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FIL D'ACTUALITÉ

Zinsou tel qu’en lui-même ?




(Par Roger Gbégnonvi

​Le Président Emile Derlin Zinsou s’en va après une longue vie publique vouée et dévouée à la politique. Si ‘‘le style, c’est l’homme’’, certains actes et propos de lui choisis donnent Zinsou à voir tel qu’en lui-même pendant les 18 mois de sa présidence volontariste.
​Retour d’un périple à l’étranger, il est accueilli à l’aéroport par du beau monde et des journalistes, dont celui qui lui demande ‘‘ce que son voyage nous a rapporté’’. Le Président éclate : ‘‘Je ne serai pas le chef prostitué d’un pays à genoux !’’ A l’opposé donc du général Soglo, chef de l’Exécutif, retour de Paris, après le premier coup d’Etat : ‘‘Je ne suis pas revenu les mains vides.’’ Un clin d’œil au vide des caisses de l’Etat en 1963. Elles étaient encore vides en 1968, et c’est pour sauver un pays en faillite que le haut commandement militaire plaça Zinsou à la tête de l’Exécutif, sûr qu’il pouvait, mieux que quiconque, convaincre la France de tendre une main secourable en direction du Dahomey. Une posture de mendiant (prostitué, c’est trop fort) eût été donc pas mal vue. Mais voilà ! Zinsou ne mange pas de ce pain-là. Au lieu de faire la manche, il décide de redonner vie et vigueur à l’impôt de capitation, comme seul moyen pour le Dahomey d’équilibrer dignement son budget de fonctionnement sans être obligé d’aller ramper à Paris. A l’exception donc des scolaires et des étudiants, tous, hommes et femmes, en âge de le faire, doivent s’acquitter de l’impôt de capitation. Objectif présidentiel noble, pilule amère pour les Dahoméens. Au petit matin, de nombreux jeunes gens prennent le maquis pour ne pas être cueillis au lit par des agents percepteurs matinaux. Aujourd’hui encore, pour dire la grande difficulté d’une affaire, on cite l’adage : ‘‘C’est plus dur que l’impôt de capitation au temps de Zinsou’’, é vê wù hú zìnsútakwê). Et quand on le félicite d’être entré en immortalité par la belle porte du verbe sapientiel de nos proverbes, Zinsou s’emporte : ‘‘Allons donc ! Est-ce dans la poche de Zinsou qu’entrait l’impôt de capitation ?’’ Oh non, Président ! Mais il se trouve que, à votre corps défendant, un adage, un rien méchant, rend hommage à votre sens de la dignité et á votre intégrité. Car, jamais, il ne vous fut reproché d’avoir pris à l’Etat ce qui lui revient. Vos compagnons des 18 mois d’effort et de rigueur saluent votre respect du bien public.
​Une grève des scolaires et des étudiants n’en finit plus et risque de faire tâche d’huile dans le rang des fonctionnaires. Zinsou monte au créneau et tonne : ‘‘Quelques garnements, qui se prénomment prétentieusement ‘Comité d’Organisation’, ont cru que l’heure était venue pour le Dahomey d’être gouverné par des potaches. J’ai décidé de mettre fin à la plaisanterie.’’ Et il nomme des préfets militaires pour seconder (coiffer ?) les préfets civils. Force doit rester à l’Etat. Zinsou en est convaincu, au risque de rendre trop fort l’Etat.
​Au matin de son acceptation solennelle de la magistrature suprême à lui confiée par le haut commandement militaire, un jeune professeur de philo, qui venait de l’entendre à la radio, va au-devant de ses élèves de terminale et leur confie : ‘‘Je viens d’écouter votre nouveau Président : il a un style gaullien.’’ De Gaulle n’était pas le choix de ce jeune Français, mais il l’admirait à cause de ce qu’il était pour la France. Avec le recul, et à la réflexion, le dernier mot ne lui revient-il pas ? Car Zinsou aura eu quelque chose de de Gaulle. Car les deux, au service d’une certaine idée de la dignité et de la grandeur, auront eu les grands défauts de leurs grandes qualités. Car les deux auront été entiers, avec un caractère trempé. On aime ou on n’aime pas. Zinsou et de Gaulle n’auront pas laissé leur peuple indifférent.
​Au Dahomey à genoux en 1968, au Bénin estropié en 2016, le peuple a besoin de dirigeants qui l’éveillent à quelque idéal. Zinsou tel qu’en lui-même, c’est peut-être celui de l’adage. Qu’il n’aimait pas entendre. Contre lequel il ne va plus se défendre. Repos et Paix.

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