vendredi, 2 décembre 2016 •

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FIL D'ACTUALITÉ

A grand et à petit feu, on nous tue




(Par Roger Gbégnonvi)

Le 8 septembre 2016 à Tori-Avamê, à quelques encablures de Cotonou, sur un site bien circonscrit, les services de santé font incinérer des produits avariés préalablement aspergés de liquide inflammable. Des gens de la région se précipitent dans le trou pour récupérer les produits destinés à être brûlés. Une poche de feu, que nul n’avait vu, repart et c’est la fournaise : des morts brûlés vifs et des rescapés grièvement brûlés, dont les corps saignants sont insupportables à tout regard un peu sensible. L’horreur. Et l’on se demande quelle idée de s’introduire dans un trou pour en ressortir chargé de produits réputés nocifs à la santé et en tout cas empoisonnés par un produit inflammable.
L’on viendrait pourtant bien mal à propos de condamner ces malheureuses gens, morts carbonisés ou réchappés des flammes le corps en lambeaux. Avamê, avec ses sinistrés de circonstance, n’est jamais que l’odieuse vitrine du Bénin laxiste et permissif, gangrené par une corruption barbare, ce Bénin où femmes et hommes meurent, tués par les leurs à grand et à petit feu. En la circonstance tragique, les rescapés ont été transportés ‘‘à l’hôpital le plus proche’’. Si leur corps flambé ne leur a pas enlevé la conscience des choses environnantes, ils ont dû voir des infirmiers et infirmières en plein désarroi, allant et venant, lâchant des vérités connues telles que : ‘‘Mais on n’a rien pour les soigner. Rien n’a jamais été prévu pour ça. Il n’y a même pas de compresse. Le médecin est rare depuis trois jours parce qu’il se doit aux patients de sa clinique privée…’’ Choses entendues en des circonstances moins tragiques. Et il est vrai que nos hôpitaux sont souvent si démunis que le malade est prié de se munir du thermomètre devant servir à lui prendre la température. Les malades ne sont pas maltraités, on ne les conduit pas à grand feu à la mort, on les laisse y aller à petit feu, en leur faisant croire que la vie est possible. Mais faute de moyens et de personnel suffisants, on sait que seuls seront bien soignés les malades transportés en Afrique du Sud.
Et parce qu’on n’imagine pas les mamans ou les papas, fatigués, sauter dans un cratère au mépris de leur vie, on présume que les auteurs du bond suicidaire sont des jeunes gens exténués par le chômage et vivant d’expédients dans leur pays malmené. S’ils ont été scolarisés, ils n’ont rien appris ou pas grand-chose car, pour raisons de difficultés et de grèves à répétition, l’Etat a laissé valider des années scolaires de trois mois au lieu de neuf, on a rabougri d’autant les quotas horaires de cours, on a recruté des maîtres foncièrement incompétents, etc. Je-m’en-foutisme et négligences en série ont fait de ces enfants des gens qui massacrent la langue française, qu’on était censé leur enseigner, et qui bégaient la langue maternelle qu’ils n’ont jamais soignée. Et les voici spectres errants dans un Bénin qui tue son avenir à grand et à petit feu. Avenir flambé dans un trou avec des produits avariés.
Le Chef de l’Etat a promis enquête et sanctions suite au drame d’Avamê. Il est en effet au moins deux questions à poser :- Les produits ont-ils été importés avariés ?- Au lieu de bloquer tout accès au site de leur incinération, qu’a-t-on pu dire aux riverains ? Peut-être leur a-t-on soufflé : ‘‘Allez-y, ce n’est pas si avarié que ça. Nous, on s’est servis au passage. Faites quand même attention à vite remonter.’’ Oui, il faut punir les coupables. Dans la foulée, le Chef de l’Etat devra rendre publics avec effet les résultats des audits en cours. Il se murmure déjà qu’ ’’ils vont se taire là-dessus comme en 2006’’, à cause des gens haut placés tapis au fond des gros scandales financiers. Il paraît qu’on ne saurait les inquiéter sans que le pays n’explose. Puisse le Chef de l’Etat ne pas se laisser récupérer. Le pays s’est effondré. S’il explose, ce sera signe de résurrection, de rupture pour un nouveau départ. Dans le Bénin à venir, nous ne tolérerons plus que, à grand et à petit feu, on nous tue.

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