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FIL D'ACTUALITÉ

Pesticides

Ces poisons qui asphyxient la production cotonnière





La culture du coton dévore beaucoup de produits phytosanitaires. C’est une culture qui est très consommatrice de pesticides. Ces produits protègent non seulement les plantes contre les ravageurs, mais contribuent à alléger le travail. Les désherbants permettent de faire peu de travail. Aujourd’hui, les producteurs agricoles ne se passent plus des herbicides. On constate même une utilisation excessive de ces désherbants. Mais très peu d’agriculteurs savent les dangers que représentent ces produits pour leur santé et l’ensemble de la communauté.

(Par Edson ADE)

La pulvérisation des plantes exige le port d’une combinaison de protection. Et pourtant les producteurs n’utilisent pas de masque, ni de gants. " Certains n’utilisent même pas de pulvérisateur ou ne se vêtissent pas au moment des traitements. ", affirme Boukary Moumouni, producteur de coton dans la commune de Banikoara. En l’absence de combinaison, le corps reçoit évidemment des doses de ces pesticides.

Certains producteurs pensent que les produits ne sont pas aussi dangereux. Cette perception des pesticides est visible dans leur comportement quotidien. Ces produits sont gardés à l’intérieure des maisons d’habitation. Les emballages de pesticides sont même utilisés dans le ménage.

Le dosage des pesticides dans le traitement du cotonnier ne respecte pas les normes recommandées. Certains agriculteurs font des mélanges pour plus d’efficacité. " On achète différents produits et on fait le mélange, on obtient ainsi un désherbant très efficace ", déclare Etienne Adoukonoua dans la commune de Djidja.

Selon les producteurs, la plupart de leurs emballages de pesticides sont abandonnés dans les champs, où broutent les animaux après les récoltes. Dans leur pratique, les producteurs nettoient souvent le matériel dans la mare. "Allez-y au barrage, vous trouverez des bidons de pesticides ", déclare Emmanuel Boni de Nikki. Les bidons ainsi que les sachets de pesticides finissent après utilisation dans un point d’eau. Le matériel de pulvérisation est également nettoyé dans les cours d’eaux ou les ruisseaux. " Vous voyez là-bas, les producteurs de légumes ont jeté les emballages dans le ruisseau, or en aval, les gens y puisse l’eau de boisson. ", nous indique un ingénieur agronome. Une pratique que les spécialistes de l’environnement trouvent inquiétante. En 1995, dans la partie septentrionale du Bénin, des pesticides auraient causé la mort de nombreux poissons dans des cours d’eau. Le danger et certainement le plus grave pour le consommateur, c’est l’utilisation des pesticides du coton par des maraîchers.

Le comportement des maraîchers est dénoncé par les spécialistes. Les pesticides recommandés pour le coton sont utilisés pour les choux, la tomate, la salade etc. " On utilise tout, pourvu qu’il tue les ravageurs, y’a pas de dose ", affirme Ambroise Badou, un maraîcher de Cotonou. Il reconnaît que ce comportement est dangereux à la suite des effets déjà constatés. " Un jardinier a été hospitalisé après avoir consommé de la tomate ", fait-il savoir.

Les exploitants agricoles se défendent souvent derrière l’irresponsabilité des techniciens agricoles pour justifier ces comportements et les risques pour eux et les consommateurs. Les encadreurs des sociétés cotonnières n’insisteraient pas sur la protection des producteurs par l’information et la sensibilisation sur les pesticides. "On ne sait pas à quoi ils servent tous ces agents du ministère de l’Agriculture. Ils ne viennent jamais dans les champs", regrette un cotonculteur de Nikki.

Les arguments de leur défense sont nombreux. Certains soutiennent par ailleurs que les gants ne sont pas efficaces dans la manipulation des produits et autres objets. Par contre, la plupart en revanche aimeraient bien prévenir des risques en utilisant les combinaisons de protection, mais la question de la disponibilité et de l’accessibilité reste un grand obstacle. Les coûts très élevés des équipements de protection les rendent inaccessibles par les paysans. Ce que les producteurs ne savent pas, c’est que certains consommateurs se sont plaints des maux de ventre suite à une consommation des productions maraîchères. Les résidus de pesticides se retrouvent facilement dans les aliments.

Toxiques et dangereux

Des études ont montré que le mélange est plus toxique et dangereux. C’est aussi dangereux d’utiliser des pesticides destinés au coton pour traiter des légumes. C’est très toxique et mortel. Les emballages aux mains des producteurs inquiètent les agents de santé. La réutilisation des emballages des pesticides à des fins domestiques constitue une source d’intoxication alimentaire pour les populations. Les emballages abandonnés à l’air libre constituent un danger pour les personnes mais aussi pour les animaux qui souvent broutent les herbes dans les champs après les récoltes. L’autre risque pour l’homme, c’est la contamination des autres cultures.

En général, le champ de coton est associé à d’autres cultures. Le même terrain est aussi utilisé pour d’autres cultures les années suivantes. Les résidus des pesticides peuvent donc se retrouver dans la chaîne alimentaire. Ils sont alors exposés à ces produits qui peuvent conduire à certaines maladies. Les cas de contamination indirecte sont également à craindre puisque les pesticides sont à porté des enfants.

