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Santé

Un robot conçu pour diagnostiquer les troubles dépressifs




Julien Chongwang

Lecture rapide
- Lors des tests, le robot a reconnu 17 des 35 patients dépressifs déclarés par le médecin
- Il va aider à faire le suivi des patients de plus en plus nombreux pour les médecins
- Les recherches se poursuivent pour améliorer les performances de cet assistant médical

La célébration ce 7 avril de la journée mondiale de la santé coïncide avec l’aboutissement récent des travaux de chercheurs français du laboratoire SANPSY (sommeil - addiction – neuropsychiatrie) et du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux.

Ils ont développé un robot médical appelé Julia et capable de mener un entretien avec un patient afin de déterminer si ce dernier souffre de troubles dépressifs ou de troubles du sommeil.

Ces travaux ont été dirigés par le professeur Pierre Philip du laboratoire SANPSY et leurs résultats ont été publiés en février 2017 dans la revue Scientific Reports.
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“Notre étude a démontré lors d’un essai clinique qu’avec ce robot, on a une pertinence diagnostique comparable à celle d’un médecin psychiatre”

Pierre Philip
Laboratoire SANPSY, Bordeaux (France)

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Interrogé par SciDev.Net, l’intéressé a précisé que "Julia c’est un logiciel qui permet de diagnostiquer les patients dépressifs au cours d’une consultation réalisée en médecine du sommeil".

"Notre étude a démontré lors d’un essai clinique qu’avec ce robot, on a une pertinence diagnostique comparable à celle d’un médecin psychiatre", a-t-il ajouté.

Concrètement, cet "agent conversationnel animé", comme le désignent ses concepteurs, va jouer un rôle complémentaire auprès du médecin en interrogeant les patients et en recueillant leurs réponses afin de les analyser.

L’idée étant que l’entretien avec lui permette au médecin d’obtenir un certain nombre d’informations avant sa rencontre avec le patient.

Pour évaluer l’efficacité de ce dispositif, les médecins ont effectué des tests sur 179 patients, d’après l’article paru dans Scientific Reports. 90 parmi eux ont fait leurs consultations auprès du psychiatre avant de passer devant Julia ; tandis que les 89 autre ont suivi la démarche inverse.

A l’arrivée, d’après la même source, le robot a parfaitement identifié 17 parmi les 35 patients ayant présenté des troubles dépressifs majeurs d’après le diagnostic du psychiatre.

Sur les motifs du développement de cette technologie, Pierre Philip explique : "Dans les sociétés occidentales, 60% des coûts relèvent du suivi des maladies chroniques chez des patients qui souffrent de maladies non infectieuses".

"Donc, il y a un gros problème d’augmentation des malades et il y a une grosse difficulté, avec le nombre de médecins actuels, de pouvoir suivre l’ensemble de la population. Il faut donc créer des outils nouveaux pour pouvoir assurer le suivi", dit-il.

Logiciel Kinect

Pour mener ses consultations, le robot Julia exploite entre autres un logiciel dénommé Kinect : "Le logiciel Kinect c’est pour suivre le regard du patient. Mais, dans le futur nous espérons pouvoir y installer une fonction de reconnaissance faciale pour renforcer encore la communication avec Julia. Ce sont des recherches en cours", précisent les chercheurs.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre d’un programme ambitieux d’"hôpital numérique" à travers lequel on espère que Julia pourra même opérer comme compagnon à domicile pour répondre aux préoccupations des patients.

A terme, cette technologie pourra constituer un apport important dans la prise en charge d’une pathologie qui, aux dires de l’OMS, est quelque peu négligée.

"Dans de nombreux pays, il n’y a que très peu ou pas d’aide pour les personnes ayant des troubles de santé mentale. Même dans les pays à revenu élevé, près de 50% des personnes ayant une dépression ne sont pas traitées", dit l’organisation dans un communiqué de presse.

"En moyenne, seulement 3% des budgets publics pour la santé sont investis dans la santé mentale, ce chiffre variant de moins de 1% dans les pays à faible revenu à 5% dans ceux à revenu élevé", ajoute la même source.

Pourtant, les dernières estimations situent à environ 300 millions le nombre de personnes qui, dans le monde, vivent désormais avec des troubles dépressifs. Soit une augmentation de 18% entre 2005 et 2015.

Ce qui en fait " la première cause d’incapacité dans le monde et contribue fortement à la charge mondiale de la maladie", avec une plus forte prévalence chez les femmes que chez les hommes.

Selon les spécialistes, les symptômes de la dépression sont une humeur morose, une perte d’intérêt et de plaisir, une baisse d’énergie entraînant une diminution de son activité pendant au moins deux semaines.

800 000 suicides par an

On y ajoute aussi de l’anxiété, une perturbation du sommeil et de l’appétit, un sentiment de culpabilité ou de dévalorisation, la difficulté à se concentrer, des pensées autodestructrices ou suicidaires…

L’OMS souligne en outre que "selon le nombre et la gravité des symptômes, un épisode dépressif peut être considéré comme léger, modéré ou sévère" et que "dans le pire des cas, la dépression peut conduire au suicide".

Justement, on estime que quelque 800 000 personnes se suicident chaque année dans le monde, faisant du suicide la deuxième cause de mortalité chez les 15 – 29 ans.

Pour Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, "ces nouveaux chiffres tirent la sonnette d’alarme pour que tous les pays repensent leurs approches en matière de santé mentale et s’en occupent en lui accordant l’urgence nécessaire".

Ce d’autant plus que "chaque dollar US investi pour l’extension des traitements de la dépression et de l’anxiété en rapporte 4 en termes d’amélioration de la santé et de capacité au travail"

Parmi les causes de cette maladie, les médecins citent la succession d’événements malheureux (chômage, deuils, traumatismes psychologiques, etc.) et la santé physique : une maladie cardio-vasculaire pouvant par exemple entraîner une dépression et vice versa.

Si les traitements par des antidépresseurs existent, leur prescription est soumise à un rigoureux encadrement. Car, "pour celui ou celle ayant une dépression, le fait de parler à une personne de confiance est souvent le premier pas vers le traitement et la guérison", martèle Shekhar Saxena.

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