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FIL D'ACTUALITÉ

Les langues, un obstacle à la diffusion du savoir scientifique




Amin Equiano

Lecture rapide
- Un grand nombre d’études sont menées en anglais
- Les non-Anglophones éprouvent souvent des difficultés d’adaptation
- Des chercheurs appellent à adopter une série de mesures pour surmonter le problème
- Selon une nouvelle étude, les langues constituent encore un obstacle majeur au transfert des connaissances scientifiques, bien que l’anglais se positionne de plus en plus comme la langue de la transmission du savoir.

L’étude, publiée dans la revue PLOS Biology (1), souligne un problème pratique auquel certains chercheurs dans plusieurs contrées du monde, notamment en Afrique francophone, sont confrontés.

Les auteurs de l’étude ont examiné une masse de documents scientifiques sur la préservation de la biodiversité, publiés en 2014. Les documents - plus de 75 000 au total - ont été écrits dans 16 langues différentes.

Les chercheurs ont constaté que six documents sur dix étaient rédigés en anglais et trois dans d’autres langues.

Ces chiffres suggèrent que l’anglais demeure une langue de choix au sein des communautés scientifiques.

Mais ils soulignent également le fait fondamental que beaucoup de recherches sont encore menées dans d’autres langues que l’anglais et qu’elles finissent par avoir peu de visibilité.

Cela est particulièrement vrai pour les universités et les centres de recherche de plusieurs pays africains où l’anglais n’est pas la langue principale.

"J’ai longtemps été intéressé par la façon dont les barrières linguistiques pourraient affecter la science, en général. Mais ce problème a été rarement abordé par les communautés scientifiques", a déclaré à SciDev.Net Tatsuya Amano, chercheur principal.
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“Les rendements ne sont pas les mêmes en termes de délivrables, en ce sens que la finalisation d’un article de qualité scientifique égale prendra plus de temps pour un francophone que pour un anglophone.”

Cheikh Bécaye Gaye
Chercheur sénégalais


Les chercheurs ayant l’anglais comme langue maternelle tendent à supposer que toutes les connaissances importantes sont disponibles en anglais et peuvent être communiquées en anglais, explique Tatsuya Amano, tout en notant que d’autre part, les non-anglophones ont tendance à penser que la recherche en anglais est la première priorité et finissent souvent par ignorer la production scientifique dans d’autres langues.

"Ignorer l’existence de ces savoirs dans les langues autres que l’anglais peut être source de préjugés dans notre compréhension des systèmes d’études", écrivent les chercheurs.

Cheikh Bécaye Gaye, géologue de formation et ancien directeur général de la recherche au Sénégal, est un familier des problèmes posés par Tatsuya Amano et ses collègues.

Dans un entretien avec SciDev.Net, il a déclaré qu’en ce qui concerne le transfert des connaissances scientifiques, "un fossé existe entre la production en langue anglaise et celle dans les autres langues, dont le français. Mais si l’on parle d’universalisation, alors se pose un problème plus aigu avec le faible taux d’alphabétisation des populations africaines."

Cheikh Bécaye Gaye estime que les chercheurs francophones sont conscients des enjeux et ont déployé des efforts pour apprendre l’anglais afin de surmonter les barrières entre eux et leurs collègues anglophones.

Cependant, il laisse entendre que l’obstacle est de taille :

"Les rendements ne sont pas les mêmes en termes de délivrables, en ce sens que la finalisation d’un article de qualité scientifique égale prendra plus de temps pour un francophone que pour un anglophone."

Tatsuya Amano, un locuteur anglophone originaire du Japon, n’ayant pas l’anglais comme première langue vivante, s’identifie à cette frustration.

Ceci l’a conduit, avec son équipe, à formuler un certain nombre d’approches pour s’attaquer à la question des barrières linguistiques.

Leurs propositions pour résoudre le problème comprennent des approches pour compiler du savoir dans des langues autres que l’anglais, en impliquant des personnes utilisant ces langues comme première langue, l’utilisation de mots-clés non-anglais dans les recherches et l’augmentation de la visibilité de la littérature de langue non-anglaise à travers le développement d’une base de données pour les revues non-anglophones et l’utilisation de référentiels en ligne bien reconnus.

Pour faciliter l’accès dans les autres langues des connaissances actuellement disponibles en anglais, les suggestions portent sur deux pistes : faire traduire les articles publiés sous forme de résumés simples sur les sites Web des revues et soutenir la publication des articles originaux, sur toutes les plateformes, ainsi que leur processus de production.

Tatsuya Amano est confiant que cette étude pourrait être utile à d’autres domaines sans lien avec la préservation de la biodiversité, auquel il se rapporte en premier lieu.

"Bien que ce document se concentre principalement sur les sciences de l’environnement, nous pensons que nos résultats sont applicables à d’autres disciplines", affirme-t-il.

"Idéalement, les communautés scientifiques devraient examiner et adopter nos suggestions, afin de s’attaquer à cette question et, par conséquent, de parvenir à la compilation de connaissances scientifiques moins biaisées et à leur application sans heurts aux questions locales."

http://m.scidev.net/afrique-sub-saharienne/biodiversite/actualites/langues-recherche-barrieres.html?utm_medium=rss&utm_source=link&utm_campaign=afrique-sub-saharienne/afrique-sub-saharienne_rss.xml

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