lundi, 17 juin 2019 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Santé de la reproduction et Planification familiale

L’Etat doit respecter ses engagements pour la gratuité des méthodes de contraception




L’engagement pris par le Bénin de rendre gratuits les produits contraceptifs aux adolescents et jeunes et qui a été étendu à toute la population à la Conférence de Londres de juillet 2017 n’est toujours pas respecté malgré l’existence d’une politique de gratuité élaborée par le ministère de la santé avec l’appui technique et financier de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas et le fort plaidoyer des Organisations de la société civile (OSC) intervenant dans le domaine.

Au Bénin, les contraintes financières empêchent toujours les adolescentes et jeunes filles de jouir de leur droit à la contraception. Et pour cause, les mesures qui doivent faciliter l’accès aisé aux méthodes modernes de contraception à cette cible tardent à être prises. En effet, le droit à la contraception est un droit inaliénable reconnu à tout être humain tout au long de sa vie, en toute situation et en tout lieu. Aucun individu ne peut être privé de ce droit dont il bénéficie sans aucune discrimination fondée sur l’âge, le sexe, la condition sociale, la religion, l’ethnie, la situation matrimoniale... Mais force est de constater aujourd’hui que les adolescentes et jeunes filles dans la majorité des cas, n’ont pas accès aux services de la planification familiale (PF). Les raisons de la non jouissance de ce droit sont liées aux contraintes financières, à l’accessibilité géographique, à la disponibilité des contraceptifs, à l’insuffisance ou l’absence d’information sur les droits sexuels et reproductifs (...).

Pour les spécialistes en santé de la reproduction, le coût des produits contraceptifs constitue un obstacle majeur pour les femmes qui ne disposent pas de sources de revenus personnels au sein des communautés. « Bien que les consultations dans les centres de santé publics soient gratuites et que les contraceptifs soient subventionnés, ces derniers sont quand même vendus même si c’est à un prix équivalent à 25 % de leur coût réel. Ainsi, pour une jeune fille qui dépend entièrement de sa famille, le prix de la contraception peut s’avérer une difficulté insurmontable surtout pour celles qui sont en zone rurale », a expliqué Dr Gaston Ahounou, chef du service de planification familiale, santé des adolescents et jeunes de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant, au ministère de la santé.

Pourtant, la santé sexuelle et reproductive des adolescentes et jeunes se caractérise par une sexualité précoce dans tous les départements du Bénin. Ces derniers, la plupart du temps vont à l’acte sexuel sans protection ni contraception. D’après les résultats de l’Enquête Démographique de Santé (EDSB IV/2011-2012), une adolescente sur cinq (05) a déjà procréé ou connu une première grossesse. Des jeunes filles sont mariées à l’âge de 15 ans. Cette précocité des rapports sexuels associée à la faiblesse des besoins non satisfaits en planification familiale estimés à 35% parmi cette couche est à la base des grossesses précoces et non désirées, un phénomène en vogue dans les écoles et collèges, selon la même source. Malheureusement, ces grossesses se soldent souvent par des avortements clandestins avec toutes les complications y afférentes chaque jour. Ainsi, l’accès des jeunes à la planification familiale demeure un impératif.

Un décret pour rendre opérationnelle la politique de gratuit

Dans l’optique de souscrire à son engagement de rendre gratuit l’accès des produits contraceptifs aux jeunes, le ministère de la santé a élaboré fin 2015 avec la participation des OSC, la politique d’exemption du paiement direct des coûts liés aux services et produits contraceptifs.
Cette politique peine à être mise en œuvre jusqu’aujourd’hui car le gouvernement traîne les pas pour adopter cette politique par décret pris en conseil des ministres. Ce qui constitue un handicap majeur pour faire évoluer les taux de prévalence contraceptive et permettre ainsi au Bénin d’être au rendez-vous de FP 2020. Cette politique présente à tous points de vue de nombreux avantages : réduction des taux de grossesses non désirées aussi bien dans le rang des adolescentes que dans celui des femmes en union, réduction des taux élevés d’avortements aussi bien dans le rang des adolescentes que dans celui des femmes en union, réduction des taux de mortalité maternelle et augmentation significative du nombre de nouvelles utilisatrices de méthodes PF et réduction du taux élevés des besoins non satisfaits en matière de PF, etc.
Aussi ; cette mesure entraînerait-elle une allocation conséquente de budgets alloués à l’achat de produits contraceptifs car derrière toute mesure de gratuité, il faut forcer que quelqu’un paie les produits. L’adoption de cette politique contraindra aussi l’Etat à respecter son engagement de porter au moins à 250.000.000 FCFA l’achat de produits contraceptifs en 2018 et même aller au-delà.
Dans le Budget général de l’Etat, gestion 2018, 150 millions de francs CFA sont prévus pour être alloués mais rien n’est moins sûr. A quelque mois de l’échéance, il importe pour l’Etat d’explorer d’autres approches novatrices de mobilisation de ressources alternatives en vue de poursuivre et augmenter sa contribution à l’achat des produits contraceptifs.

Le Programme d’Action du Caire en péril ?

Lors de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD), tenue au Caire en Egypte en septembre 1994, 179 Etats (dont le Bénin) se sont engagés à mettre en œuvre un Programme d’action afin de faire progresser les droits et la santé sexuelle et de la procréation. Ce programme visait entre autres, les objectifs de réduction de la mortalité maternelle, de l’accès universel aux soins de santé de la procréation, dont la planification familiale, de promotion des accouchements assistés et la prévention des infections sexuellement transmissibles (y compris le Vih/Sida).

Il importe que le gouvernement prenne ses responsabilités en prenant des mesures idoines pour renforcer l’accès des adolescents et jeunes aux services de Santé de la reproduction en général et de la Planification familiale en particulier en mettant en œuvre égalementde façon diligente la politique nationale de promotion du genre.

Le ministre de la santé doit tout mettre en œuvre pour coordonner les initiatives en faveur de la prise de ce décret en conseil des ministres.

Juliette MITONHOUN

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