinquième Président de notre Cour (...)
Lire la suite

Le grand miracle de la Cour Holo


7 juin 2018 par Dg24h
Standing ovation donc pour Théodore Holo, président sortant de la Cour (...)
Lire la suite

L’euthanasie de la presse béninoise


6 juin 2018 par La Rédaction
La Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication (HAAC) a (...)
Lire la suite

Sondage


ÉCOUTER FRISSONS RADIO


Derniers articles



Autres vidéos





Les plus populaires







Lettre d'information