lundi, 24 septembre 2018 •

216 visiteurs en ce moment

FIL D'ACTUALITÉ

Mémoire du chaudron 46




Dans un scrutin ouvert comme celui de 2006, le choix du siège de campagne des candidats est déterminant, en ceci qu’il constitue un message envoyé à l’électorat. Je peux dire, partant de l’expérience qui fut la mienne à Bar Tito en 2006, que c’est du siège de campagne que partent les influx et les impulsions, bons ou mauvais. Le choisir dans un quartier populaire ou même populeux si possible établit une sorte de proximité avec les populations qui, sans forcément s’y rendre toutes, se l’approprient d’un point de vue émotionnel, à force de le voir et de le côtoyer.

Pour un candidat comme le nôtre qui n’était pas le produit d’un parti politique, le siège de campagne représentait, pour certains militants, la seule matérialisation physique de l’objet de leur choix politique. S’y rencontrer et y rencontrer n’importe qui, leur donnait le sentiment d’appartenir à une vraie dynamique.

Notre siège de campagne était à Bar Tito, au coeur du septième arrondissement de Cotonou. Je connaissais assez bien le septième arrondissement, car le journal "Le Progrès", où je travaillais, y avait son siège, précisément à Sikècodji. J’y avais déjà également assisté nuitamment, en compagnie de Macaire Bovis, à une réunion d’un comité de soutien à la candidature de Yayi. Notamment chez la fratrie Bandeira à Maro Militaire.

Cette zone, initialement chasse gardée de la Renaissance du Bénin, avait montré des velléités d’émancipation aux élections législatives de 2003, en donnant ses meilleurs scores à un jeune loup de la mouvance Kérékou, élu député à l’Assemblée nationale, contre toute attente : Eustache Akpovi.

La première fois que j’ai mis pied au siège de campagne de Bar Tito, le bail venait à peine d’être conclu. Adam Bagoudou m’avait invité pour une visite des lieux. Arrivé là, j’ai eu aussitôt cette sensation irrationnelle que le lieu, au-delà des critères psycho-sociologiques énumérés plus haut, était "bon". C’est ce genre de sensation que vous captez et que vous ne réussissez à expliquer à personne.

Je savais très bien que dans ma culture, le choix de l’emplacement d’un endroit aussi important qu’un palais, un marché, un nouveau village, ne se faisait pas sans que le bokônon vînt d’abord questionner le sort. Dans certaines cultures occidentales, on étudierait les vibrations des lieux.

Chez nous les évangéliques, on se contente bien souvent de prier et de "prendre possession" des lieux. C’est pour dire l’omniprésence de la métaphysique dans la conquête du pouvoir. Soit vous prenez le devant en en faisant une réalité avec laquelle vous composez sans complexe, soit vous faites semblant de l’ignorer et le croiserez à chaque détour.

La question lancinante est de savoir si on gagne une élection présidentielle parce qu’on a su faire les bonnes jonctions entre le physique et le métaphysique ? Ou alors est-ce l’inverse, c’est-à-dire que le rationnel et l’irrationnel se mettent à votre service, transformant même vos erreurs en coups de génie, simplement parce que vous êtes celui qui doit l’être ?

Bref, en arrivant à l’endroit indiqué à Bar Tito, j’y retrouvai Charles Toko, Souleymane Naïmi, un activiste forcené des premières heures du yayisme, et bien entendu Adam Bagoudou. Nous fîmes ensemble le tour de cette agréable construction en R+1, bâtie avec simplicité et goût. A l’étage, nous identifiâmes une vaste pièce lumineuse qui devrait servir de bureau pour notre champion. Une autre pièce juste à côté devrait servir de bureau pour le chef de l’administration du siège. Deux autres appartements repérés serviraient bien de salles polyvalentes et accueilliront plus tard certaines réunions de portée capitale. Enfin, un dernier module vague servira par la suite comme bureau pour Vicencia Boco, la directrice de campagne.

Ah directrice de campagne, parlons-en ! Non, mais avant, finissons rapidement notre développement sur le siège de campagne.

