mercredi, 13 décembre 2017 •

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FIL D'ACTUALITÉ

L’Ordre Colonial Occidental et les Troubles Sociaux en Afrique : Le Cas du « Problème Anglophone » au Cameroun




Dans une colonie, statut dont jouit la quasi-totalité des pays d’Afrique Noire, tout désagrément prolongé dégénère assez rapidement en querelles de plantations. Ces querelles en fonction des lieux géographiques prennent des formes différentes :
• Conflits religieux qui se déclinent souvent en termes de Musulmans contre Chrétiens ou Nord contre Sud ; c’est l’exemple du Mali actuellement, du Nigeria, de la Centrafrique, de la Côte-d’Ivoire il y a quelques années.
• Opposition linguistique comme au Cameroun depuis plusieurs mois entre « Anglophones » et « Francophones ».
• Conflits ethniques dont le plus tristement célèbre est le cas du génocide Rwandais.
Tous ces conflits ont un même lieu de naissance : La Conférence de Berlin de 1884-1885. Sous les auspices du Chancelier Oto Von Bismarck, les soi-disants maitres du monde ont décidé d’améliorer leur tactique de fonctionnement en hordes de loups, et ce, en se donnant des zones d’influence. La particularité des loups est qu’ils chassent ensemble, une fois la proie abattue, ils se battent entre-eux parce qu’ils ont du mal à s’entendre sur qui va dévorer quoi. D’ailleurs, les deux conflits dits mondiaux en sont une conséquence.
Le problème de l’Afrique est qu’il ne s’est jamais tenu nulle part sur le continent une contre-conférence de Berlin ayant pour but de comprendre et de sortir des paramètres de navigations de la conférence de Berlin. Ces contre-conférences qui devraient commencer sur le plan local et culminer à l’échelle du continent sont indispensables à la sortie de l’Afrique du joug colonial. Tant que nous ne le comprendrons pas, nous serons toujours manipulés par les pilotes extérieurs qui ont mis en place ces paramètres afin de nous distraire systématiquement des vrais enjeux, et de nous orienter vers des débats improductifs.
L’on parle aujourd’hui de bonne gouvernance, hier c’était le multipartisme qui était à la mode des débats ; la démocratie et les élections transparentes restent une constante. Nous raffolons des discussions qui portent sur l’élection des gens qui vont occuper des fonctions d’imposture créées par l’envahisseur contre les représentants et les formes de gouvernance légitimes originels des peuples d’Afrique. C’est la raison pour laquelle, sous la forme actuelle, il n’y aura pas un dirigeant qui jouira de l’adhésion totale et complète du peuple. Si cela ne pose aucun problème en occident, parce qu’obtenir 51% des 20% de la population qui a fait le déplacement des urnes confère à son détenteur une légitimité, cela n’est absolument pas le cas en Afrique.
Les réalités sociologiques et historiques de l’Afrique sont totalement différentes de celles de l’Occident et sont orthogonales à ce mode de représentation. Cette inadéquation entre la sociologie profonde des africains et les institutions importées qui régulent la société Africaine débouche sur une navigation à vue institutionnelle qui se traduit entre-autres par des lendemains d’élections la plupart du temps violents.
Les Africains retrouverons leur vivre ensemble paisible et pacifique le jour où ils vont redécouvrir qu’ils sont africains, redéfiniront ce que signifie être africains à la lumière des réalités d’aujourd’hui, mettront en place des institutions compatibles avec leur sociologie organique et conforme à leur moi émotionnel. Il faut donc se rendre au préalable à l’évidence que les institutions actuelles ne sont pas les nôtres et que l’on ne peut pas s’entretuer pour quelque chose qui ne nous appartient pas. Elles ont été mises en place pour justement affaiblir et détruire nos institutions millénaires.
L’Occident a une histoire parsemée de violence qui est devenu une composante de son être profond et de son reflexe de fonctionnement. La violence se retrouve dans son langage ordinaire ; pratiquement tout est envisagé par les Occidentaux sous un angle de conflit : la lutte contre la pauvreté, la conquête du pouvoir, l’affrontement d’une nature hostile, la conquête de l’espace, la lutte contre les maladies etc… Les institutions mises en place au niveau de chacun de leurs Etats et même au niveau international ne sont que le reflet de cette vision du monde. Curieusement, ces institutions qui ne reflètent pas la vision du monde des africains sont aussi les mêmes mises en place en Afrique, d’où une pléthore d’incongruités. Ces incongruités se retrouvent dans tous les domaines partant de l’alimentation à l’éducation, en passant par le système économique et le système juridique. Vivre dans une telle déconnection entre son être profond et les institutions ambiantes en lui-même crée des déséquilibres tels que la moindre étincelle se transforme en incendie ; c’est ce qui se passe au Cameroun aujourd’hui.
