jeudi, 17 août 2017 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Urbanisation « incontrôlée » dans le Sud du Bénin

L’érection de cités au détriment des activités agricoles




Menace sur les terres agricoles
Achats massifs de terres en milieu rural, non respect des textes sur le foncier domanial, non respect de la réglementation sur la gestion de l’espace en milieu rural…l’urbanisation mal conduite réduit gravement les terres agricoles dans le Sud du Bénin. Tout ceci dans la jungle de la spéculation foncière.
Christian HOUNONGBE

L’urbanisation incontrôlée entraîne chaque année la perte des hectares de terres cultivables. De Porto-Novo à Abomey en passant par Abomey-Calavi, Allada, Lokossa, les champs et vergers disparaissent au profit des cités.
Sur la route bitumée menant dans la commune de Zè (30 km de Cotonou), des maisons d’habitation et des plaques d’identification des propriétaires des parcelles s’étendent à perte de vue. Le long de cette route de plus de 20 km, champs, vergers et paysage verdoyant disparaissent au profit de nombreuses maisons érigées en matériaux définitifs. « Des familles autochtones ont bradé toutes leurs terres et n’en ont plus presque pour faire de l’agriculture familiale. Certaines personnes ayant épuisé leur héritage, se ruent même sur le domaine des Coopératives d’aménagement rural », se désole Hubert Trougnin, responsable du développement rural de la Commune de Zê. C’est le cas à Akouèdjromédé, (un village de Zè) La palmeraie de l’ex-Société nationale du développement rural a été morcelée et vendue. Les acquéreurs y ont érigé des maisons et des boutiques, créant progressivement une cité au détriment de l’activité agricole. Mais Faustin Adjodekou, secrétaire administratif de l’arrondissement de Dodji-Bata prend la défense des autochtones : « Il y a longtemps que des transactions foncières ont été opérées par de présumés propriétaires, héritiers des anciens coopérateurs en complicité avec certains anciens élus locaux », témoigne-t-il. Il en est de même dans les départements de l’Ouémé, du Plateau, de l’Atlantique et du Mono où les terres agricoles se réduisent comme une peau de chagrin. Les coopératives d’aménagement rural (CAR) sont menacées de disparition puisqu’elles finiront par ne plus disposer d’espaces pour mener leurs activités agricoles. « Si rien n’est fait, toutes ces terres peuvent disparaitre comme celles de Djomon-Djavi, de Gbada (département de l’Ouémé) dont le domaine a été loti avec disparition de la palmeraie évaluée à 1 550 ha dans la seule commune d’Adjarra », avertit Rodrigue Adikpéto, responsable des coopératives au Carder Atlantique. Dans la commune de Sakété, le soulèvement des propriétaires dans les années 90 avait aussi abouti à la récupération de 1 600 ha à Tacon-Yoko s’est soldée par la destruction des palmeraies et le mitage du domaine pour sa vente. Mises en place dans le cadre des plantations de palmeraies des années 60, ces plantations n’ont vu le jour que suite à l’expropriation par l’Etat, de ces espaces à leurs propriétaires. A Abomey-Calavi, par exemple, la CAR a disparu pour raison d’urbanisation. Au total, « 1600 ha appartenant aux coopératives agricoles, dont 800 pour Calavi-Zoundja et autant pour Calavi-Akassato ont été morcelés et vendus, après un soulèvement des propriétaires terriens », regrette Adrien Hounsa, un propriétaire terrien à Akassato. Dans ses mains, l’arrêté ministériel du 20 février 1998 portant nomination du liquidateur de la palmeraie et rétrocession des terres aux propriétaires terriens. A Cotonou, des résidences cossues et des villas de luxe, des hôtels, le palais des Congrès et autres infrastructures modernes remplacent désormais ces bandes de cocotiers qui se dressaient fièrement le long de la côte. Aucun programme d’appui ne s’intéresse à leur régénérescence. Et pourtant, il est prouvé que ces cocotiers consolident les cordons de sable marin, freinent l’érosion côtière et empêchent l’embrun marin d’aller au-delà d’un rayon de 2 km. Les coopératives maraîchères de Cotonou et de Sème-Kpodji ne sont pas épargnées. D’après un point fait par la Direction du génie rural, certains sites agricoles n’existent plus de nos jours ou ont perdu une grande partie de leur superficie. À Gbégamey, Ahouanlèko, Fidjrossè-Kpota, Agla, les sites maraîchers ont disparu… Ce sont des maisons qui sont érigées à la place des jardins. A l’occasion de la dernière journée internationale de la terre le 22 avril 2017 sur leur site à Houéyiho, les paysans ont fait un plaidoyer vers l’Etat et les autorités communales, afin de solliciter leur soutien pour la sécurisation des terres. « Nous demandons à l’Etat et à la mairie de penser aux maraîchers afin de prévoir des réserves agricoles pour nous », plaide Eudes Tossou, un maraicher à Akogbato, un quartier sud de Cotonou.
Selon le rapport du comité ad’ hoc créé par décret n° 91-31 du 14 février 1991 dont la mission est de recenser les fermes d’Etat abandonnées et d’étudier les possibilités de leur réaffectation, les plantations nationales des cocoteraies sont évaluées à 18751 ha dont :8 060 ha dans le département de l’Atlantique (Ouidah, Cotonou, Kpomassè), 3 560 ha dans le département du Mono (Grand-Popo, Comé, Athiémé) et 7 074 ha dans le département de l’Ouémé (Sèmè-Kpodji). « Malheureusement, les plantations pour la plupart sont vieilles et n’ont pu être régénérées dans la totalité » regrette Rodrigue Adikpéto, agent du Carder Atlantique.

