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La mer gagne du terrain à Sèyivè, un quartier côtier de la commune de Sèmè-Podji. L’érosion ronge les maisons et pousse les habitants à fuir leur milieu d’habitation.
Il est 14 heures à Sèyivè, une zone côtière derrière le poste péage d’Ekpè, commune de Sèmè-Podji. Ce jeudi 07 août 2025, deux jeunes hommes s’activent, en silence. Ils démontent les fils électriques d’un immeuble R+1, désormais vide. Il y a quelques jours encore, des dizaines de familles y vivaient. A l’entrée de l’immeuble, les vagues de la mer déferlent. Le sable se creuse sous la clôture et le portail s’effondre peu à peu.
A l’arrière, une porte de circonstance a été ouverte dans les murs de la clôture cassée probablement pour vider les lieux.
Non loin de là, dans la cour d’une maison en matériaux précaires, une femme lave son linge. « Mes enfants et moi, ne sommes plus en sécurité. Je me prépare à quitter ici », dit-elle avec un regard inquiet.
Martin Fangnon est prêtre vodun connu sous le nom de ‘’Hounnon guidi-guidi’’. Il vit à Sèyivè depuis 2014. Dans sa cour, une maison en matériaux précaires, trône une divinité recouverte d’huile rouge. Ce vodou semble impuissant face aux flots de la mer. Martin s’apprête lui aussi à partir. « À mon arrivée, la mer était loin, très loin. Aujourd’hui, elle me touche presque. (…) Je vais retourner à Lalo (localité située à une centaine de kilomètres dans le département du Couffo, Ndlr). J’ai peur. Certains de mes voisins sont déjà partis. Moi aussi, je pars », fulmine le prêtre vodun.
Liadi Afolalo vit à Sèyivè depuis 25 ans. Il travaille aujourd’hui pour une ONG locale de protection du littoral. « En 2000, la mer était à un kilomètre des maisons. Aujourd’hui, elle se trouve devant nos portes », se désole l’éco-garde.
Des mètres de voie pavée, des maisons… emportées
Il montre du doigt un terrain vide : « Là, il y avait des cocotiers, de grands cocotiers. La mer a tout emporté ». L’éco-garde poursuit : « Si le gouvernement ne fait rien, dans quelques années, il ne restera plus rien ici ».
Sur place, les traces du désastre sont visibles. Un caniveau effondré, des canalisations à nu, un poteau électrique couché. En 2022, une voie pavée a été construite. Plusieurs mètres ont déjà disparu sous la furie des vagues, selon des riverains.
Billy gère un club installé en bordure de mer depuis six mois. Son quotidien n’est pas du tout fait de détente comme il le propose à ses clients. « J’avais quatre paillotes sur les côtes, la mer les a toutes emportées. Une distance de 4 mètres nous séparait des côtes, elle est réduite maintenant à 2 mètres. Ce qui veut dire que la mer s’approche à grands pas. Il y a des cocotiers et des paillotes qu’on doit déplacer, au fur et à mesure que la mer avance, on essaie aussi de déplacer nos installations », explique le gérant.
Face à la catastrophe, les autorités ne sont pas restées sourdes. Le 5 août dernier, une délégation conduite par Jacques Ayadji, ministre conseiller aux infrastructures, à la gouvernance et au cadre de vie, a visité Sèyivè. Des constats ont été faits. Mais les habitants attendent des mesures concrètes. Ils appellent à l’aide. « Le gouvernement doit mettre de l’élan dans cette course », supplie Liadi.
En attendant, la mer continue son avancée sur le littoral.
Marc MENSAH
QUELQUES IMAGES DU DESASTRE
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