Le « Problème » Anglophone au Cameroun
A l’issue de la conférence de Berlin, le territoire que l’on appelle aujourd’hui Cameroun est devenu la plantation de l’Allemagne faisant de facto des habitants de ce territoire des esclaves du Reich. A l’issue de la 1ere guerre mondiale, le gang des planteurs (SDN) s’est de nouveau réuni pour décider du sort des plantations de leur ancien acolyte Allemand. C’est ainsi que le Cameroun s’est vu divisé en deux plantations, l’une pour la France l’autre pour la Grande-Bretagne malgré la protestation de Marcus Garvey, Président du Monde Noir. A la restructuration du syndicat des planteurs qui prend désormais le nom d’ONU, le statu-quo est maintenu au Cameroun. Une révolte des esclaves explose. Les leaders de cette révolte veulent briser les chaines de l’esclavage, ils seront tous traqués et massacrés. Entre-temps les plantations sont réorganisées avec de nouveaux règlements intérieurs que les esclaves accommodants appellent constitutions. En fonction de l’évolution des évènements dans le monde, les deux propriétaires du Cameroun réorganisent le fonctionnement des plantations.
A un point de l’histoire, la Grande-Bretagne décide de diviser sa plantation au Cameroun en deux lots, elle rattache l’un de ses lots au Nigeria, et cède l’autre à la France. C’est le point de départ de ce que l’on appelle la réunification qui a lieu à Foumban en 1961. A partir de là, la France manipule sa plantation comme bon lui semble en fonction de ses intérêts. Comme beaucoup d’esclaves ont vécu dans l’illusion d’une pseudo-souveraineté, la répartition des taches dans la plantation désormais à 100% française crée des mécontentements. Les anciens esclaves de la Grande Bretagne devenus à leur insu depuis 1961 les esclaves de la France pensent qu’ils sont entrain de devenir les esclaves des esclaves de la France et se révoltent. Ils appellent en vain leur ancien maitre britannique à leur secours, l’implorent de venir les récupérer, ignorant au passage que le deal avec la France est fait. Ce que l’on voit dans ce pays appelé Cameroun ne sont que les manœuvres du syndicat des propriétaires pour mieux exploiter cette plantation. Ces manœuvres portent le nom de code de : « Problème Anglophone ».
Il est temps de faire le point suivant : la période chaude qui va de 1945 à 1972 ne connait que 3 acteurs majeurs : La France, La Grande Bretagne, et l’UPC (Union des Populations du Cameroun), le reste n’est que faire-valoir et menu fretin. Ajoutons que ce sont les actions de l’UPC qui faisaient bouger les colons. La fausse indépendance de 1960 résulte des pressions de la lutte armée de ce mouvement, la France devait à tout prix éviter que l’UPC n’attire plus de sympathisants pour sa cause auprès du reste de la population. Le deal entre la France et la Grande Bretagne de 1961 est en partie motivé par l’intensification des combats par l’UPC et par le fait que ce mouvement avait compris comment utiliser le replie en territoire anglophone dans sa stratégie de lutte. C’est curieusement grâce à l’UPC que la partie dite anglophone, cédée par la Grande Bretagne à la France n’est pas immédiatement devenue francophone comme il est d’usage chez les colons d’imposer leurs langues et cultures aux nouveaux esclaves acquis. Ceux qui en doutent n’ont qu’à considérer la vitesse avec laquelle le Cameroun est passé de l’Allemand au Français et à l’Anglais avec le départ des Allemands et l’arrivée des Britanniques et des Français. Les colons français ont eu peur d’un embrasement général qui aurait pu résulter d’une alliance entre les combattants de l’UPC et les mécontents anglophones dans l’hypothèse d’une imposition immédiate de la langue française dans cette zone.