Des lotissements « sauvages » à l’urbanisation incontrôlée

L’urbanisation bat son plein au détriment des terres rurales qui attendent d’être sécurisées. Pourtant, l’article 7 du Code foncier domanial définit clairement les terres rurales comme l’ensemble des terres occupées par les activités agricoles, pastorales, sylvicoles, piscicoles ou destinées à accueillir l’une ou l’autre de ces activités. Les terres rurales sont situées en dehors des zones urbaines, des zones à urbaniser ou des zones d’urbanisation futures, telles que définies par les documents d’urbanisation.
En 2008, suite aux plaintes de producteurs agricoles déguerpis des terres qu’ils cultivaient, la Synergie Paysanne, un syndicat de paysans, a commandité une étude qui a révélé que près de 45% des terres agricoles de la commune de Djidja étaient vendus. Les nouveaux acquéreurs les thésaurisent et en empêchent l’accès aux paysans. Ce qui a amené le conseil communal à limiter la vente des terres à travers un arrêté communal.
Les opérations de lotissement sur les terres rurales constituent l’une des causes de la réduction des espaces agricoles au Sud-Bénin. Rodrigue Tossou, chef du service planification et développement urbain à la direction de l’urbanisme, pense que tout initiateur de lotissement doit se conformer au code foncier domanial et à l’arrêté qui l’organise. Mais la démarche est tout le contraire. Selon lui, les mairies se lancent dans les opérations de lotissement qu’il assimile à une manne dont les acteurs se partagent le reliquat. C’est ainsi que des hectares de terres agricoles sont lotis dans des régions où l’agriculture occupe encore la population active. « L’exemple de la commune de Bohicon est patent. Plus de 51% du territoire de Bohicon est loti. Or, cette commune à de fortes potentialités agricoles, vue la richesse de ses espaces cultivables », déclare-t-il.
D’ailleurs, le constat est perceptible au quartier Zogba (dans la commune de Bohicon). Anciennement occupés par des champs d’anacardes, de palmier à huile et de cultures vivrières, les hectares de terre situés derrière l’usine SHB ont disparu au profit des habitations modernes. Un hôtel y a même été érigé.
« Tout ce qui est nouveaux quartiers à Bohicon, plus précisément les terres en face du Lycée technique, c’était des zones rurales où les paysans faisaient l’agriculture à grande échelle », fait remarquer Jonas Gbeffo, chargé de communication de la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles du Bénin, originaire de la Commune.
« Si les terres rurales sont en recul, c’est du fait du lotissement et du morcellement car, quand on fait le lotissement ce n’est pas pour faire de l’agriculture » ajoute Ferdinand Dossou-Yovo, Directeur des affaires juridiques de la mairie de d’Abomey-Calavi.
Cyriaque Aguégué, chef service des archives à l’Institut géographique national (IGN) déclare que l’institution en tant que bras technique de contrôle des opérations de lotissement, est de moins en moins sollicitée à cause de la floraison des cabinets d’experts géomètres dans le privé. En toute ignorance de la politique d’occupation du sol, les lotissements s’opèrent en milieu rural comme en milieu urbain, et ceci au détriment des normes prévues par les documents de planification et en violation du Code foncier domanial. « La plupart de ces experts géomètres privés interviennent en procédant à un simple découpage, comme on découperait un gâteau, parfois sans même prévoir un chemin d’accès à chacune des parcelles. C’est pourquoi on observe un désordre total dans les grandes villes et leurs périphéries », déplore-t-il.

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