Le Dr Issa Soulé, enseignant à l’université de Parakou, précise que ce ne sont pas seulement les fortes doses qui sont toxiques et dangereuses pour la santé humaine et animale. C’est la quantité des expositions élevées qui augmente les risques de contamination. Au Bénin, les études et les témoignages des praticiens de la santé, des spécialistes de l’environnement, et surtout d’une majorité des producteurs de coton ainsi que des maraîchers penchent plutôt pour les effets directs des pesticides. La mauvaise utilisation des produits phytosanitaires, l’inapplication des textes qui réglementent la distribution de ces produits exposent producteurs et consommateurs. Les médecins ainsi que les députés ont interpellé le gouvernement sur le sujet. Le médecin chef de Nikki pour sa part pense qu’il est difficile de faire un lien de cause à effet. Toutefois, il sait que les pesticides représentent un danger pour la santé des producteurs.

Chaque année, sa formation sanitaire reçoit au moins 600 cas de malades pour intoxication aux pesticides. Les intoxications interviennent par inhalation, par injection ou par pollution. Ces maladies se manifestent par des vomissements, des céphalées, des vertiges et parfois les individus sombrent dans un coma. Les cas les plus graves sont évacués. Les femmes enceintes et les enfants sont les plus vulnérables et les plus exposés. La saison hivernale est la période de pic des intoxications. A 35 ans, Amidou Saliou, producteur de coton à Banikoara commence à avoir peur des pesticides. Les vertiges et les céphalées surviennent après chaque traitement du cotonnier.

C’est depuis très jeune qu’il traite le coton. " Il arrive que le vent renvoie le produit sur vous, parfois tu t’évanouis. Cela m’est arrivé deux ou trois fois ", déclare-t-il. Un autre producteur le soutient. Il affirme qu’il a été à plusieurs reprises admis à l’infirmerie. Aziz Yacoubou n’a pas eu la même chance. Cet élève coranique aurait succombé après une dure journée de traitement de coton. Son ami Seydou Nébié a vu le jeune souffrir de ces produits pendant plusieurs années. Il pense que c’est par manque de traitement que le jeune a succombé. vée. " Après le traitement d’un champ de coton, on a mal partout : les yeux, la tête, nausée, irritation, la peau qui brûle", avoue-t-il.

Des études de monotoring sur les pesticides des communautés à la base menées par les chercheurs sur des producteurs de coton dans la région en 2006 révèlent que sur un échantillon de 100 producteurs chargés des traitements phytosanitaires, des maux de têtes sévères sont les symptômes les plus fréquents et affectent 92 % des enquêtés, suivis des vertiges pour 83 %, des tremblements des mains pour 54 %, des nausées ou vomissements pour 21 %, troubles de la vision 21 %, transpiration excessive pour 13 %, étourdissement pour 8 % et hypersalivation pour 8 %. La plupart de ces symptômes (46 %) surviennent quelques heures ou quelques jours après l’utilisation des pesticides.

Quelques cas cependant (13 %) sont arrivés pendant l’utilisation des produits et étaient les incidents les plus sérieux. Les chercheurs conclurent que " bien que le pesticide responsable n’a pas été formellement identifié mais tout porte à croire que le produit toxique n’est autre que l’endosulfan. Au ministère de l’Agriculture, il n’existe pas des statistiques sur les maladies liées aux pesticides. " Il n’y a pas eu d’étude sur ce sujet ", affirme un agent du ministère.

Trouver des solutions

Cependant, dans toutes régions cotonnières, le développement des maladies cancéreuses inquiète en dépit de l’insuffisance de dépistage. Au centre départemental hospitalier de Goho, un agent affirme que la plupart des dépistages de cas de cancer se fait pendant une consultation dont le motif de départ était une autre maladie. Cependant, après le paludisme, les maladies bactériennes, respiratoires, les cas de tumeurs (fois, col de l’utérus, sein, peau etc.) occupent une place important. Ces tumeurs peuvent présager un cancer.

Ce sont de soupçons, précise un responsable au niveau du centre hospitalier. Ici, c’est la prudence du fait de la faiblesse de fréquentation des centres de santé par la population et à l’absence d’enquête sur le sujet.

L’ensemble des chercheurs et de praticiens rencontrés à Cotonou s’accorde sur un point essentiel. Les maladies se déclarent très tard dans la vie de l’individu. Il faut un diagnostic pour faire le lien entre la maladie et les pesticides. Le pneumologue Samuel Pognon précise que " c’est à long terme, dans 50 ans que les agriculteurs ressentent les effets ". Les professionnels de la santé soutiennent ses affirmations et attirent l’attention sur la montée des maladies pulmonaires chez les cotonculteurs. Selon Samuel Pognon, la situation que vivent les cotonculteurs est très alarmante. Il avertit que l’utilisation des pesticides par nos producteurs constitue un problème de santé publique.

Les services de pneumologie commencent à recevoir de nombreux malades contaminés par les pesticides et qui souffrent des maladies pulmonaires. « Le drame, c’est que ces maladies une fois déclarées sont irréversibles », lâche le pneumologue.

Ce sont des maladies qui se développent pendant plusieurs années d’exposition aux pesticides. Il constate pourtant que les producteurs sont peu informés et prennent peu de précautions dans l’utilisation des pesticides. Le praticien conseille l’utilisation des masques à gaz pendant la pulvérisation aux pesticides. Et c’est avec amertume et angoisse qu’il constate que les producteurs de coton n’utilisent pas des combinaisons adaptées. Les pesticides sont des bombes entre les mains des producteurs qui ignorent tous de leurs effets. (financières, de téléphonie et autres) trop énergétivores souvent pour relever le défi de l’électricité pour tous.

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