mercredi, 12 décembre 2018 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Mémoire du chaudron 31




Branle-bas de mobilisation. Un peu plus de deux jours pour faire le plein du palais des sports du stade de l’amitié. Deux jours pour brander cet auditorium de 6 milles places qui donnait l’illusion, quand il était plein, d’en contenir 25 milles. Il était question de frapper fort à cette cérémonie officielle de déclaration de candidature de notre champion. Il fallait qu’il parte clairement gagnant dans l’esprit de tout le monde. Et pour ce faire, les moindres détails pouvaient compter.

Remplir ce palais des sports en 48 heures d’organisation et de mobilisation paraissait à la fois simple et un immense défi. Nous nous y étions déjà pris un an auparavant lorsque l’IMC-YANAYI, sous la houlette de Benoît Degla, avait pris de court toutes les autres structures et organisations politiques pro-Yayi, en dressant publiquement le portrait robot du nouveau président de la république. Un portrait qui, bien entendu, tissa une camisole qui ne pouvait aller qu’à Yayi. Nous étions pourtant initialement partis pour appeler clairement son nom. Mais la veille de ce 03 février 2005, pendant que nous donnions les dernières touches à l’organisation matérielle de l’événement, dans le hall du palais des sports, Degla reçu un énième coup de fil de Yayi qui faillit faire tout capoter. Yayi qui, pourtant, était associé au projet de bout en bout, se rebiffait. Il était déjà 21 heures et il ne voulait plus entendre parler de cette sortie prévue pour le lendemain. Il demandait que tout soit purement et simplement annulé alors que tous nos militants étaient déjà en effervescence. Que faire ?
Lorsque Benoît Degla rejoignit le petit groupe que nous formions et qui devisait, debout, au milieu du hall du palais des sports fourmillant d’activités, son ton désespéré et son air grave ne laissaient aucun doute : "les amis, dit-il, l’heure est grave. Le président exige que nous annulions la sortie". " Quelle sortie ? Demandai-je" , "Ah beh celle pour laquelle nous sommes ici en train d’aligner des chaises..." répondit-il. Je ne comprenais pas trop bien ce qui se passait. Nous avions été en contact continu avec Yayi sur ce projet de sortie politique depuis une dizaine de jours. Il y avait apporté sa touche, même si le Yayi de ces moments là comptait son argent au franc près. Et c’était un exploit de lui en prendre. Nous avions tenu réunions préparatoires sur réunions préparatoires. Nous avions mis en branle la centaine de mouvements politiques que comptait IMC-YANAYI. Et ce soir, le comité d’organisation s’était donné rendez-vous dans ce hall du palais des sports pour suivre la mise en place des chaises, du podium et des différentes banderoles. Et voilà que ...patatras, Yayi changeait de direction comme un toboggan par temps instable. Alors que j’essayais de m’expliquer cette versatilité de notre leader, mon téléphone sonna et je vis apparaître sur l’écran son numéro. Ce fameux numéro Libercom que je savais reconnaitre de toutes les manières et qui mériterait bien une place dans le musé du hold-up politique. Ce "90-02-... " a dû s’afficher en seulement quelques années, sur l’écran de tous les portables qui comptaient dans le pays, tantôt accepté, tantôt rejeté. Lorsque s’afficha donc ce numéro sur mon téléphone, j’avertis aussitôt notre petit groupe, puis hâtai le pas jusqu’en dehors du hall. A l’autre bout du fil, Yayi. "Tiburce ça va ? Bon écoute, il faut que tu parles à Degla et à tout le groupe. J’ai demandé de surseoir à votre manifestation de demain", " ce serait une erreur " , répondis-je alors que dans une monopolisation habituelle de la parole, il alignait son argumentaire. " Une erreur ? Et pourquoi ? " demanda-t-il, préoccupé. " Personne ne nous prendra au sérieux le jour où nous lancerons une nouvelle activité du genre ". Mais sans lâcher prise il argumenta : " j’avais bien interdit que mon nom apparaisse, mais on vient de me rapporter que vous avez le nom sur les banderoles". Je compris alors que quelqu’un était allé nous plonger chez Yayi. Le pouvoir n’était pas encore là mais la guerre de positionnements était déjà impitoyable entre différentes structures faîtières de mouvements de jeunes que Yayi, malicieusement, avait mis en compétition. Trois de ces structures se livraient cette guerre d’influence, Il s’agissait bien entendu de l’IMC-YANAYI présidé par Benoît Degla, de l’UFPR de Edgar Soukpon et de Víctor Adimi, de la CFC de Yacoubou Bio Sawe, Directeur de cabinet de l’actuel président de la Boad et qui fut le premier messager du yayisme dès 2001. Il eu la clairvoyance, après la victoire de Yayi en 2006, de solliciter son envoi dans l’administration de la Banque ouest-africaine de développement où il poursuit une carrière stable à ce jour. Les luttes d’influence entre ces mouvements avaient certes ce côté positif en ceci qu’elles constituaient une source d’émulation, mais le revers de la médaille existait. Et c’était à elle que nous faisions face en ce 02 février 2005, veille de la sortie officielle de l’IMC-YANAYI. Une des autres structures rivales avait tenu à faire avorter l’événement et avait, pour atteindre son but, avait intentionnellement lu YAYI partout où sur nos banderoles, nous avions écrit YANAYI. La mise en compétition systématique des collaborateurs présentait donc cet inconvénient mortel qu’elle pouvait induire le surplace, les énergies s’annulant mutuellement. Je réussis à rassurer Yayi : son nom ne figurait nulle part sur nos affiches et les différentes allocations. La mobilisation était prévue pour être grande, je lui en donnai également l’assurance car, redoutait-il à raison, un échec de la mobilisation serait un précédent fâcheux à cette étape de notre marche. Finalement tout se passa très bien le lendemain et la réponse du public combla largement nos attentes, et même si nous n’avions pas rempli la moitié de la salle, nous avions eu par contre des militants motivés à bloc. Benoît Degla, de sa voix saccadée, avait lu les critères de choix retenus par l’IMC-YANAYI pour diriger le Bénin à partir d’avril 2006. Et pour lui aussi ce fut un triomphe. Car pour conduire cette manifestation, il avait dû braver les mises en gardes d’un de ses proches beaux-parents, homme des hautes et basses oeuvres du système kerekou finissant, Alexis Babalao. Mais en réfléchissant sur ce volte-face de Yayi qui pour moi n’était rien d’autre qu’un manque de cran et de courage, je me felicitai de l’avoir tenir dans l’ignorance d’un coup audacieux qu’à trois, Charles Toko, Johnson Macaire et moi, nous montâmes et mîmes à exécution avec une folle audace.

