dimanche, 4 décembre 2016 •

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FIL D'ACTUALITÉ

Lettre ouverte au Président élu, M. Patrice TALON




LETTRE OUVERTE

De Philippe HOUNKPATIN, Dr.-Ing. en Génie électrique (France, 1971),
Ancien DG/SBEE (1990-1995)
Ancien Directeur Etudes et Projet à la CEB (1973-1982, Lomé)
Ancien DG/ESIE (Ecole Sup. Interafricaine de l’Electricité, 1982-1985, Abidjan)
Ancien Prof. d’Université (Génie électrique, Math, Physique/France, Bénin, Togo)

A
Son Excellence, M. Patrice TALON, Président élu du Bénin (Mars 2016)
Avec ses « Coalisés de la Rupture »

OBJET : RUPTURE ET NOUVEAU DEPART, Acte 1ier : FORMATION du 1ier GOUVERNEMENT

Excellence, M. le Président de la République,

Proclamé Président élu du Bénin par la Cour Constitutionnelle le 30 Mars dernier, vous allez bientôt présenter votre 1ier Gouvernement après votre investiture le 6 Avril prochain. Je vous adresse mes vives félicitations.

Considérant votre principale promesse de campagne électorale (vous et vos coalisés de la rupture), de placer votre mandat sous le signe de la rupture, rupture avec toutes ces pratiques et actions mauvaises et hasardeuses du passé (notamment ces 10 dernières années) que le peuple béninois, par son vote exprimé, voudrait ne plus jamais connaître,

En tant que simple citoyen, mais observateur assidu et très attentif de la vie politique et socio-économique de mon pays depuis plusieurs années,

Je m’empresse de venir très respectueusement vous faire part de ce qui suit, concernant la formation de votre 1ier Gouvernement. Peut-être que mes propositions font déjà partie de vos décisions sur la question. Mais, comme disent les Minas, « Plein de viandes dans la sauce ne la gâte pas ! ».

Voici donc les éléments essentiels de rupture auxquels j’ai pensé, devant nécessairement apparaître dans la formation de votre premier gouvernement :

