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FIL D'ACTUALITÉ

Déploiement de la fibre optique sur les poteaux de la SBEE

Un contrat nuisible que la Rupture refuse de rejeter




Le jeudi 21 janvier 2016, Alain Barreau, Directeur Général de Canal Plus, et la Société Béninoise d’Energie Électrique (SBEE) ont signé un contrat d’exploitation en vue de distribuer Internet à partir des poteaux électriques. Selon monsieur Adrien Barreau, l’ambition du groupe français à travers sa familiale CanalBox Bénin est de mailler l’ensemble de la ville de Cotonou puis progressivement le Bénin, d’un réseau de fibre optique qui permettra aux utilisateurs finaux de bénéficier d’Internet à très haut débit. C’est une innovation pour notre pays . Cela fait rêver. Mais à y voir de près, les conditions particulières et exclusives accordées à Canalbox Bénin, filiale du Groupe Bolloré, ne sont pas de nature à favoriser le service d’accès à Internet ni celui de la téléphonie Gsm en République du Bénin.

Voici les faits

Dans la zone de l’hôpital de la Mère et de l’Enfant (Homel) sis au quartier Tokpa-Hoho à Cotonou, CanalBox Bénin procède actuellement à un déploiement aérien de fibre optique à partir des poteaux électriques de la Sbee. C’est sur la base d’une autorisation de l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et postales) et d’un contrat d’exploitation signé avec la Sbee que la filiale du Groupe Bolloré opère.
À travers son réseau optique en déploiement, les équipements et infrastructures de CanalPlus seront non seulement interconnectés, mais permettront à cette société de fournir de l’Internet haut débit à domicile et aux entreprises. En clair, le Groupe Bolloré va fournir à la fois la télévision ( Canal plus) et Internet ( Canalbox) et si possible de la téléphonie. Une concurrence déloyale pour les autres acteurs du marché que sont les opérateurs Gsm et les fournisseurs d’accès Internet.

Un favoritisme préjudiciable
Grâce à ses accointances avec le régime défunt, le Groupe Bolloré a réussi à avoir une exclusivité qui lui permet de se mettre en position de monopole dans un secteur qui n’était pas le sien en République du Bénin.
En effet, conformément à l’article 15 de la convention d’exploitation qui lie les opérateurs GSM à l’Etat du Bénin, il est reconnu à ces sociétés le droit d’installer leur réseau de fibre optique sur toute l’étendue du territoire national en cas de nécessité.
Excepté Bénin Télécoms Sa, les Opérateurs Gsm n’ont pas eu la possibilité d’exercer ce droit qui leur a été reconnu. Leurs demandes respectives en vue d’installer leur réseau de fibre optique pour une meilleure qualité de services sont restées sans suite.
De ce fait, l’exclusivité accordée à Canalbox Bénin (Canal Plus), place cette société dans une situation de monopole et devient anti-concurrentiel pour les autres opérateurs du marché.
Pour leur développement, la seule possibilité qui s’offre désormais aux opérateurs Gsm et autres fournisseurs d’accès Internet, est le déploiement de la fibre optique par voie terrestre. Ce qui revient excessivement onéreux car il faut casser les goudrons, enlever les pavés etc... Des travaux qui peuvent s’avérer colossaux dans une ville comme Cotonou, sans compter la gêne causée aux usagers privés et professionnels des voies publiques.

La rupture à l’épreuve

Le gouvernement de la Rupture est à l’épreuve. La récente décision de suspendre les responsables de l’Arcep de leur fonction est à féliciter. Cette décision salutaire doit se poursuivre et une enquête sur les conditions de l’autorisation accordée à CanalBox Bénin s’impose.
Il est inconcevable dans un Etat qui se respecte qu’on accorde une même autorisation refusée aux ayants droits (opérateurs GSM ou fournisseurs d’accès internet) à une seule entreprise qui compte les concurrencer et qui de plus profite également de l’exploitation des infrastructures publiques, c’est à dire les poteaux électriques de la SBEE donc de l’Etat.
En clair, le gouvernement doit rétablir l’équilibre dans ce secteur en accordant la même chance aux acteurs, étudier les conditions d’octroi de l’autorisation accordée par l’ARCEP à Canal Plus ainsi que les conséquences de cette décision pour l’Etat et les acteurs du secteur.
Enfin, le gouvernement de la Rupture est attendu sur une proposition de loi sur la régulation de la concurrence en République du Bénin promise par le régime défunt et dont on comprend le peu d’empressement à en prendre les dispositions concrètes, ce qui mettrai résolument fin aux marchés publics frauduleux conclus de gré à gré.

Paul Tonon

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