C’était, je crois, en 2004. Un tract distribué sur le campus universitaire d’Abomey-calavi me parvint un après-midi, au siège du journal "Le Progrès". Un texte vaguement signé d’un prétendu " groupe d’officiers patriotes de l’armée béninoise " mettait en garde contre " les manoeuvres du général Mathieu Kerekou dont le seul dessein est de conserver le pouvoir au nord en se faisant succéder par son frère Yayi Boni, actuel président de la Boad". Puis le texte se répand en une série de menaces épouvantables. Une copie du tract en mains, j’alertai Charles Toko puis il m’invita aussitôt à son bureau de Atinkanmey. A mon arrivée, je le trouvai en grande verve avec un visiteur. Pendant que je patientais pour que prenne fin la causerie que je trouvais interminable, je ne pus m’empêcher de penser avec amusement à cet écriteau sur la porte de son bureau et qui disait en résumé ceci : " vous avez 5 minutes en tout pour poser votre problème ". Et accroché au mur, à l’intérieur du bureau, un autre écriteau, illustré par un personnage aux traits grimaçants, avertit : " ne me parlez pas de vos problèmes d’argent. Moi aussi j’en cherche "... Lorsqu’enfin le bruyant visiteur se retira, je tendis le tract à Charles Toko qui le parcouru pendant un temps anormalement long puis, comme illuminé, me déclara : " j’ai une idée. Nous allons faire endosser au mystérieux groupe d’officiers patriotes, le contraire du contenu du tract". L’idée me paru tellement étrange que j’eclatai de rire. Quelques idées pour épicer notre texte me vinrent rapidement en tête. Je pris un stylo, une feuille, et sur un bout du bureau, je rédigeai le contenu de notre tract à nous. Le groupe d’officiers patriotes, dans mon texte, présentait ses excuses à tous ceux qui ont pris au sérieux le contenu d’un document qu’elle reconnait avoir publier la veille, mais hélas à l’issue d’une séance de beuverie. Ce groupe dit tout son regret et appelle à soutenir la candidature prochaine du président de la Boad, le docteur Yayi Boni. Sans blague ! Lorsque Charles eu parcouru la copie que je lui tendis à la fin, il éclata d’un rire si irrépressible que ses yeux déjà naturellement rougis, laissèrent couler des larmes. Il saisit ensuite le texte sur son ordinateur portatif puis me promit que son homme de main du moment, Yacinth Tchobo me ferait signe dès que les tracts seraient sortis de ses presses. Je connaissais en effet quelqu’un de suffisamment zélé pour le yayisme, pour prendre le risque d’en assurer la distribution. Surtout que le lieu retenu pour recevoir les tracts n’étaient ni plus ni moins... la devanture de l’État Major Général des Forces Armées Béninoises ainsi que l’entrée principale du camp Guezo. Des lieux où sont postées en permanence des sentinelles ! La personne que je jugeai assez motivée pour cette mission folle était Macaire Johnson. Je l’avertis aussitôt que nous devrions nous retrouver à deux devant l’imprimerie du Matinal au bord de l’artère pavée en face de l’église St Michel, à une heure que je lui indiquerais. Puis je remontai à Sikecodji au siège du journal "Le Progrès". Quand Yacinth me fit signe, il était presque 1 heure du matin. Je fis signe à Macaire qui partit de Akpakpa Pk6. Nous nous rejoignîmes à St Michel, à l’imprimerie du Matinal où je lui expliquai la mission. Il empoigna le lourd colis, le disposa entre les jambes sur sa moto Mate 80 un peu fumante et disparu dans la nuit cotonoise. Je remontai directement sur Calavi. Je ne me rappelle pas avoir parlé de cette action folle avec Yayi. Si nous l’avions associé, c’est sûr que nous n’aurions rien fait. Non pas qu’il eut fait preuve de quelque vertu que ce fut. Mais il n’aurait jamais eu l’audace de l’autoriser. Dans certaines situations en effet, point n’est besoin de requérir l’aval du leader pour certaines actions de barbouze. Ça ne marche presque jamais.

Aujourd’hui nous sommes à 48 heures de la première grande sortie officielle de Yayi. C’est surtout le moment de faire un inventaire exhaustif de nos hommes sur le terrain. C’est maintenant que tout commence.

( A demain ✋🏾).

*Tibo*

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