Certains lecteurs peuvent ne pas saisir sur l’instant le message que j’essaie de passer et qui est au-dessus de la simple superstition, mais le premier jour où vous mettez pied dans ce genre de siège de campagne, vous savez, si vous laissez vos capteurs en alerte, si on y débouchera le champagne de la victoire ou si on y fera ruisseler les larmes de la défaite. Pour moi, le lieu était "bon".

Cependant, c’était sans compter avec cet ingérable Tundé qui, une dizaine de jours plus tard, m’invita à visiter, à Akpakpa-Abattoir, ce qu’il avait décidé, seul, de louer comme siège national de campagne du candidat Yayi. Sur son insistance, je finis par me rendre dans ce bâtiment à étage qu’il avait déjà totalement équipé. Ça, c’était du Tundé tout craché. Il avait réfléchi à la place de tout le monde. Il avait décidé, seul, de la nature du mobilier, de la distribution des pièces, de la nature du matériel fongible. Disons que Tundé avait déjà fini la campagne dans son esprit.

Mon agacement devint très perceptible quand, à l’issue du tour du propriétaire que nous fîmes ensemble, il me demanda de mettre la pression nécessaire pour que les activités, qui démarraient à Bar Tito, soient transférées dans ce siège excentré de Akpakpa. " Yayi Boni lui-même est déjà passé voir, et il est content", me dit-il, pour me couper l’herbe sous le pied.

Je savais, depuis l’affaire du choix du cauris, que Tundé disait vrai quant à l’implication directe du candidat Yayi dans les initiatives souvent, passez-moi le mot, dingues, qu’il prenait. Donc je savais que Yayi était déjà dans une manœuvre pour réduire l’influence du siège de campagne de Bar Tito, le siège "Patrice". Et pour conduire ce genre d’opérations, il savait détecter dans notre groupe, celui qui opposerait le moins de résistance quand il sortirait ses idées souvent grosses comme une montagne. Je savais aussi que Yayi faisait déjà jouer la peur de " Patrice" dans l’esprit de quelqu’un comme Francis da Silva, dont le bâtiment à Ganhi, en face du restaurant "Le laurier", à quelques pas du premier siège du journal " Le Matin", servait jusque-là de locaux pour le Bureau Central Intérimaire, BCI.

Je repartis du siège de campagne de Tundé avec une cynique satisfaction. "Nous allons rigoler bientôt", me disais-je en pensant à la vivace inimitié entre Tundé et Jean Djossou, patron de l’imprimerie Nouvelle presse, qui exécrait jusqu’à la prononciation du nom de son concurrent dans les affaires et désormais concurrent dans le Yayisme, Razaki Olofindji Babatundé.

Grâce à Jean Djossou, nous avions pu nous libérer du monopole de l’imprimerie Tundé sur la mise à disponibilité des effigies de Yayi. Désormais, il nous sera utile pour battre en brèche l’idée d’un siège de campagne loué par Tundé. On apprend si vite à être cynique en politique. Depuis qu’il avait l’écoute de Chantal de Souza, je voyais en effet Jean Djossou monter en puissance dans le yayisme. Et je crois que le pauvre Tundé avait dû le remarquer aussi, meurtri et angoissé.

Mais si je déniais à Tundé toute légitimité à partir en guerre contre le siège de campagne de Bar Tito, je comprenais les appréhensions légitimes de Francis da Silva face à l’entrée fracassante de son pire cauchemar, Patrice Talon, dans la dernière ligne droite d’une conquête que lui Francis faisait depuis deux à trois ans. Ami personnel de Mathieu Kérékou dont il œuvra au retour aux affaires en 1996, Francis da Silva connut, comme certains autres opérateurs de la filière coton, des périodes fastes, jusqu’au retour de Patrice Talon dans la filière, au début des années 2000.

Ce concurrent impitoyable dans les affaires les poussera ensuite presque à la limite de la mendicité, par la rudesse de la compétition qu’il instaura de fait dans le secteur. Je savais que Francis da Silva était financièrement mal en point, malgré sa vaste et somptueuse demeure du quartier Jak. Je savais qu’il n’attendait plus que le départ de Kérékou et l’avènement de Yayi pour se relancer. Et voilà que réapparaissait la silhouette de Patrice...