L’assimilation étant l’un des modes opératoires du colon, l’exécution du dernier grand leader charismatique de l’UPC en la personne d’Ernest Ouandié en 1971 et la décapitation subséquente de ce mouvement ont débouché directement sur la constitution du Cameroun en Etat Unitaire. Les circonstances de l’époque imposaient la dénomination République Unie du Cameroun comme solution provisoire au projet d’appellation de cette entité République du Cameroun pour reproduire celle de la République Française et confirmer ainsi qui était le maitre des lieux. En effet, si cette transformation a dû attendre 12 ans après 1972 pour se réaliser, c’est pour la simple et bonne raison qu’Ahidjo et la France, traumatisés par l’épisode UPC avaient peur de nouveaux soulèvements de grande envergure, du moment que le pétrole avait été découvert au large de Limbé.
Oublions un instant la vision macroscopique pour nous étendre un tant soit peu sur une vision microscopique. L’utilisation même du vocable Problème Anglophone pose un gros problème de sémantique. Dire que les anglophones ont des problèmes au Cameroun est une chose, dire qu’il y a un problème anglophone en est une autre. Techniquement, parler de problème anglophone force ses avocats à établir une situation de verticalité. En d’autres termes, il faut prouver que les problèmes dont il est question s’appliquent aux anglophones à l’exclusion de tous les autres groupes dans l’espace commun de vie. Cette posture est très difficile à tenir, cela va sans dire.
Qui sont les anglophones du Cameroun ? Ils ne forment pas une entité ethnique homogène ; au contraire, ils se répartissent en gros en deux groupes ethniques, les Sawa que l’on retrouve majoritairement dans le Sud-Ouest, et les Bamiléké qui forment la majorité au Nord-Ouest ; à ces deux grands groupes l’on peut même aussi ajouter une minorité Béti, et une minorité Bassa qui est elle-même en vérité une tribu Sawa. L’on retrouve les mêmes ethnies dans la partie francophone, et c’est la raison pour laquelle, probablement au bénéfice des lourdeurs sociologiques, les mariages entre les Francophones et les Anglophones obéissent à la même logique de proximité ethnique que les mariages intra-anglophones et les mariages intra-francophones. Les Mbo et les Bakossi se marient entre eux, les Bamenda et les Dschang se marient entre eux, bref les Sawa des deux rives du Moungo se marient entre eux tout comme les Bamiléké des deux versants des montagnes des Grass Fields se marient entre eux.
Toute cette dynamique complique énormément la conduite des revendications anglophones, et explique la confusion que l’on observe quant aux objectifs. D’aucuns revendiquent la sécession, d’autres le fédéralisme, et un dernier groupe rejoint le reste des Camerounais pour réclamer une plus grande décentralisation régionale. Dans l’hypothèse extrême d’une sécession, l’union anglophone ne tiendra pas longtemps à cause des différences ethniques, des différences dans la répartition des ressources naturelles (le Sud-Ouest est extrêmement riche par rapport au Nord-Ouest, il a en plus une débouché maritime contrairement au Nord -Ouest qui est enclavé), et une différence démographique (le Nord-Ouest est beaucoup plus peuplé que le Sud-Ouest) qui fausse le jeu démocratique. Contrairement au Cameroun dans lequel les conflits tribaux n’éclatent pas à cause du très grand nombre de tribu, le Cameroun Anglophone avec deux tribus dominantes n’aura pas la même chance. Il y aura une nouvelle division entre le Sud-Ouest et le Nord-Ouest qui ne va pas arranger les affaires du dernier. Toute guerre entre les deux groupes va embraser le reste du Cameroun dans une guerre aux relents tribaux et déstabiliser toute la sous-région.
Nous pensons que l’objectif de la souveraineté totale du continent doit être la raison de vivre de toute la jeunesse Africaine. Par rapport au Cameroun, nous n’adoptons la regionalisation intelligente comme solution d’étape que dans la mesure où elle permettrait aux Camerounais de regarder ensemble dans la direction de la souveraineté complète du pays. Nous exhortons le reste des Africains de mettre en place des conditions qui garantiraient à l’intérieur des frontières imposées par Berlin 1884 la sérénité de débats sur la souveraineté de leur espace géographique respectif. Apres cela, nous trouveront ensemble la meilleure façon d’organiser la contre-conférence de Berlin. Entretemps ne tombez pas amoureux des élections sous la forme actuelle, car la démocratie à l’Occidental n’est pas conforme au modèle sociologique africain. L’enjeu des élections devrait strictement se limiter à amener au pouvoir des personnes qui vont faciliter notre marche vers la sortie de prison.

Paul D Bekima pour le Sphinx Hebdo

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