1. Rompre avec les gouvernements pléthoriques : 15 à 17 ministères suffisent pour le Bénin, correspondant aux seuls grands domaines sectoriels de gouvernance politique, économique et sociale. Point besoin, par exemple, d’avoir un ministère chargé de « la Coordination des politiques de mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le Développement, des Objectifs de Développement Durable, et des Grands Travaux ». Réduction du train de vie de l’Etat y oblige !
2. Regrouper au maximum les secteurs et sous-secteurs parents, tels que : les 3 ordres d’Enseignement et l’Alphabétisation en un seul ministère ; la Micro-finance avec les Finances ; l’Artisanat et les PME avec l’Industrie ; l’Emploi des jeunes et leur réinsertion avec le Travail et la Fonction publique ; la Femme, la solidarité nationale, le 3ième âge et les Handicapés avec la Famille et les Affaires sociales ; tous les Transports (terrestres, aériens et maritimes) ensemble ; etc., etc.
3. Adopter des dénominations de ministère les plus courtes possible et non plus kilométriques et redondantes tel que « MERPMEDER » (Ministère de l’Energie, des Recherches Pétrolifères et Minières, de l’eau et du Développement des Energies Renouvelables), sachant que les décrets d’AOF (Attribution, Organisation et Fonctionnement) sont là pour préciser, expliciter et développer les contenus.
4. Ramener la dénomination « Ministère du Plan » : il s’agit de la Planification d’Etat et de la Prospective, fonction managériale très importante, qui sera confiée à une sorte de super-ministère avec des points focaux répondants dans tous les autres ministères. Plus de « Ministère du Développement », car le développement est une préoccupation transversale à faire partager à tous les autres ministères comme objectif.
5. Rompre définitivement avec le terme incongru et non constitutionnel de « Premier Ministre » ! Car, de par le monde, un Premier Ministre est essentiellement Chef de Gouvernement ; c’est un terme consacré universellement, propre aux régimes semi-présidentiels. Je m’interroge d’ailleurs de savoir si ce besoin qu’ont eu deux de vos prédécesseurs de nommer, de temps à autre, un Premier Ministre dans notre régime présidentiel ne traduit pas plutôt une nécessité dont il faudra peut-être remettre en débats ? La concentration de tant de fonctions entre les mains du Président de la République n’a-t-elle pas induit ce besoin ? Mais, en attendant qu’une éventuelle réforme constitutionnelle vienne répondre à ces interrogations, cessons de nous rendre ridicules en agissant comme Monsieur Jourdain de Molière, le Bourgeois gentilhomme qui se surprenait à faire de la prose sans le savoir ! Si tant est-il que les préoccupations de coordination de l’action gouvernementale et d’intérim du Président de la République sont effectivement une nécessité, elles peuvent bien être satisfaites dans un régime présidentiel par la nomination d’un Ministre d’Etat, un et un seul au gouvernement et non pas une flopée ! Le ridicule a été jusqu’à nommer un Vice-Premier Ministre !
6. Former un gouvernement qui va durer, simplement parce que vous aurez procédé à des choix mûrement réfléchis des hommes et des femmes pour le composer. Cela nous évitera le spectacle affligeant de gouvernements qui se font et se défont sur courte période et à tour de bras, où l’on a connu des « ministres vagabonds » allant d’un département à un autre, et des ministres remerciés en moins de six mois par d’incessants réaménagements techniques ou remaniements ministériels. Et certains Béninois de déclarer : « Qu’importe ! C’est une prérogative constitutionnelle dévolue au Président de former ou de remanier son gouvernement comme bon lui semble ! » Sur quoi, la réplique serait : « Prérogative oui, mais pas n’importe comment ni n’importe quand ! » Car, si la lettre de la Constitution ne l’a pas disposé, l’esprit n’y manque pas. En effet, qui accepterait de son chef, quels que soient les pouvoirs réunis entre ses mains, des actes posés conduisant plus souvent à des échecs qu’à des succès ? Ce chef n’en serait véritablement pas un !
7. Votre gouvernement, vous l’avez déclaré et je l’apprécie grandement, sera fondé sur la compétence. Oui, mais attention, la compétence devra nécessairement être accompagnée de bonne moralité et de comportements vertueux ! Car, de l’Ecrivain français du 16ième siècle, François Rabelais, rappelons-nous l’écrit : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
8. En formant votre gouvernement, vous l’avez aussi dit, vous n’accorderez pas de priorité aux préoccupations d’« équilibre régionale », de « parité homme-femme » ni de « satisfaction des intérêts politiques de partisans ». Ce serait là un acte courageux de rupture, d’autant que dans le passé, ces trois préoccupations ont tellement fait recette et qu’on a vu, par exemple, des ministres ou des DG mettre carrément leur compétence aux placards pour utiliser le plus clair de leur temps à des meetings et messes de remerciements ou de soutien dans leur terroir, se comportant en parfaits thuriféraires du Président, clamant : « Chers parents, voyez en moi le Ministre/le DG que le Président de la République a bien voulu vous donner, généreusement, … » Tout comme si une localité devait avoir forcément des natifs ministres ou DG avant que ses habitants adhèrent et oeuvrent pour le succès des visions du Chef de l’Etat ! D’où, la course au clientélisme !
9. Adopter un ordre de préséance des Ministères qui soit en rapport avec l’ordre de priorité des secteurs dévolus, avec les secteurs productifs, créateurs de richesses en bonne place, après bien sûr le Ministère d’Etat et le super-Ministère du Plan. Cela ne veut pas dire que les Ministères des secteurs de services ne sont pas aussi importants ; c’est simplement une question de préséance, mais ce sera un signal fort donné pour la place prioritaire à accorder à la production pour notre décollage.
10. Laisser la liberté à chaque Ministre pour former son Cabinet et nommer les Directeurs Généraux des structures sous tutelle, bien entendu en vous soumettant les projets. Cela respectera dorénavant les principes managériaux de délégation et de hiérarchie de responsabilités.
11. Ne plus fatiguer ou user les Ministres par d’incessantes réunions extraordinaires du Conseil des Ministres, la réunion hebdomadaire devant rester calée à chaque mercredi, afin que les dossiers soient bien préparés. La bonne gestion du temps à tous les niveaux y aidera.
12. Les Ministres ne devront plus être de simples « Voix de son Maître » qui, finalement, deviennent des louangeurs patentés des seuls hauts faits du Président de la République, plutôt que d’être ou de demeurer de dignes acteurs, mais responsables devant le Président, celui-ci devant être beaucoup plus au Palais de la Présidence que sur les chantiers de travaux en lieu et place de ses Ministres. Nous pourrions alors amorcer la rupture avec le culte de la personnalité !

Toutes ces suggestions d’actes de rupture, non exhaustifs, que sans prétention aucune, je me permets de porter à votre connaissance, M. le Président, peuvent vous paraître aller de soi. Mais, « Si cela va sans dire, il vaut mieux le disant ! » selon un vieil adage. C’est pourquoi je finis ici ma lettre ouverte à vous adressée, en vous demandant toue votre indulgence pour la voie choisie, et votre bienveillante attention pour sa lecture et sa prise en compte tant soit peu, pour le bonheur certain de tout le peuple béninois dont vous présiderez désormais aux destinées.

Très haute considération et respectueusement à vous,

Philippe HOUNKPATIN

philhoun@yahoo.fr

Cotonou, 3 Avril 2016

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