Finalement, Francis da Silva et Tundé boudaient le siège de campagne de Bar Tito pour des raisons différentes. Pour d’autres raisons aussi, Jean Djossou et moi boudions le siège de campagne de Tundé et de... Yayi.

C’est pourtant à Bar Tito que s’installa Vicencia Boco, la directrice nationale de campagne. Le choix de Vicencia Boco, une gaffe qui devint un coup de génie. Vicencia Boco... et si on en parlait demain ?

(À demain ✋🏾)

*Tibo*

www.24haubenin.info ; L'information en temps réel

17 mars 2018 par Dg24h



Comment l’utilisation des smartphones peut affecter la sante humaine (...)

7 septembre 2018 par Dg24h
Par Dr. Mehenou Amouzou L’Afrique a besoin de technologies pour (...)
Lire la suite

Les ambitions hégémoniques de Patrice Talon sur le Bénin

4 septembre 2018 par La Rédaction
Avec le récent vote de la loi sur le code électorale, Patrice Talon est (...)
Lire la suite

Pourquoi limiter à trois le nombre des partis politiques

1er septembre 2018 par Dg24h
(Par Roger Gbégnonvi) ​L’opinion publique béninoise manifeste une vague (...)
Lire la suite

Assemblée nationale : Immunité déshonorable

26 juillet 2018 par Dg24h
Nos députés affectionnent le qualificatif ‘’honorable’’.Ce prédicat (...)
Lire la suite

La lettre ouverte de Richard Boni Ouorou qui indexe la justice

26 juillet 2018 par La Rédaction
Le politologue Richard Boni Ouorou dans l’une de ses récentes interview, (...)
Lire la suite

Politiciens ‘’WhatsApp’’ et référendum

19 juillet 2018 par Dg24h
Les spécialistes de la question nous avaient pourtant prévenus : le (...)
Lire la suite

MEMOIRE DE CHAUDRON 1 à 100

3 juillet 2018 par Dg24h
L’ancien Conseiller technique à la communication du président Boni Yayi, (...)
Lire la suite

La Révolution en « Rupture »

29 juin 2018 par Dg24h
L’événement mérite d’être souligné, tant il est une première... Après avoir (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 100

27 juin 2018 par Dg24h
À neuf heures ce samedi matin, j’étais au siège de campagne à Bar Tito. (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 97

24 juin 2018 par Dg24h
Mardi, douzième jour de campagne électorale. Une ambiance particulière (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 96

23 juin 2018 par Dg24h
Pour le plus grand malheur de Adrien Houngbédji, Albert Tévoédjrè, (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 95

22 juin 2018 par Dg24h
Il était dix heures environ, ce lundi, onzième jour de campagne (...)
Lire la suite

Cour Constitutionnelle : ‘’djogbé’’ à Joseph

15 juin 2018 par Dg24h
Joseph Djogbénou devient donc le cinquième Président de notre Cour (...)
Lire la suite

Le grand miracle de la Cour Holo

7 juin 2018 par Dg24h
Standing ovation donc pour Théodore Holo, président sortant de la Cour (...)
Lire la suite

L’euthanasie de la presse béninoise

6 juin 2018 par La Rédaction
La Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication (HAAC) a (...)
Lire la suite

Où allons-nous, fascinés par la mort ?

2 juin 2018 par Dg24h
(Par Roger Gbégnonvi) ​Selon Aimé Césaire, sur ‘‘le plus petit canton de (...)
Lire la suite

Yayi et ses condoléances politiques : toute une école

1er juin 2018 par Dg24h
La coalition de la « Carpe et du Renard », a donc vu le jour le 14 (...)
Lire la suite

Mémoire du chaudron 85

1er juin 2018 par Dg24h
On ne peut comprendre l’enjeu des élections présidentielles de 2006 en (...)
Lire la suite

Mon Compte


Vous n'avez pas encore de compte ?

Créer un compte

Articles PREMIUM

ÉCOUTER FRISSONS RADIO


Derniers articles



Autres vidéos





Les plus populaires